Bible Mars — Organisations
ISRO, l’agence spatiale indienne
Née en 1969 de la vision de Vikram Sarabhai, l’agence indienne place en 2014 sa sonde Mangalyaan en orbite autour de Mars, du premier coup. Prévue pour six mois, la mission dure près de huit ans.
créée le 15 août 1969 — siège à Bangalore
- Création
- 15 août 1969 (après l’INCOSPAR, 1962)
- Siège
- Bangalore
- Mission martienne
- Mars Orbiter Mission (Mangalyaan), 2013-2022
- Mise en orbite
- 24 septembre 2014, au premier essai
- Coût de la mission
- 450 crores de roupies
9 chapitres et 3 annexes : environ 5 400 mots, soit 25 minutes de lecture. Chaque fait vient de sources vérifiées, indiquées à la fin de chaque chapitre.
Première partie
L’agence et ses fusées
1962 – 2023
Chapitre 1 · 1962 – 2012 Une agence née d’une vision
L’Organisation indienne de recherche spatiale, l’ISRO, est née de la vision de Vikram Sarabhai. Il lui faudra plus de quarante ans pour viser Mars.
INCOSPAR, puis l’ISRO
En 1962, le gouvernement indien crée le Comité national indien pour la recherche spatiale, l’INCOSPAR, selon la vision de Vikram Sarabhai. Le 15 août 1969, l’Organisation indienne de recherche spatiale, l’ISRO, lui succède. En 1972, l’Inde crée un département de l’Espace et place l’ISRO sous son autorité. Le président de l’ISRO est aussi secrétaire de ce département et président de la Commission de l’espace.
Une agence répartie
Le siège de l’ISRO est à Bangalore. Les lanceurs sont conçus au centre spatial Vikram-Sarabhai, à Thiruvananthapuram ; les satellites au centre U. R. Rao, à Bangalore ; ils sont assemblés et lancés au centre spatial Satish-Dhawan, à Sriharikota. D’autres centres développent les étages à ergols liquides et cryogéniques, les capteurs et les applications, et reçoivent les données de télédétection. Les lanceurs de l’agence s’appellent PSLV et GSLV.
Sources : ISRO, page « Profile » (INCOSPAR créé en 1962 selon la vision de Vikram Sarabhai, ISRO formée le 15 août 1969, département de l’Espace en 1972, gouvernance, siège à Bangalore, les centres et leurs rôles, PSLV et GSLV).
Chapitre 2 · 1963 – 1975 Thumba, les premières fusées
L’histoire spatiale indienne commence sur une plage du Kerala, près de l’équateur magnétique, avec de petites fusées venues d’Union soviétique et de France.
Un site choisi pour la science
En 1963, l’Inde établit à Thumba, près de Thiruvananthapuram, dans l’État du Kerala, une station de lancement de fusées : la Thumba Equatorial Rocket Launching Station, ou TERLS. L’endroit n’est pas choisi au hasard. Il se trouve tout près de l’équateur magnétique, la ligne autour de laquelle le champ magnétique terrestre est parallèle au sol. Les phénomènes de la haute atmosphère y prennent des formes particulières, et les scientifiques veulent les étudier sur place, en y envoyant des instruments.
Selon l’ISRO, l’installation de cette station a représenté un saut considérable pour l’aéronomie, la science de la haute atmosphère, et pour les sciences atmosphériques en Inde. Pour la première fois, les chercheurs indiens pouvaient mesurer directement, à l’aide d’instruments emportés par des fusées, ce qui se passait à des dizaines de kilomètres au-dessus de leurs têtes.
Le 21 novembre 1963
Le 21 novembre 1963, la première fusée-sonde décolle de Thumba. L’ISRO considère cette date comme le début du programme spatial indien. Une fusée-sonde n’a pas pour but de placer un satellite en orbite : elle monte, mesure, puis retombe. C’est un outil modeste, mais idéal pour apprendre.
Les premières fusées lancées depuis Thumba ne sont pas indiennes. Ce sont des engins à deux étages importés de Russie, les M-100, et de France, les Centaure. Les premiers pouvaient emporter 70 kilogrammes d’instruments jusqu’à 85 kilomètres d’altitude ; les seconds montaient à 150 kilomètres avec une charge d’environ 30 kilogrammes. Dès le départ, le programme indien s’appuie ainsi sur la coopération internationale.
Apprendre à fabriquer ses propres fusées
Dès 1965, l’Inde commence à lancer des fusées-sondes fabriquées sur son sol. Selon l’ISRO, l’expérience acquise s’est révélée d’une valeur immense pour maîtriser la technologie des propergols solides, ces mélanges qui brûlent sans avoir besoin d’un oxydant extérieur. En 1975, toutes les activités de fusées-sondes sont regroupées dans le programme Rohini.
La RH-75, d’un diamètre de 75 millimètres, est la première fusée-sonde véritablement indienne. Elle est suivie par les RH-100 et RH-125. L’ISRO décrit ce programme comme le socle sur lequel s’est construite toute sa technologie des lanceurs : les mêmes savoir-faire, la même discipline des essais et les mêmes matériaux serviront plus tard aux fusées capables d’atteindre l’orbite.
Une école de patience
Les fusées-sondes ont un autre avantage, que l’ISRO souligne : elles servent de plateformes bon marché pour essayer des composants et des sous-systèmes destinés aux futurs lanceurs et satellites. Plusieurs fusées peuvent être lancées le même jour, ou depuis plusieurs sites à la fois pour des campagnes coordonnées.
Cette progression, du petit au grand, de l’importé au fabriqué sur place, se retrouve dans toute l’histoire de l’agence. Elle annonce la manière dont l’Inde abordera Mars cinquante ans plus tard : par une mission sobre, soigneusement dimensionnée, construite sur des technologies déjà maîtrisées.
Sources : ISRO, page « Sounding Rockets » (TERLS établie en 1963 à Thumba, près de l’équateur magnétique ; première fusée-sonde lancée le 21 novembre 1963, début du programme spatial indien ; M-100 russes et Centaure françaises, performances ; fusées indiennes lancées à partir de 1965 ; programme Rohini en 1975 ; RH-75, RH-100, RH-125 ; socle de la technologie des lanceurs ; plateformes d’essai, campagnes coordonnées). L’explication de l’équateur magnétique et des propergols solides est la nôtre.
Chapitre 3 · 1979 – 2023 Des fusées pour l’orbite
De la petite SLV-3 de 17 tonnes à la puissante LVM3, l’Inde a construit pas à pas une famille de lanceurs. C’est l’un d’eux, la PSLV, qui emmènera sa sonde vers Mars.
SLV-3, l’entrée dans le club
La SLV-3 est le premier lanceur de satellites expérimental de l’Inde. C’est une fusée à quatre étages, tous à propergol solide, qui pèse 17 tonnes pour 22 mètres de haut, et qui peut placer des satellites d’environ 40 kilogrammes en orbite basse. Son premier vol expérimental, en août 1979, n’est qu’un succès partiel.
Le 18 juillet 1980, depuis la base de Sriharikota, la SLV-3 place en orbite le satellite Rohini RS-1. Selon l’ISRO, l’Inde devient alors le sixième membre du cercle restreint des nations capables d’accéder à l’espace par leurs propres moyens. Deux autres lancements suivent, en mai 1981 et en avril 1983, avec des satellites Rohini équipés de capteurs d’observation de la Terre. La SLV-3 se guidait en suivant un programme d’inclinaison enregistré à l’avance, sans corriger sa trajectoire en vol.
ASLV, le lanceur des apprentissages
L’ASLV, lanceur de satellites « augmenté », doit tripler la capacité de la SLV-3 pour atteindre 150 kilogrammes en orbite basse. C’est une fusée de 40 tonnes et 24 mètres, à cinq étages tous solides. L’ISRO la décrit comme un véhicule intermédiaire peu coûteux destiné à valider des technologies indispensables aux lanceurs suivants : les propulseurs d’appoint fixés sur les côtés, la navigation inertielle, la coiffe élargie, l’assemblage vertical et le guidage en boucle fermée, qui corrige la trajectoire en vol.
Quatre vols de développement ont lieu : le 24 mars 1987, le 13 juillet 1988, le 20 mai 1992 et le 4 mai 1994. Le troisième, ASLV-D3, place en orbite le satellite SROSS-C, de 106 kilogrammes ; le quatrième met en orbite SROSS-C2, de même masse, qui fonctionnera sept ans. Les pages de l’ISRO ne détaillent pas l’issue des deux premiers vols, qui ne figurent pas parmi les réussites qu’elles citent.
PSLV, le cheval de trait
La PSLV, lanceur de satellites en orbite polaire, devient l’outil le plus polyvalent de l’agence. Dans sa version la plus puissante, la PSLV-XL, elle pèse 320 tonnes pour 44 mètres de haut et 2,8 mètres de diamètre. Elle compte quatre étages : un premier étage à poudre contenant 139 tonnes de propergol, un deuxième propulsé par le moteur liquide Vikas, mis au point au début des années 1990, un troisième à poudre et un quatrième équipé de deux moteurs liquides, chargé de placer précisément les satellites sur leurs orbites. Selon les versions, zéro, deux, quatre ou six propulseurs d’appoint à poudre l’entourent.
La PSLV sait placer plusieurs satellites sur des orbites différentes au cours d’une même mission. En 2008, elle met en orbite dix satellites ; en 2016, huit satellites sur deux orbites distinctes ; lors de son 39e vol, la PSLV-C37, elle emporte un satellite d’observation Cartosat-2 et 103 satellites passagers. C’est aussi une PSLV, la C25, qui lance la sonde martienne Mangalyaan le 5 novembre 2013.
GSLV et LVM3, la maîtrise du froid
Pour envoyer des satellites lourds vers l’orbite géostationnaire, l’Inde développe la GSLV. Sa version Mark II, haute de près de 52 mètres, combine un premier étage à poudre de 139 tonnes, quatre propulseurs d’appoint liquides équipés chacun d’un moteur Vikas, un deuxième étage liquide et, au sommet, un étage cryogénique, qui brûle de l’hydrogène et de l’oxygène liquides maintenus à très basse température.
La LVM3, auparavant appelée GSLV Mark III, est le lanceur le plus puissant de l’agence. Haute de 43,5 mètres pour 4 mètres de diamètre, elle s’appuie sur deux énormes propulseurs à poudre, les S200, de 3,2 mètres de diamètre et chargés chacun de 205 tonnes de propergol ; sur un étage liquide de 115 tonnes, le L110, équipé de deux moteurs ; et sur un étage cryogénique, le C25, chargé de 28 tonnes d’oxygène et d’hydrogène liquides, qui fonctionne environ 646 secondes. C’est la LVM3 qui lance la mission lunaire Chandrayaan-3 en 2023, et c’est une version adaptée au vol habité qui doit emporter les premiers astronautes indiens.
SSLV, pour les petits satellites
Enfin, la SSLV, petit lanceur de satellites, répond à la demande croissante de petits engins. Longue de 34 mètres pour 2 mètres de diamètre et environ 120 tonnes au décollage, elle compte trois étages à poudre et un module liquide final qui ajuste la vitesse. Elle peut placer un satellite de 500 kilogrammes sur une orbite de 500 kilomètres.
Cette gamme complète est le fruit de quarante ans d’efforts continus. Elle donne à l’Inde ce dont toute ambition martienne a besoin en premier : un accès autonome à l’espace.
Sources : ISRO, page « SLV » (caractéristiques, vol partiel d’août 1979, Rohini RS-1 le 18 juillet 1980, sixième nation, vols de mai 1981 et avril 1983, guidage en boucle ouverte) ; ISRO, page « ASLV » (caractéristiques, technologies validées, quatre vols de développement et leurs dates, SROSS-C et SROSS-C2) ; ISRO, page « PSLV » (étages, versions, caractéristiques de la PSLV-XL, lancements multiples de 2008, 2016 et PSLV-C37) ; ISRO, page « Mars Orbiter Mission Spacecraft » (lancement sur PSLV-C25) ; ISRO, pages « GSLV » et « LVM3 » (étages et caractéristiques) ; ISRO, page « Chandrayaan-3 » (lancement par LVM3-M4) ; ISRO, page « Gaganyaan » (LVM3 adaptée au vol habité) ; ISRO, page « SSLV » (caractéristiques et capacité).
Deuxième partie
La Lune
2008 – 2023
Chapitre 4 · 2008 – 2023 La Lune avant Mars
Avant de viser Mars, l’ISRO apprend à quitter l’orbite terrestre et à travailler autour d’un autre astre. En quinze ans, elle passe d’une sonde en orbite lunaire à un atterrissage près du pôle Sud de la Lune.
Chandrayaan-1, une première sonde lointaine
Le 22 octobre 2008, une PSLV lance depuis Sriharikota la sonde Chandrayaan-1, dont le nom signifie « vaisseau lunaire ». Pesant 1 380 kilogrammes au décollage et alimentée par 700 watts d’électricité, elle se place sur une orbite à 100 kilomètres de la surface de la Lune, pour en dresser des cartes chimiques, minéralogiques et géologiques.
La sonde emporte onze instruments scientifiques construits en Inde, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Suède et en Bulgarie. Parmi les instruments indiens figurent une caméra de cartographie du relief, un imageur hyperspectral, un télémètre laser, un spectromètre à rayons X de haute énergie et une sonde d’impact, destinée à percuter la surface. Cette coopération internationale, dès la première mission lointaine, préfigure celle qui permettra plus tard de partager largement les données de Mangalyaan.
Une mission plus courte que prévu
Après avoir rempli ses principaux objectifs, Chandrayaan-1 voit son orbite relevée à 200 kilomètres en mai 2009. Elle effectue plus de 3 400 tours de la Lune. Le 29 août 2009, la communication avec la sonde est perdue, et la mission prend fin. Elle avait été conçue pour durer deux ans ; elle en aura fonctionné un peu moins d’un.
Cette fin prématurée contraste avec la longévité exceptionnelle que connaîtra Mangalyaan quelques années plus tard. Elle rappelle qu’une mission lointaine reste exposée à des défaillances que l’on ne peut pas réparer, et qu’il faut donc concevoir chaque sonde pour qu’elle remplisse l’essentiel de ses objectifs le plus tôt possible.
Chandrayaan-3, se poser enfin
Le 14 juillet 2023, une LVM3 lance Chandrayaan-3 depuis le deuxième pas de tir de Sriharikota. La mission a trois objectifs : démontrer un atterrissage en douceur sur la Lune, faire rouler un petit rover à sa surface et y conduire des expériences scientifiques. Elle comprend un module de propulsion, chargé d’amener l’ensemble jusqu’à l’orbite lunaire, et un module d’atterrissage, l’atterrisseur Vikram, qui abrite un petit rover de 26 kilogrammes. L’ensemble pèse 3 900 kilogrammes.
Le 23 août 2023, après plusieurs manœuvres de freinage en orbite lunaire, Vikram entame sa descente motorisée et se pose avec succès. Le site visé se trouve vers 69 degrés de latitude sud, dans une zone d’atterrissage de 4 kilomètres sur 2,4 kilomètres. Peu après, le rover descend la rampe de l’atterrisseur : l’Inde, selon les mots de l’ISRO, fait ses premiers pas sur la Lune.
Ce que l’atterrisseur devait savoir faire
Pour réussir ce posé, Vikram combinait des altimètres laser et radio, des vélocimètres, une centrale de navigation à gyroscopes laser, des moteurs liquides de 800 newtons dont la poussée pouvait être réglée, et une caméra de détection et d’évitement des obstacles reliée à un logiciel de traitement. Avant le vol, l’ISRO avait éprouvé ces systèmes sur Terre : en emportant les capteurs sous un hélicoptère, en suspendant un atterrisseur d’essai à une grue, et en testant les jambes d’atterrissage sur un sol imitant celui de la Lune.
Ce sont exactement les compétences qu’exigera un jour un atterrissage sur Mars : savoir où l’on est, à quelle vitesse on descend, et où il est sûr de se poser, sans aucune aide de la Terre pendant les dernières minutes.
Les premiers résultats
Pendant le jour lunaire qui suit, d’environ quatorze jours terrestres, les instruments travaillent. Le 28 août 2023, l’instrument LIBS du rover confirme sans ambiguïté, par des mesures sur place, la présence de soufre à la surface de la Lune. D’autres instruments mesurent la température du sol, écoutent ses vibrations et analysent le plasma proche de la surface. Les chercheurs de l’ISRO estiment aussi qu’environ 2,06 tonnes de régolithe ont été soulevées et déplacées sur 108,4 mètres carrés autour du site d’atterrissage, par le souffle des moteurs.
Début septembre 2023, l’atterrisseur et le rover sont placés en sommeil, dans l’espoir qu’ils se réveillent avec le retour du Soleil, vers le 22 septembre. L’ISRO tente ensuite d’établir la communication. Ce chiffre de deux tonnes de sol déplacé intéresse directement les futurs bâtisseurs de bases : sur Mars aussi, chaque atterrissage projettera du sol, ce qui impose d’éloigner les aires de posé des installations.
Sources : ISRO, page « Chandrayaan-1 » (lancement du 22 octobre 2008, masse, puissance, orbite de 100 km puis 200 km en mai 2009, onze instruments et pays, instruments indiens, plus de 3 400 orbites, perte de communication le 29 août 2009, durée prévue de deux ans) ; ISRO, pages « Chandrayaan-3 » et « Chandrayaan-3 Details » (lancement du 14 juillet 2023, objectifs, modules et masses, rover de 26 kg, technologies et essais de l’atterrisseur, site d’atterrissage, atterrissage du 23 août 2023, rover descendu sur le sol, mise en sommeil, réveil attendu vers le 22 septembre 2023) ; ISRO, page « Chandrayaan-3 Science Results » (soufre détecté par LIBS le 28 août 2023, 2,06 tonnes de régolithe sur 108,4 m²). Le nom Vikram est celui que l’ISRO donne à l’atterrisseur. Le rapprochement avec Mars est notre réflexion.
Troisième partie
Mangalyaan
2013 – 2022
Chapitre 5 · 2013 – 2022 Mangalyaan, du premier coup
Pour sa première mission interplanétaire, l’Inde envoie un petit orbiteur vers Mars. Prévu pour six mois, il y travaille près de huit ans.
Le départ
La Mars Orbiter Mission, surnommée Mangalyaan, est d’abord un démonstrateur technique : il s’agit de concevoir, construire et lancer un orbiteur capable de fonctionner avec assez d’autonomie pendant le voyage, de se placer en orbite autour de Mars et d’y travailler. Elle vise la fenêtre de lancement de novembre 2013, l’une des occasions de transfert à énergie minimale qui reviennent environ tous les 780 jours. Le 5 novembre 2013, une fusée PSLV-C25 la lance depuis Sriharikota. La sonde est d’abord placée sur une orbite elliptique autour de la Terre ; six allumages de son moteur principal élèvent peu à peu cette orbite, jusqu’à la lancer sur une trajectoire de départ. Elle quitte la sphère d’influence de la Terre à 918 347 kilomètres de sa surface.
Le 24 septembre 2014
Après environ trois cents jours de voyage interplanétaire, le 24 septembre 2014, la sonde allume son moteur pour freiner et se fait capturer par Mars. L’Inde réussit cette mission complexe à sa première tentative ; l’ISRO devient la quatrième agence spatiale à placer un engin en orbite autour de Mars. Le coût de la mission est de 450 crores de roupies, soit 4,5 milliards de roupies.
Huit ans en orbite
La sonde porte cinq instruments : une caméra couleur, un spectromètre thermique infrarouge, un capteur de méthane, un photomètre et un analyseur de la composition de la haute atmosphère. Prévue pour six mois, jusqu’au 23 mars 2015, elle fonctionne près de huit ans. Elle mesure la composition de plusieurs gaz de l’exosphère martienne, découvre des atomes d’argon 40 « suprathermiques » qui suggèrent un mécanisme de fuite de l’atmosphère, observe une tempête de poussière, des nuages d’ondes au-dessus de la paroi sud de Valles Marineris, l’évolution des calottes polaires ; elle photographie pour la première fois la face cachée de la petite lune Deimos et réalise un atlas en couleurs de Mars. Plus de 7 200 utilisateurs, dont environ 400 de 50 pays, téléchargent ses données.
En avril 2022, lors d’une longue éclipse, le contact est perdu. L’ISRO pense que les ergols sont épuisés et que la sonde ne peut plus garder l’orientation nécessaire pour produire de l’électricité. Le 27 septembre 2022, elle la déclare irrécupérable : la mission est terminée.
Sources : ISRO, page « Mars Orbiter Mission Spacecraft » (lancement du 5 novembre 2013 sur PSLV-C25, quatrième agence en orbite martienne, première tentative, 450 crores de roupies, objectifs, cinq instruments) ; ISRO, « Mission profile » (fenêtre de novembre 2013, transferts à énergie minimale tous les 780 jours environ, orbite elliptique, six allumages, 918 347 km) ; ISRO, « FAQ Mars Orbiter Mission » (Mangalyaan, première mission interplanétaire de l’Inde, Sriharikota, 24 septembre 2014, durée prévue jusqu’au 23 mars 2015) ; ISRO, rencontre nationale du 27 septembre 2022 (environ trois cents jours de voyage, près de huit ans en orbite, perte du contact en avril 2022, ergols épuisés, « non-recoverable », résultats scientifiques, utilisateurs). La conversion de 450 crores en 4,5 milliards de roupies est la nôtre (un crore vaut dix millions).
Chapitre 6 · 2013 – 2022 Cinq instruments autour de Mars
Mangalyaan était d’abord un démonstrateur technique. Mais ses cinq petits instruments ont rapporté une moisson de résultats, de la face cachée de Deimos aux atomes d’argon qui s’échappent de Mars.
Le voyage en trois phases
L’ISRO décrit le voyage de Mangalyaan en trois phases. Dans la première, autour de la Terre, la sonde est placée par le lanceur sur une orbite elliptique, puis six allumages de son moteur principal la font passer peu à peu sur une trajectoire de départ. Elle quitte la sphère d’influence terrestre à 918 347 kilomètres de la surface.
Dans la deuxième phase, autour du Soleil, elle suit une trajectoire de transfert dite de Hohmann, la moins coûteuse en carburant : une demi-ellipse autour du Soleil, qui croise l’orbite de Mars au moment exact où la planète s’y trouve. Selon l’ISRO, ce voyage n’est possible que lorsque la Terre, Mars et le Soleil forment un angle d’environ 44 degrés, une configuration qui revient tous les 780 jours environ ; les occasions suivantes étaient en janvier 2016 et en mai 2018. Dans la troisième phase, la sonde atteint la sphère d’influence de Mars à environ 573 473 kilomètres de sa surface et, au point le plus proche de la planète, allume son moteur pour freiner et se faire capturer.
Une caméra pour voir toute la planète
La caméra couleur de Mars, développée par le centre des applications spatiales d’Ahmedabad, profite de l’orbite très allongée de la sonde. Au plus près de Mars, elle distingue des détails d’environ 19,5 mètres sur des images de 40 kilomètres de côté ; au plus loin, elle photographie le disque entier de la planète. Elle doit aussi fournir un contexte visuel aux autres instruments et observer des phénomènes comme les tempêtes de poussière et les tourbillons de poussière.
Selon l’ISRO, cette caméra a produit plus de 1 100 images et permis de publier un atlas de Mars. Elle a photographié pour la première fois la face cachée de Deimos, la plus petite des deux lunes martiennes. Ses observations ont aussi permis d’estimer l’opacité de l’atmosphère due aux poussières et de repérer des nuages d’ondes au-dessus de la paroi sud de Valles Marineris, l’immense canyon martien.
Chercher le méthane
Le capteur de méthane pour Mars est un radiomètre différentiel. Il mesure la lumière du Soleil réfléchie par Mars dans deux canaux de l’infrarouge proche : dans le premier, le méthane absorbe une partie de la lumière ; dans le second, il ne l’absorbe pas. La différence entre les deux signaux donne la quantité de méthane présente dans la colonne d’atmosphère observée, avec une précision annoncée de quelques parties par milliard.
L’enjeu est important : le méthane martien, s’il existe en quantité mesurable, pourrait avoir une origine géologique ou biologique, et ses variations dans l’espace et le temps pourraient aider à trancher. Les pages de l’ISRO consultées décrivent l’instrument et ses objectifs, mais ne donnent pas de résultat de détection ; nous ne pouvons donc pas en dire davantage.
Prendre la température de Mars
Le spectromètre imageur thermique infrarouge mesure le rayonnement de chaleur émis par la surface martienne, entre 7 et 13 micromètres de longueur d’onde, dans douze bandes. Il doit cartographier la température de la surface et aider à étudier sa composition et ses minéraux. Il utilise un détecteur non refroidi, appelé microbolomètre, qui économise beaucoup de masse et d’électricité par rapport à un détecteur refroidi : un choix typique d’une mission conçue pour être légère.
Écouter la haute atmosphère
L’analyseur de la composition neutre de l’exosphère, ou MENCA, est un spectromètre de masse. Il mesure la composition et la densité des gaz de l’exosphère martienne, la couche la plus haute et la plus ténue de l’atmosphère, et leurs variations avec l’altitude, l’heure et peut-être la saison. Son but est de mieux comprendre comment Mars perd son atmosphère.
Ses résultats figurent parmi les plus marquants de la mission. En 2016, l’équipe publie une observation montrant pour la première fois que, vers 270 kilomètres d’altitude, en fin de journée et près du périhélie, l’oxygène atomique devient plus abondant que le dioxyde de carbone. En 2017, elle annonce la détection d’atomes d’argon « suprathermiques », plus énergétiques que les autres, dans l’exosphère ; ils suggèrent l’un des mécanismes par lesquels l’atmosphère martienne s’échappe dans l’espace. En 2020, une autre étude décrit une fuite accrue de l’atmosphère pendant une tempête de poussière globale.
Le cinquième instrument, un photomètre Lyman-alpha, complète cet ensemble consacré à l’atmosphère. Les pages consultées ne détaillent pas ses résultats.
Même le Soleil
Mangalyaan a servi à une étude inattendue : en 2022, des chercheurs publient une analyse de la couronne solaire, la haute atmosphère du Soleil, à partir des signaux radio en bande S de la sonde, dont le trajet vers la Terre traversait cette couronne. Au total, selon l’ISRO, la mission a donné lieu à plus de trente-cinq articles dans des revues à comité de lecture.
Sources : ISRO, « Mars Orbiter Mission Profile » (phases géocentrique, héliocentrique et martienne ; six allumages ; 918 347 km ; transfert de Hohmann ; angle de 44° et périodicité de 780 jours ; occasions de 2016 et 2018 ; sphère d’influence martienne à 573 473 km) ; ISRO, « Mars Orbiter Mission Spacecraft » (caractéristiques et objectifs des cinq instruments, développés pour trois d’entre eux au Space Applications Centre d’Ahmedabad ; plus de 1 100 images et atlas ; face cachée de Deimos ; plus de 35 articles ; principaux résultats : couronne solaire en 2022, fuite accrue pendant la tempête globale en 2020, argon suprathermique en 2017, oxygène plus abondant que le CO₂ vers 270 km en 2016, épaisseur optique et nuages au-dessus de Valles Marineris en 2015). Les explications des principes de mesure sont les nôtres.
Quatrième partie
Au-delà de Mars
2023 –
Chapitre 7 · 2023 – 2024 Aditya-L1, un observatoire face au Soleil
Après la Lune et Mars, l’ISRO se tourne vers le Soleil. Sa sonde Aditya-L1 s’installe à un million et demi de kilomètres de la Terre, d’où elle surveille l’étoile sans jamais la perdre de vue.
Un point d’équilibre
Aditya-L1 est la première mission spatiale indienne consacrée à l’étude du Soleil. Elle est placée sur une orbite en forme de halo autour du point de Lagrange L1 du système Soleil-Terre, à environ 1,5 million de kilomètres de la Terre. En ce point, les attractions du Soleil et de la Terre se combinent de telle sorte qu’une sonde peut y rester en accompagnant la Terre dans sa course autour du Soleil.
Selon l’ISRO, une sonde placée autour de L1 a un avantage majeur : elle voit le Soleil en permanence, sans jamais être masquée ni éclipsée. Elle peut ainsi suivre en temps réel l’activité solaire et ses effets sur la « météo de l’espace », c’est-à-dire les flux de particules et les perturbations magnétiques qui atteignent la Terre et les engins spatiaux.
Quatre mois de voyage
Le 2 septembre 2023, une PSLV-C57 lance Aditya-L1 et la place précisément sur l’orbite prévue. Comme Mangalyaan dix ans plus tôt, la sonde commence par tourner autour de la Terre en élevant peu à peu son orbite : quatre manœuvres, menées depuis le centre de contrôle de l’ISRO à Bangalore, portent son point le plus éloigné de 22 459 à 121 973 kilomètres entre le 3 et le 15 septembre. Le 18 septembre, elle commence à recueillir des données scientifiques ; le 19, une nouvelle manœuvre l’envoie vers le point L1.
Le 30 septembre, elle quitte la sphère d’influence de la Terre. Une petite correction de trajectoire, d’environ seize secondes, prévue dès la conception, est effectuée le 6 octobre. Le 6 janvier 2024, la sonde est insérée sur son orbite en halo autour de L1. Le 25 janvier, elle déploie avec succès le long mât qui porte son magnétomètre.
Sept instruments
Aditya-L1 emporte sept instruments. Quatre observent directement le Soleil : un coronographe qui étudie la couronne, l’atmosphère extérieure du Soleil, en masquant le disque solaire ; un télescope à ultraviolet qui photographie la photosphère et la chromosphère ; deux spectromètres à rayons X, l’un pour les rayons X de basse énergie, l’autre pour ceux de haute énergie. Les trois autres mesurent sur place, au point L1, les particules du vent solaire et le champ magnétique.
Les premiers résultats arrivent vite : en novembre 2023, le spectromètre à rayons X de haute énergie saisit ses premières éruptions solaires ; en décembre, le télescope ultraviolet réalise des images du disque solaire entier. Les questions visées par la mission sont parmi les grands mystères de la physique solaire : pourquoi la couronne est-elle beaucoup plus chaude que la surface du Soleil, comment naissent les éjections de masse coronale et les éruptions, et comment se forme le vent solaire.
Pourquoi cela compte pour Mars
La météo de l’espace est l’une des principales menaces pour des astronautes en route vers Mars : une éruption solaire peut projeter des flux de particules dangereux, contre lesquels l’équipage doit se mettre à l’abri. Comprendre comment naissent ces événements et comment ils se propagent dans le milieu interplanétaire est donc utile bien au-delà de l’Inde. La page Événement solaire et abri explique comment une base martienne devrait s’en protéger.
Sources : ISRO, page « Aditya-L1 » (première mission indienne d’étude du Soleil ; orbite en halo autour de L1 à environ 1,5 million de km ; vue permanente du Soleil sans occultation ; météo de l’espace ; sept instruments, quatre de télédétection et trois de mesure sur place, et leurs capacités ; objectifs scientifiques ; chronologie : lancement par PSLV-C57 le 2 septembre 2023, manœuvres terrestres du 3 au 15 septembre depuis ISTRAC à Bangalore, début de la collecte des données le 18 septembre, injection vers L1 le 19 septembre, sortie de la sphère d’influence le 30 septembre, correction de trajectoire d’environ 16 s le 6 octobre, insertion en orbite en halo le 6 janvier 2024, déploiement du mât du magnétomètre le 25 janvier 2024, premières éruptions vues par HEL1OS, images du télescope SUIT). L’explication du point de Lagrange et le rapprochement avec Mars sont les nôtres.
Chapitre 8 · 2023 – Gaganyaan, vers le vol habité
L’ISRO prépare l’envoi de ses propres astronautes. Pour la première fois, l’agence doit concevoir des systèmes dont l’objectif premier n’est plus la réussite de la mission, mais la survie de l’équipage.
Trois personnes, trois jours, 400 kilomètres
Le projet Gaganyaan doit démontrer la capacité de l’Inde à réaliser des vols spatiaux habités. L’objectif est de lancer un équipage de trois personnes sur une orbite à 400 kilomètres d’altitude, pour une mission de trois jours, puis de le ramener sain et sauf sur Terre, avec un amerrissage dans les eaux indiennes.
Un centre est créé pour piloter ce programme : le Human Space Flight Centre, chargé de coordonner les efforts des autres centres de l’ISRO, des laboratoires, des universités et de l’industrie. Ses domaines de recherche dessinent la liste de ce qu’exige un vol habité : systèmes de support-vie, ingénierie des facteurs humains, médecine spatiale, entraînement des équipages, et qualification des équipements pour l’usage humain. Selon l’ISRO, ces compétences sont aussi les briques de futures activités : rendez-vous et amarrage, construction d’une station spatiale, et missions habitées en collaboration vers la Lune, Mars et les astéroïdes proches de la Terre.
Un lanceur rendu digne de confiance
Le lanceur choisi est la LVM3, déjà éprouvée, dont tous les systèmes sont reconfigurés pour répondre aux exigences de sécurité du vol habité ; cette version s’appelle HLVM3. Elle porte au sommet un système d’évacuation de l’équipage, propulsé par des moteurs à poudre à combustion très rapide, capable d’emmener la capsule à distance sûre en cas d’urgence sur le pas de tir ou pendant la montée.
Le vaisseau, appelé module orbital, comprend deux parties. Le module d’équipage est l’espace habitable : une structure intérieure métallique pressurisée, entourée d’une structure extérieure non pressurisée qui porte le bouclier thermique, et qui abrite le support-vie, l’avionique et les systèmes de freinage pour la descente. Le module de service, non pressurisé, fournit en orbite l’énergie, la propulsion et le contrôle thermique.
Le 21 octobre 2023 : l’évacuation en vol
Avant de risquer des vies, l’ISRO multiplie les essais sans équipage : largages de capsule depuis un avion, essai d’évacuation sur le pas de tir, et vols de véhicules d’essai. Le premier de ces vols, TV-D1, a pour but de démontrer en vol l’évacuation d’urgence. Une fusée d’essai à un seul étage, propulsée par un moteur Vikas modifié et haute d’environ 35 mètres, emporte une capsule d’équipage et sa tour d’évacuation.
À environ 11,7 kilomètres d’altitude, alors que l’ensemble vole à 1,2 fois la vitesse du son, l’ordre d’évacuation est donné. La tour arrache la capsule, s’en sépare vers 17 kilomètres, puis les parachutes de freinage s’ouvrent vers 16,7 kilomètres et les parachutes principaux sous 2,5 kilomètres. Selon l’ISRO, le système d’évacuation a fonctionné comme prévu et la mission Gaganyaan « démarre sur une note de succès ».
Dix parachutes
Le freinage de la capsule repose sur une séquence de dix parachutes : deux pour éjecter le couvercle supérieur, deux parachutes de stabilisation, puis trois parachutes pilotes qui extraient chacun l’un des trois parachutes principaux. En août 2023, l’ISRO teste les parachutes de stabilisation, de 5,8 mètres de diamètre, sur un rail d’essai à fusée près de Chandigarh, en simulant les charges les plus fortes et l’angle d’attaque le plus défavorable.
Former des astronautes
Un centre d’entraînement des astronautes a été établi à Bangalore. La formation comprend des cours théoriques, la préparation physique, l’entraînement sur simulateurs, l’apprentissage des systèmes du vaisseau, des vols paraboliques pour s’habituer à l’apesanteur, une formation médicale aéronautique, des entraînements à la récupération et à la survie, ainsi que des vols réguliers et la pratique du yoga.
Pour une agence qui envisage des missions habitées en collaboration vers Mars, Gaganyaan est le premier pas indispensable : apprendre à garder des êtres humains en vie dans l’espace, et à les ramener.
Sources : ISRO, page « Gaganyaan » (objectif de trois astronautes à 400 km pour trois jours et amerrissage dans les eaux indiennes ; Human Space Flight Centre, ses domaines et les futures activités visées, dont des missions habitées en collaboration vers la Lune, Mars et les astéroïdes ; HLVM3 et système d’évacuation ; module orbital, module d’équipage et module de service ; missions précurseurs ; centre d’entraînement de Bangalore et contenu de la formation) ; ISRO, page « Gaganyaan TV-D1 Mission » (objectifs, profil de vol : Mach 1,2 à 11,7 km, séparation vers 17 km, parachutes de freinage à 16,7 km et principaux sous 2,5 km ; véhicule de 34,954 m avec moteur Vikas modifié ; système d’évacuation ayant fonctionné comme prévu) ; ISRO, « Drogue Parachute Deployment Tests » (essais du 8 au 10 août 2023 à Chandigarh, parachutes de 5,8 m, séquence de dix parachutes). La date du vol TV-D1, le 21 octobre 2023, est donnée par la presse indienne (Onmanorama, Business Standard), qui rapporte aussi la récupération de la capsule en mer par la marine indienne ; la page de l’ISRO consultée affiche une mise à jour datée du 18 octobre.
Épilogue
L’ISRO et Mars
Chapitre 9 · La leçon Ce que l’ISRO apporte à Mars
Avec Mangalyaan, l’Inde a montré qu’une mission martienne n’est pas réservée aux plus grandes puissances spatiales. Trois leçons en ressortent.
Viser juste plutôt que grand
Un orbiteur modeste, cinq instruments, un objectif d’abord technique : la mission a été dimensionnée pour réussir. Les premières étapes d’une présence humaine gagneront, elles aussi, à commencer simplement.
Durer au-delà du prévu
Prévue pour six mois, la sonde a travaillé près de huit ans, jusqu’à l’épuisement de ses ergols. Sur Mars, les équipements devront, eux aussi, servir bien plus longtemps que ce pour quoi on les a conçus.
Partager les données
Des milliers d’utilisateurs dans cinquante pays ont exploité les données de Mangalyaan. La connaissance de Mars est un bien commun qui se construit à plusieurs.
Cette leçon est une réflexion de l’auteur de ce livre, fondée sur les faits rapportés dans les chapitres précédents, où leurs sources sont indiquées.
Annexes
Pour aller plus loin
Annexe Comprendre la mission indienne
Quelques notions, expliquées simplement, pour suivre ce livre.
Le transfert à énergie minimale
La trajectoire qui demande le moins de carburant pour aller de la Terre à Mars. Elle n’est possible que lorsque les deux planètes sont bien placées, environ tous les vingt-six mois.
La sphère d’influence
La région autour d’une planète où sa gravité domine celle du Soleil. En la quittant, une sonde cesse d’être retenue par la Terre.
L’insertion en orbite
Le freinage, par un allumage du moteur, qui permet à une sonde arrivant à grande vitesse d’être capturée par la gravité de Mars au lieu de la dépasser.
L’exosphère
La couche la plus haute de l’atmosphère, si ténue que les atomes peuvent s’échapper dans l’espace. L’étudier aide à comprendre comment Mars a perdu une grande partie de son atmosphère.
Le crore
Une unité de compte indienne qui vaut dix millions. 450 crores de roupies font donc 4,5 milliards de roupies.
Ces explications sont des notions générales. La sphère d’influence et le transfert à énergie minimale suivent la page « Mission profile » de l’ISRO.
Annexe Chronologie
Les grandes dates de l’ISRO, de ses lanceurs, de ses missions lointaines et de sa mission martienne.
1962. Création de l’INCOSPAR.
21 novembre 1963. Première fusée-sonde lancée de Thumba : début du programme spatial indien.
1965. Premières fusées-sondes fabriquées en Inde.
15 août 1969. Création de l’ISRO.
1972. Création du département de l’Espace.
1975. Les fusées-sondes regroupées dans le programme Rohini.
Août 1979. Premier vol de la SLV-3, succès partiel.
18 juillet 1980. La SLV-3 place en orbite le satellite Rohini RS-1.
20 mai 1992. Premier succès de l’ASLV (satellite SROSS-C).
22 octobre 2008. Lancement de Chandrayaan-1 vers la Lune.
29 août 2009. Perte du contact avec Chandrayaan-1.
5 novembre 2013. Lancement de la Mars Orbiter Mission.
24 septembre 2014. Mise en orbite autour de Mars.
23 mars 2015. Fin de la durée de vie prévue.
Avril 2022. Perte du contact.
27 septembre 2022. Fin de mission déclarée.
14 juillet 2023. Lancement de Chandrayaan-3 par une LVM3.
23 août 2023. Atterrissage de Chandrayaan-3 près du pôle Sud de la Lune.
2 septembre 2023. Lancement de l’observatoire solaire Aditya-L1.
21 octobre 2023. Vol d’essai TV-D1 : évacuation d’urgence de la capsule Gaganyaan démontrée.
6 janvier 2024. Aditya-L1 en orbite autour du point L1.
Sources : celles des chapitres.
Annexe Sources et méthode
Ce livre raconte l’histoire de l’agence spatiale indienne et de sa mission martienne à partir des pages officielles de l’ISRO. Cette annexe indique d’où viennent les faits et ce que les sources ne permettent pas d’établir.
Les sources principales
Ce livre remplace une ancienne page d’environ 76 000 mots, qui traitait de tout le programme spatial indien ; nous nous en tenons ici à Mars. Il s’appuie sur les pages de l’ISRO consacrées à son profil, à la Mars Orbiter Mission, à son profil de vol, à sa foire aux questions et à la rencontre nationale du 27 septembre 2022.
En octobre 2026, le livre a été complété par six chapitres qui replacent Mangalyaan dans l’histoire de l’agence : les fusées-sondes de Thumba, la famille des lanceurs, les missions lunaires Chandrayaan, le détail des instruments de Mangalyaan et de leurs résultats, l’observatoire solaire Aditya-L1 et le programme habité Gaganyaan. Ils s’appuient sur les pages officielles de l’ISRO consacrées à chacun de ces sujets ; la date du vol d’essai TV-D1 est confirmée par la presse indienne.
Ce que les sources ne disent pas
Les pages consultées ne donnent ni la masse de la sonde, ni la date de l’injection vers Mars, ni la durée du freinage d’arrivée. Elles ne mentionnent pas non plus de future mission indienne vers Mars ; nous n’en parlons donc pas.
La longueur
Ce livre comptait d’abord environ mille cent cinquante mots ; il en compte maintenant un peu plus de cinq mille. L’objectif fixé pour cette collection était de cent mille. Nous ne l’avons pas atteint, et nous préférons le dire : les pages officielles accessibles ne permettent pas d’aller beaucoup plus loin sans répéter ou inventer. L’Inde n’a, à ce jour, mené qu’une mission vers Mars ; nous nous en tenons aux faits documentés.
L’illustration
L’image placée en tête de ce livre est une illustration dont nous n’avons pas pu vérifier la provenance exacte.
Sources en ligne
- ISRO, « Profile »
- ISRO, « Mars Orbiter Mission Spacecraft »
- ISRO, profil de la mission
- ISRO, « FAQ Mars Orbiter Mission »
- ISRO, rencontre nationale sur la mission (2022)
- ISRO, « Sounding Rockets »
- ISRO, « SLV »
- ISRO, « ASLV »
- ISRO, « PSLV »
- ISRO, « GSLV »
- ISRO, « LVM3 »
- ISRO, « SSLV »
- ISRO, « Chandrayaan-1 »
- ISRO, « Chandrayaan-3 »
- ISRO, « Chandrayaan-3 Details »
- ISRO, résultats scientifiques de Chandrayaan-3
- ISRO, « Aditya-L1 »
- ISRO, « Gaganyaan »
- ISRO, « Gaganyaan TV-D1 Mission »
- ISRO, essais des parachutes de stabilisation (2023)
- Onmanorama (21 octobre 2023), vol d’essai TV-D1
Faits vérifiés auprès de ces sources le 11 octobre 2026.
Pour aller plus loin
Bibliothèque Mars
Ce livre prolonge la page par une architecture complète de colonie martienne. Le dossier ci-dessus reste volontairement autonome : Arcadia est un approfondissement facultatif, pas un préalable à la compréhension.
Arcadia — Manuel de la première cité martienne
