Mesure transversale T.01 · Réformer l’État · Transparence publique

Portail national de transparence publique : suivre budgets, dépenses, contrats et résultats depuis un point unique

L’idée est simple à formuler et exigeante à réaliser : lorsqu’une administration engage de l’argent public, attribue un marché, verse une subvention, exécute un budget ou corrige une donnée, le citoyen doit pouvoir retrouver l’information utile dans un même portail, avec son origine, sa date, son périmètre et son historique. La transparence ne consiste pas à afficher un compteur spectaculaire ; elle consiste à rendre la chaîne de décision et d’exécution vérifiable.

Un portail uniqueÉtat, opérateurs, collectivités et organismes publics, avec filtres par entité et politique publique.
Des données fraîchesPublication au fil de l’eau lorsque le système source le permet, puis rapprochement comptable et statut de certification explicite.
Une trace vérifiableChaque opération publiée conserve un identifiant, une source, une date de mise à jour et un historique de correction.
Open data + APILecture grand public, export CSV/JSON et API documentée pour journalistes, chercheurs, entreprises et associations.

1. La mesure existe-t-elle déjà ? Des briques existent, pas le portail unifié proposé ici

Le contrôle du corpus Delta-Sierra montre que plusieurs mesures de transparence sont déjà prévues dans la catégorie 11 : publication des rémunérations publiques, publication des marchés, déclarations d’intérêts, contrôle des marchés suspects et renforcement de la HATVP. Il existe aussi des mesures de transparence dans le numérique, les régimes dérogatoires et la rémunération. En revanche, aucune de ces lignes ne crée à elle seule une infrastructure publique unique couvrant l’exécution des budgets, les dépenses, les contrats, les subventions et leurs corrections. T.01 est donc ajoutée comme mesure transversale, sans renuméroter artificiellement le corpus historique des 155 mesures.

Ce qui existe déjà dans le programme

Des obligations et contrôles ciblés : marchés, rémunérations, intérêts, aides, fraude, contrôle des anomalies. Ces mesures restent nécessaires et gardent leur propre objet.

Ce que T.01 ajoute

Une couche de publication et de traçabilité commune : même portail, même vocabulaire de données, même moteur de recherche, historique des corrections et possibilité de suivre une dépense depuis l’autorisation budgétaire jusqu’au paiement.

La France dispose déjà de nombreux systèmes publics et portails utiles. Chorus assure les fonctions budgétaires et comptables de l’État ; Budget.gouv publie des jeux de données et des visualisations ; les données essentielles de la commande publique sont diffusées en open data ; l’OFGL met à disposition des données financières locales. La proposition ne consiste donc pas à recommencer tous ces systèmes, mais à construire une façade publique fédératrice et un contrat de données commun qui évitent au citoyen de devoir connaître l’organisation interne de l’administration pour retrouver une information.

2. À quoi ressemblerait le portail ?

La maquette ci-dessous reprend l’idée visuelle d’un poste de contrôle national : une interface dense mais lisible, orientée vers les dépenses, les entités publiques, les contrats, les alertes et les données ouvertes. Elle ne présente aucune donnée publique réelle. Les libellés « non alimenté » et « donnée de démonstration » sont volontaires afin de ne pas transformer une proposition graphique en fausse information.

PROTOTYPE D’INTERFACEDonnées non alimentées. Cette maquette démontre l’organisation de l’information, pas l’état réel des finances publiques.
TRANSPARENCE PUBLIQUE
● sources non connectées

Exécution budgétaire

Budget votéNon alimentéSource à connecter
Crédits engagésNon alimentéÉtat de validation visible
PaiementsNon alimentéHorodatage obligatoire
Dernier rapprochementAucune donnée de démonstration

Carte des organismes publics

Navigation future par territoire, ministère, opérateur ou niveau d’administration.

Dernières opérations publiées

Flux non connecté
Les opérations réelles apparaîtraient ici après validation de publication.
Chaque ligne renverrait vers sa pièce, son programme et son historique.

Commande publique

Contrats, avenants, titulaire, montant, procédure, échéance et paiements liés.

MarchésAvenantsConcessionsExécution

Alertes de cohérence

Une alerte signale une anomalie statistique ou documentaire. Elle ne constitue jamais une accusation de fraude ou d’irrégularité.

!Exemple : rupture de série, montant atypique ou pièce manquante à contrôler.

API & données ouvertes

Chaque vue doit pouvoir être téléchargée dans un format ouvert et interrogée par API avec dictionnaire des champs, date de fraîcheur et licence.

GET /api/v1/operations?entity=…

3. Ce qui serait publié : suivre la chaîne publique, pas seulement afficher un total

Le portail doit permettre de comprendre ce qui s’est passé. Pour une dépense, le citoyen doit pouvoir distinguer l’autorisation budgétaire, l’engagement, le service fait lorsqu’il est publiable, l’ordonnancement ou l’étape équivalente, le paiement, l’éventuelle annulation et la correction comptable. Pour un marché, il faut relier la procédure, le titulaire, le montant initial, les avenants, les échéances et les paiements effectivement rattachables. Pour une subvention, il faut relier la décision, le bénéficiaire lorsque la loi permet sa publication, l’objet, le montant, le programme budgétaire et, lorsque le dispositif le prévoit, le résultat ou le compte rendu d’utilisation.

Budgets

Crédits votés, ouverts, annulés, redéployés, engagés et payés, avec comparaison entre prévision et exécution.

Dépenses

Montant, organisme, programme, nature, date, statut, fournisseur ou bénéficiaire publiable, identifiant source et justificatifs diffusables.

Commande publique

Avis, procédure, attributaire, valeur, durée, avenants, sous-traitance lorsque disponible, indicateurs d’exécution et lien vers les données essentielles.

Subventions et aides publiques

Autorité attributrice, dispositif, bénéficiaire publiable, finalité, montant, calendrier et indicateurs lorsque le droit ou la convention les prévoit.

Patrimoine et opérations

Cessions, acquisitions, loyers, concessions, grands projets et engagements pluriannuels, selon un niveau de détail compatible avec les secrets protégés.

Résultats et performance

Relier l’argent engagé à des indicateurs publics : délai, volume de service, objectif, résultat, date de mesure et méthode de calcul.

La notion « tout publier » doit être traduite juridiquement : publier par défaut toute information administrative et financière qui est légalement communicable et techniquement exploitable, et documenter explicitement ce qui est masqué, agrégé ou différé. Une transparence crédible se mesure autant à la qualité des métadonnées qu’au volume brut de fichiers mis en ligne.

4. « Temps réel » : publication au fil de l’eau, sans confondre événement et compte certifié

Dans un système financier, un chiffre peut exister à plusieurs états. Une opération saisie n’est pas nécessairement validée ; une dépense engagée n’est pas encore payée ; une écriture peut être corrigée ; les comptes annuels ont leur propre processus de clôture et de certification. Afficher chaque événement comme s’il s’agissait immédiatement d’un chiffre définitif créerait une fausse précision.

T.01 retient donc un principe de fraîcheur qualifiée. Les événements communicables seraient publiés dès qu’ils franchissent le niveau de validation défini par le système source. Chaque valeur afficherait son statut : « provisoire », « rapprochée », « clôturée », « corrigée » ou « certifiée » lorsque cette qualification existe réellement. Le portail publierait également la date et l’heure de dernière synchronisation. L’objectif opérationnel serait une alimentation proche du temps réel pour les événements, mais aucune interface ne devrait transformer cette vitesse en prétention à une certification instantanée.

1Saisie2Validation source3Publication4Rapprochement5Clôture / certification

5. Périmètre : une porte d’entrée commune sans nier les différences entre administrations

Le portail doit donner une expérience cohérente tout en respectant les chaînes comptables différentes. L’État et ses ministères ne sont pas les collectivités locales ; les organismes de sécurité sociale ne sont pas les opérateurs de l’État ; un établissement public industriel peut être soumis à des règles de concurrence que ne connaît pas un service administratif. La centralisation de l’accès ne doit donc pas devenir une centralisation artificielle des responsabilités.

  • État : ministères, programmes budgétaires et services dont les données financières passent par les systèmes de l’État.
  • Opérateurs et établissements publics : intégration par connecteurs normalisés et obligations de publication adaptées à leur statut.
  • Collectivités territoriales et établissements locaux : fédération avec les données financières locales, sans effacer la responsabilité de chaque collectivité.
  • Organismes sociaux et autres personnes publiques : intégration progressive selon la disponibilité, la base juridique et la sensibilité des données.
  • Commande publique : réutilisation des données essentielles déjà publiées et enrichissement par les liens d’exécution lorsque ceux-ci peuvent être établis de façon fiable.

6. Transparence maximale ne signifie pas exposition des données personnelles ou des secrets protégés

Le portail ne doit pas publier l’adresse privée d’un agent, une donnée médicale, une information couverte par le secret de la défense nationale, un élément compromettant une enquête, ni un secret des affaires lorsque le droit le protège. La bonne règle est une publicité par défaut des informations communicables, avec motifs de restriction codifiés et auditables. Une donnée non publiable au niveau individuel peut parfois être diffusée après anonymisation, agrégation ou délai.

Publier par principe

Montants publics, programmes, entités, dates, procédures, contrats et pièces administratives communicables, métadonnées, historiques de correction, indicateurs et jeux de données ouverts.

Protéger lorsque le droit l’impose

Vie privée, secret médical, secret des affaires, défense et sécurité, informations protégées par une enquête ou par d’autres secrets légaux. La restriction doit être documentée sans révéler l’information protégée elle-même.

Ce point est essentiel pour éviter une promesse juridiquement impossible. L’ambition n’est pas « tout montrer sans exception », mais faire de la transparence la règle et de la restriction une exception justifiée, traçable et proportionnée.

7. Architecture : fédérer les systèmes sources plutôt que construire une nouvelle comptabilité parallèle

Le portail ne doit pas devenir un second système comptable où des agents ressaisiraient manuellement des chiffres déjà présents ailleurs. Une telle architecture multiplierait les erreurs et les coûts. La cible est un système de publication alimenté par connecteurs, qui prend chaque information dans son système maître, la transforme selon un schéma public commun, lui associe un identifiant et conserve les versions successives.

Systèmes sourcesChorus, plateformes de facturation et de marchés, systèmes locaux, bases métier
Passerelle de publicationcontrôles, anonymisation, normalisation, statut de fraîcheur
Registre publicidentifiant stable, historique, liens entre budget, contrat, paiement et résultat
Usagesportail, API, téléchargements, tableaux de bord, recherche et réutilisation

Chaque enregistrement public devrait comporter au minimum : un identifiant stable, l’organisme responsable, le système source, la date de création, la date de dernière modification, l’état de validation, le millésime ou exercice, l’unité, le périmètre, le lien vers l’objet juridique ou budgétaire auquel il se rattache et l’historique des corrections. Quand une correction est nécessaire, l’ancienne valeur ne doit pas disparaître sans trace : elle est remplacée dans la vue courante mais reste présente dans le journal de versions avec la raison de la modification lorsque celle-ci est communicable.

8. Alertes et contrôle : détecter des anomalies sans créer un tribunal algorithmique

Une plateforme de cette taille permettrait de repérer des incohérences : doublons, ruptures de série, prix très éloignés de références comparables, contrats fractionnés, avenants nombreux, délais anormaux, données manquantes ou exécution très différente du budget voté. Ces signaux sont utiles pour orienter un contrôle, mais ils ne prouvent ni fraude ni faute. Le portail public doit donc séparer clairement signal statistique, contrôle administratif et constat juridiquement établi.

La même règle vaut pour les classements. Un « score de transparence » peut devenir trompeur si un organisme paraît mauvais uniquement parce qu’il publie une donnée complexe avec davantage de corrections. Les indicateurs pertinents sont plus concrets : taux de couverture des flux, délai de publication, taux d’erreurs de rapprochement, proportion de données dotées de métadonnées complètes, nombre de corrections expliquées et disponibilité effective de l’API.

9. Droit : consolider le principe d’accès et créer une obligation de publication financière structurée

Le projet s’inscrit dans une tradition juridique déjà forte : l’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen affirme le droit de la société à demander compte à tout agent public. Le Code des relations entre le public et l’administration prévoit déjà la publication en ligne de catégories de documents, de bases de données mises à jour régulièrement et de données présentant un intérêt économique, social, sanitaire ou environnemental, tout en maintenant les secrets et protections prévus par la loi.

La réforme pourrait donc prendre la forme d’une loi ordinaire sur la transparence financière publique et la réutilisation des données d’exécution, complétée par décrets et référentiels techniques. Elle fixerait le périmètre, la fréquence minimale, les catégories obligatoires, les formats ouverts, la conservation des versions, les motifs de restriction, le responsable de chaque source et les voies de signalement des erreurs. Les règles propres aux finances publiques, à la commande publique, à la protection des données et aux secrets protégés resteraient applicables.

Plan A — obligation commune

Créer une obligation légale de publication structurée pour les flux financiers communicables et un référentiel inter-administrations.

Plan B — déploiement par systèmes existants

Commencer par les données déjà structurées de l’État et de la commande publique, puis raccorder progressivement opérateurs et collectivités.

Plan C — fédération minimale

Si l’unification juridique complète est trop lente, fournir immédiatement un moteur de recherche et des identifiants communs au-dessus des portails existants, sans dupliquer leurs bases.

10. Déploiement : d’abord la qualité des données, ensuite le spectaculaire

Un portail graphique peut être construit rapidement ; une donnée publique fiable, reliée à sa chaîne comptable et publiée de manière régulière, demande davantage de travail. La réussite doit donc être mesurée par la couverture et la qualité, pas par le nombre de graphiques.

  1. 0–6 mois : contrat de données et inventaire. Cartographier les systèmes, définir les champs communs, identifier les secrets et produire les premiers jeux fédérés.
  2. 6–12 mois : pilote État. Brancher les principaux flux structurés, rendre visibles les statuts de validation et publier l’API avec documentation complète.
  3. 12–18 mois : commande publique, opérateurs et subventions. Relier les objets juridiques aux flux d’exécution et étendre la couverture.
  4. 18–24 mois : collectivités et généralisation. Fédérer les données locales avec l’OFGL et les chaînes comptables disponibles, sans imposer une ressaisie.
  5. En continu : audit. Mesurer fraîcheur, complétude, erreurs, indisponibilités, corrections, performance et accessibilité.
Couverture% des flux prévus réellement publiés
Fraîcheurdélai médian source → portail
Fiabilitétaux de rapprochement sans anomalie
RéutilisationAPI, téléchargements et jeux dérivés

Le coût de la mesure doit être chiffré séparément lorsqu’un dossier d’architecture et une trajectoire de raccordement auront été établis. Il serait trompeur d’annoncer dès maintenant un montant unique sans inventaire des systèmes sources, des interfaces déjà disponibles et des obligations existantes. De la même manière, d’éventuelles économies liées à la détection d’anomalies ou à la réduction des demandes manuelles d’accès ne doivent pas être comptabilisées comme certaines avant mesure.

Sources officielles principales

Vérification documentaire : 19 août 2026. La page distingue les dispositifs existants de la proposition T.01 ; elle ne présente pas le prototype comme un service public déjà déployé.