Bible Mars — Personnalités
Michael Meyer
Le plongeur d’une chasse au trésor devenu océanographe des déserts froids, puis, au siège de la NASA, le scientifique qui tient le fil du programme martien : Odyssey, Curiosity, l’énigme du méthane, Mars 2020 et la préparation du retour d’échantillons.
scientifique de la NASA
- Formation
- Rensselaer Polytechnic Institute (licence) ; Texas A&M (maîtrise et doctorat d’océanographie)
- Rôle
- Scientifique principal pour l’astrobiologie et responsable scientifique du programme d’exploration de Mars de la NASA
- Missions
- Scientifique de programme de Mars Odyssey et de Mars Science Laboratory (Curiosity)
- Recherche
- Micro-organismes des milieux extrêmes
- Lien avec Mars
- Stratégie scientifique du programme martien ; préparation du retour d’échantillons
10 chapitres et 4 annexes : environ 4 100 mots, soit 20 minutes de lecture. Chaque fait vient de sources vérifiées, indiquées à la fin de chaque chapitre.
Première partie
De l’océan au froid
Jeunesse – années 1980
Chapitre 1 · Jeunesse D’un trésor englouti à la biologie
Michael Meyer est devenu le scientifique responsable de tout le programme martien de la NASA. Mais quand on lui demande, en 2017, ce qui l’a lancé dans la science, il ne parle ni de Mars ni des étoiles. Il parle de l’océan.
L’ingénieur qui s’ennuyait
Comme il était bon en mathématiques, raconte-t-il en 2002, on lui avait dit qu’il devrait être ingénieur. Il entre donc à l’Institut polytechnique Rensselaer, dans l’État de New York, pour étudier l’ingénierie. Un jour, il se rend compte qu’elle ne l’intéresse pas vraiment : ce n’est pas assez passionnant. La biologie l’est bien davantage. Il change de voie. C’est une époque d’effervescence : quand il suit le cours de biologie cellulaire, dit-il, les trois manuels parus dans l’année sont déjà dépassés. Il obtient sa licence à Rensselaer.
Plongeur par accident
Il a toujours aimé la mer. Il admire Jacques-Yves Cousteau, a un aquarium, aime naviguer. À la fin de sa première année d’université, il se fait embaucher comme matelot de pont dans une entreprise de récupération de trésors au large de la Floride. Au bout de quelques semaines, le chef de l’opération renvoie tous les plongeurs, qui ne font pas leur travail, et lui demande s’il veut plonger. Il ne sait pas plonger, mais il accepte volontiers.
C’est, dit-il, sa première incursion sous la surface. Malgré tous les documentaires et les livres, il découvre un monde dont il ne savait rien : « Ma parole, je ne connais rien à ce monde. C’est fantastique. » Ce choc le met sur une voie : il pourrait faire cela toute sa vie. Il comprend surtout qu’on peut gagner sa vie à apprendre, en allant jusqu’aux études doctorales. C’est ce qu’il appelle son « assistance gravitationnelle ».
Sources : NASA Astrobiology, « Interview With Michael Meyer », entretien avec Kathleen Connell (NASA Ames), 13 février 2002 (bon en mathématiques, Rensselaer, l’ingénierie peu passionnante, la biologie, les trois manuels de biologie cellulaire, l’océan, le travail de matelot à la fin de la première année) ; NASA, Gravity Assist, saison 1, épisode 6, 20 décembre 2017 (Cousteau, l’aquarium, la voile, l’entreprise de récupération de trésors, le renvoi des plongeurs, la première plongée, « My word, I don’t know anything about this world », gagner sa vie à apprendre) ; NASA Astrobiology, « Michael Meyer to Serve as NAI Director », 24 février 2014 (licence de Rensselaer Polytechnic Institute). Les sources consultées ne donnent pas sa date de naissance. Les paroles sont traduites de l’anglais.
Chapitre 2 · Années 1980 De l’océan aux déserts froids
Après sa licence, Michael Meyer choisit l’océanographie, parce qu’il a toujours aimé la mer. Ses études le mèneront pourtant loin des océans, jusque dans les montagnes de l’Antarctique.
Texas A&M
Il obtient une maîtrise puis un doctorat d’océanographie à l’université Texas A&M, à College Station. Il participera notamment à deux croisières vers l’Antarctique. Sa recherche porte sur les micro-organismes qui vivent dans les milieux extrêmes.
Des algues sans mer
Passer de l’océanographie aux montagnes de l’Antarctique peut sembler un grand saut. Il l’explique simplement : les algues sont des organismes aquatiques, qu’elles vivent en mer, en eau douce ou sur la terre ferme, parce qu’elles ne font rien sans eau. C’est ainsi, dit-il, qu’il est entré dans la recherche sur les « déserts froids » et sur les micro-organismes des milieux extrêmes.
Une trace dans les archives
Les archives techniques de la NASA recensent, entre 1986 et 1993, plusieurs articles cosignés par un chercheur nommé Michael A. Meyer, de l’université d’État de Floride, avec le spécialiste des micro-organismes antarctiques Imre Friedmann. Ils portent sur les températures du sol et les ultraviolets dans les vallées libres de glace de la Terre Victoria, sur l’effet du froid sur des algues vivant à l’intérieur des roches, sur la productivité à long terme de ces communautés microbiennes du désert de Ross. L’un d’eux, publié en 1993, présente des relevés de microclimat de 1985 à 1988 et est cosigné par Christopher McKay. Ces travaux correspondent exactement à ce que Michael Meyer raconte de ses recherches ; aucune des sources consultées ne dit cependant explicitement qu’il s’agit de lui.
Sources : NASA Astrobiology, entretien du 13 février 2002 (l’océanographie, les croisières en Antarctique, les algues et l’eau, les déserts froids, les milieux extrêmes) ; NASA Astrobiology, « Michael Meyer to Serve as NAI Director », 24 février 2014 (maîtrise et doctorat d’océanographie de Texas A&M, micro-organismes des milieux extrêmes) ; NASA Technical Reports Server : J. A. Nienow, M. A. Meyer et E. I. Friedmann (Florida State University), 1986 ; M. A. Meyer, G. J. Morris et E. I. Friedmann, 1988 ; E. I. Friedmann, L. Kappen, M. A. Meyer et J. A. Nienow, 1993 ; C. P. McKay, J. Nienow, M. A. Meyer et E. I. Friedmann, « Continuous Nanoclimate Data (1985-1988) from the Ross Desert (McMurdo Dry Valleys) Cryptoendolithic Microbial Ecosystem », 1993. Les dates de ses diplômes ne sont pas données par les sources consultées. Chris McKay a sa propre biographie dans cette collection.
Deuxième partie
L’astrobiologie
Années 1990 – 2002
Chapitre 3 · Années 1990 De l’exobiologie à l’astrobiologie
Dans les années 1990, la recherche de la vie ailleurs change de nom et d’ambition à la NASA. Michael Meyer se trouve au cœur de ce changement.
L’exobiologie
Le programme d’exobiologie de la NASA existe depuis longtemps, explique-t-il en 2002. Il étudie l’origine de la vie sur Terre, pour en tirer un modèle des chances qu’a la vie d’apparaître ailleurs. En juin 1994, les archives de la NASA recensent deux articles cosignés par John Rummel, du siège de la NASA, et par un Michael A. Meyer, d’un organisme désigné par le sigle LESC, à Washington, l’un sur les projets de la NASA pour l’exobiologie et l’exploration du système solaire, l’autre sur les possibilités qu’offrent à l’exobiologie les petites missions du programme Discovery. En 1996, les deux mêmes noms signent des recommandations pour un accord sur la protection planétaire des futurs atterrisseurs martiens : comment éviter de contaminer Mars avec des microbes terrestres.
La météorite d’Allan Hills
Pour Michael Meyer, la météorite martienne d’Allan Hills a tourné l’attention vers l’idée qu’il pourrait exister de la vie hors de la Terre, peut-être dans notre propre système solaire. L’essentiel, dit-il, est que ce n’était pas une idée folle : c’était, et c’est toujours, une idée raisonnable. On découvre sur Terre des organismes vivant dans des milieux qu’on ne soupçonnait pas vingt ans plus tôt. On a établi qu’il existe une troisième branche de la vie, les archées, qui ressemblent aux bactéries sans en être et vivent souvent dans des milieux extrêmes. Et des membres de l’Académie nationale des sciences jugent raisonnable qu’il puisse y avoir, aujourd’hui encore, de la vie sur Mars.
Un nouveau mot
L’astrobiologie, définie comme l’étude de l’origine, de l’évolution et de la répartition de la vie dans l’univers, lui paraît le prolongement naturel de l’exobiologie. Le mot, dit-il, a permis de montrer comment les recherches menées s’inscrivaient dans la grande entreprise d’exploration des planètes et de recherche de planètes autour d’autres étoiles. Il a aussi capté l’intérêt du public. Et il réunit des disciplines diverses, parce qu’on ne peut pas comprendre la vie, ni la possibilité de la vie, sans comprendre son environnement.
Sources : NASA Astrobiology, entretien du 13 février 2002 (le programme d’exobiologie et l’origine de la vie, la météorite d’Allan Hills, « it wasn’t a crazy idea », les organismes des milieux extrêmes, les archées, l’Académie nationale des sciences, l’astrobiologie comme extension, l’intérêt du public, la multidisciplinarité) ; NASA Technical Reports Server : J. D. Rummel (NASA Headquarters) et M. A. Meyer (LESC, Washington), « Future NASA plans for exobiology and solar system exploration », et M. A. Meyer et J. D. Rummel, « Exobiology opportunities from Discovery-class missions », juin 1994 ; J. D. Rummel et M. A. Meyer, « A consensus approach to planetary protection requirements: recommendations for Mars lander missions », 1996. Comme pour le chapitre précédent, l’identité de ce Michael A. Meyer n’est pas confirmée explicitement par les sources. Les paroles sont traduites de l’anglais.
Chapitre 4 · 2001 – 2002 Au siège de la NASA : Odyssey et la méthode
En février 2002, Michael Meyer se présente ainsi : il est le « scientifique de discipline » pour l’astrobiologie au siège de la NASA, à Washington, et le scientifique de programme de la mission Mars 2001 Odyssey, un orbiteur martien.
Le rôle d’un scientifique de programme
Une partie de son travail, explique-t-il, consiste à regarder ce que l’on fait aujourd’hui pour prévoir ce qu’il faudra faire demain. La NASA dispose désormais d’un solide programme d’exploration de Mars, avec des missions tous les vingt-six mois, au rythme où les planètes sont bien placées. Quels instruments, quelles connaissances l’astrobiologie doit-elle avoir prêts pour ces missions ? Même question pour Europe, la lune de Jupiter que l’on croit dotée d’un océan sous sa glace : quels outils faudrait-il pour savoir si la vie y est jamais apparue ?
Chercher des milieux, pas des êtres
Sa méthode pour chercher la vie sur Mars, passée ou présente, procède par étapes : poser des questions très générales, dont les réponses indiquent la question suivante. Cette approche a déplacé l’objectif : au lieu de chercher directement la vie, on cherche les milieux qui auraient pu l’abriter. On parle alors de géochimie, d’hydrologie, d’histoire géologique, de climat ancien, de modèles de l’atmosphère : « où est l’eau ? » La recherche de la vie embrasse ainsi la plupart des sciences planétaires.
Il voit aussi deux défis pour l’informatique : faire se comprendre des disciplines qui parlent des langues différentes, et rendre les robots assez autonomes pour qu’ils explorent davantage par eux-mêmes, grâce à de bons capteurs.
Les questions de société
Savoir si nous sommes seuls dans l’univers change la façon dont nous nous voyons. Il y a aussi, rappelle-t-il, le risque de transporter des microbes vers une autre planète et de la contaminer, et la question de la sécurité d’un retour d’échantillons, que la société devra juger. Mais il ne pense pas que l’astrobiologie bouleverse la société du jour au lendemain : les perceptions changent lentement.
Une prédiction
Y a-t-il de la vie ailleurs dans l’univers ? « Très certainement », répond-il, simplement à cause des nombres : cent milliards d’étoiles dans notre galaxie, cent milliards de galaxies. C’est presque un acte de foi, admet-il. La vraie question est de savoir s’il y a de la vie assez près pour qu’on la remarque. Et il fait une prédiction : dans les vingt prochaines années, on saura si la vie est commune ou rare. Vingt ans plus tard, en 2022, la question reste ouverte.
Source : NASA Astrobiology, « Interview With Michael Meyer », entretien avec Kathleen Connell, 13 février 2002 (ses fonctions, Mars 2001 Odyssey, prévoir l’avenir, les missions tous les vingt-six mois, Europe, la méthode par étapes, les milieux, « where is the water? », l’informatique, la contamination, le retour d’échantillons, la société, « Most definitely », dix puissance onze étoiles et galaxies, « a faith statement », « in the next twenty years we’ll find out if life is common, or if life is rare »). La dernière phrase du chapitre est un constat de l’auteur. Les paroles sont traduites de l’anglais.
Troisième partie
Le programme martien
2011 – 2018
Chapitre 5 · 2011 – 2012 Le scientifique de Curiosity
En 2011, Michael Meyer est le scientifique responsable du programme d’exploration de Mars au siège de la NASA, tout en étant le scientifique principal de l’agence pour l’astrobiologie. C’est lui qui veille à la cohérence scientifique des missions martiennes.
De « suivre l’eau » à « chercher les signes de vie »
Le 13 janvier 2011, le musée national de l’Air et de l’Espace, à Washington, accueille avec la NASA une présentation publique du programme martien. Son titre résume le tournant de ces années : « De “suivre l’eau” à “chercher les signes de vie” ». La décennie écoulée a été celle de la recherche de l’eau ; elle a été trouvée. Michael Meyer anime la dernière session, consacrée à l’avenir : « Chercher les signes de vie : que nous réserve l’avenir ? »
Le scientifique de programme de Curiosity
Pour la mission Mars Science Laboratory et son rover Curiosity, qui emporte dix instruments scientifiques, Michael Meyer est le scientifique de programme de toute la mission : alors que d’autres chercheurs travaillent directement sur les instruments, il veille, pour la NASA, à ce que la mission réponde à ses objectifs, caractériser l’environnement de Mars et déterminer si la planète a jamais pu abriter la vie.
Bradbury Landing
Curiosity se pose le 6 août 2012 dans le cratère Gale. Le 22 août, jour où l’écrivain Ray Bradbury, mort en juin, aurait eu quatre-vingt-douze ans, la NASA baptise le lieu d’atterrissage « Bradbury Landing ». Michael Meyer explique ce choix : « Ce n’était pas un choix difficile pour l’équipe scientifique. Beaucoup d’entre nous, et des millions d’autres lecteurs, avons été poussés dans nos vies par les histoires de Ray Bradbury à rêver de la possibilité de la vie sur Mars. »
Sources : NASA Astrobiology, « Michael Meyer to Serve as NAI Director », 24 février 2014 (scientifique principal pour l’astrobiologie et scientifique responsable du programme d’exploration de Mars) ; NASA Astrobiology, « “Live” From the Smithsonian, a NASA Mars Program Update », 10 janvier 2011 (programme du 13 janvier 2011, titre, session III animée par M. Meyer) ; NASA Astrobiology, « Curious About Life: Interview With Michael Meyer », 27 octobre 2012 (scientifique de programme de MSL, dix instruments, objectifs) ; Wikipédia en anglais, « Bradbury Landing » et « The Martian Chronicles » (atterrissage du 6 août 2012, baptême du 22 août, mort de Bradbury le 5 juin 2012, citation de M. Meyer ; source tertiaire). Les paroles sont traduites de l’anglais.
Chapitre 6 · 2013 – 2017 L’énigme du méthane
Le méthane est un gaz que, sur Terre, les êtres vivants produisent en grande partie. Sur Mars, il est devenu l’une des grandes énigmes de la décennie, et Michael Meyer a souvent été chargé de l’expliquer.
Pas de méthane
Le 19 septembre 2013, la NASA annonce que Curiosity n’a pas trouvé de méthane. Le rover a analysé l’atmosphère six fois, d’octobre 2012 à juin 2013, sans en détecter ; il ne peut y en avoir plus de 1,3 partie par milliard, environ six fois moins que certaines estimations antérieures. « Ce résultat important nous aidera à orienter nos efforts pour examiner la possibilité de la vie sur Mars », déclare Michael Meyer. Il réduit la probabilité de microbes martiens producteurs de méthane, ajoute-t-il, mais ne concerne qu’un seul type de métabolisme : bien des microbes terrestres ne produisent pas de méthane.
Puis un pic
Le 16 décembre 2014, la NASA annonce au contraire que Curiosity a mesuré un pic de méthane, dix fois plus élevé que le niveau habituel, dans l’atmosphère qui l’entoure. Quelques jours plus tôt, le 8 décembre, Michael Meyer figurait parmi les intervenants d’une téléconférence de presse de la NASA sur les observations du rover.
En 2017, il raconte la suite au micro de Jim Green. Un grand pic de méthane apparaît, puis, presque aussi surprenant, disparaît. Il faut, dit-il, se livrer à de véritables « gymnastiques chimiques » pour faire apparaître et disparaître ainsi du méthane, et les spécialistes de l’atmosphère sont dans tous leurs états. Un faible niveau de fond se comprend, car des matériaux venus des comètes peuvent en apporter un peu. Mais un autre pic survient, puis disparaît à son tour, sans lien apparent avec quoi que ce soit d’autre. C’est, dit-il, un vrai mystère.
Géologie ou biologie
Le mystère compte, explique-t-il, parce que le méthane peut signaler des processus géologiques actifs, quand de l’eau réagit avec certaines roches ; ce serait déjà très intéressant. Et sur Terre, la plus grande partie du méthane est d’origine biologique, ce qui serait, sur Mars, évidemment passionnant. Dans les deux cas, il faut trouver la source.
Sources : NASA, communiqué 13-288, « NASA Curiosity Rover Detects No Methane on Mars », 19 septembre 2013 (six analyses d’octobre 2012 à juin, 1,3 partie par milliard, un sixième, citation de M. Meyer) ; NASA, communiqué du 3 décembre 2014 annonçant la téléconférence du 8 décembre (M. Meyer parmi les intervenants) ; NASA, communiqué 14-330, « NASA Rover Finds Active, Ancient Organic Chemistry on Mars », 16 décembre 2014 (pic de méthane décuplé) ; NASA, Gravity Assist, saison 1, épisode 6, 20 décembre 2017 (le pic et sa disparition, « chemical gymnastics », les comètes, le second pic, géologie ou biologie). Les paroles sont traduites de l’anglais.
Chapitre 7 · 2014 – 2017 Porte-parole des découvertes martiennes
Responsable scientifique du programme martien, Michael Meyer est souvent assis à la table des conférences de presse où la NASA annonce ses découvertes. Ces rendez-vous jalonnent la décennie.
Une année chargée
Le 21 janvier 2014, il participe à la conférence de presse consacrée aux dix ans des rovers Spirit et Opportunity. Le 24 février, la NASA annonce qu’il prendra, à partir du 7 avril, la direction par intérim de l’Institut d’astrobiologie de la NASA, un réseau de quinze équipes et de 840 chercheurs répartis dans 180 établissements. Mais le 24 avril, l’institut fait savoir qu’il a décliné le poste : les conditions exigées pour régler un conflit d’intérêts étaient, dit-il, inacceptables, et il se dit déçu de ne pas pouvoir renouer avec ce travail. Le 31 juillet, il est de nouveau à la tribune pour l’annonce des instruments de la future mission Mars 2020.
Les traînées des pentes
Le 28 septembre 2015, il fait partie des intervenants de la conférence de presse où la NASA présente les traînées sombres qui apparaissent chaque saison sur certaines pentes martiennes, attribuées alors à de l’eau liquide. En 2017, il en explique le mystère. Au printemps, quand il commence à faire plus chaud, elles apparaissent ; pendant l’été, elles s’allongent le long de la pente ; à l’automne, elles s’effacent ; l’hiver, elles ont disparu ; l’année suivante, elles reviennent au même endroit. On dirait de l’eau qui coule. Mais il est difficile d’y voir de l’eau, avec des températures si basses et si peu d’eau stable en surface.
Le problème, explique-t-il, est que ces traînées sont trop étroites pour que les spectromètres en orbite en analysent bien la composition : on voit qu’elles foncent et s’éclaircissent, sans pouvoir dire pourquoi. Il espère que Curiosity, qui a repéré au loin des candidates dans le cratère Gale, pourra les observer depuis le sol, en couleurs et au fil des saisons.
L’atmosphère perdue
Le 5 novembre 2015, il est aussi présent quand la NASA annonce, grâce à la sonde MAVEN, à quelle vitesse le vent solaire arrache l’atmosphère de Mars.
Sources : NASA, « NASA Hosts News Conference About 10 Years of Roving on Mars », 21 janvier 2014 ; NASA Astrobiology, « Michael Meyer to Serve as NAI Director », 24 février 2014 (prise de fonction le 7 avril, quinze équipes, 840 chercheurs, 180 établissements) et « NAI Interim Director: Announcement », 24 avril 2014 (refus et sa déclaration) ; NASA, « NASA to Announce Mars 2020 Rover Instruments », 30 juillet 2014 (conférence du 31 juillet) ; NASA, « NASA to Announce Mars Mystery Solved », 24 septembre 2015 (intervenants de la conférence du 28 septembre) ; NASA, Gravity Assist, saison 1, épisode 6, 20 décembre 2017 (le cycle saisonnier, la difficulté de l’eau, les spectromètres, les candidates de Gale) ; NASA, « NASA to Announce New Findings on Fate of Mars’ Atmosphere », 2 novembre 2015 (intervenants du 5 novembre). La réinterprétation de 2017 de ces traînées comme des écoulements secs est racontée dans la biographie de Jim Green de cette collection. Les paroles sont traduites de l’anglais.
Chapitre 8 · 2014 – 2018 Sur les épaules de Curiosity
Après Curiosity, la NASA prépare une nouvelle mission, Mars 2020, qui deviendra le rover Perseverance. Pour Michael Meyer, elle prolonge directement ce que Curiosity a appris.
Une architecture qui a fait ses preuves
Mars 2020, explique-t-il en 2017, se tient sur les épaules de Curiosity de deux façons. D’abord, elle reprend toute l’architecture de la mission : le système d’entrée, de descente et d’atterrissage et le corps du rover, qui ont si bien fonctionné qu’on les refait. On y ajoute des instruments entièrement nouveaux, on met tout à jour, et le rover mettra de côté des échantillons : quand il trouvera des roches intéressantes, on aura la possibilité de les rapporter sur Terre.
Ce que Curiosity a appris
Ensuite, ce que Curiosity a découvert oriente la nouvelle mission. Le rover a montré que Mars était habitable à l’époque où s’est formé le cratère Gale, ou peu après. La minéralogie et les roches renseignent sur ce qu’était l’environnement. Les instruments de Mars 2020 ont été choisis en conséquence, et le choix du site d’atterrissage tient compte de ce qu’on a appris à Gale et de ce que montrent les orbiteurs. On est devenu, dit-il, beaucoup plus habile à savoir où aller pour trouver les bonnes roches : celles qui racontent l’histoire ancienne de Mars, à l’époque où la vie est apparue sur Terre et dans le système solaire.
Jezero
Le 19 novembre 2018, la NASA annonce le site choisi pour Mars 2020 : le cratère Jezero. Le rover Perseverance s’y posera le 18 février 2021.
Sources : NASA, Gravity Assist, saison 1, épisode 6, 20 décembre 2017 (« standing on the shoulders of Curiosity », l’architecture reprise, les nouveaux instruments, la mise de côté d’échantillons, l’habitabilité de Gale, les instruments et le site choisis en conséquence, l’époque de l’apparition de la vie) ; NASA, « NASA Announces Landing Site for Mars 2020 Rover », 19 novembre 2018 ; NASA NSSDCA, fiche « Mars 2020 » (atterrissage du 18 février 2021). Les paroles sont traduites de l’anglais.
Quatrième partie
Le retour
2022 – 2023
Chapitre 9 · 2022 – 2023 Préparer le retour des échantillons
Dès 2002, Michael Meyer évoquait la question de la sécurité d’un retour d’échantillons martiens et du regard que la société porterait sur lui. Vingt ans plus tard, il est l’un des scientifiques qui préparent ce retour.
Seize porte-étendards
Le 14 juin 2022, la NASA et l’Agence spatiale européenne, partenaires du programme de retour d’échantillons martiens, créent un nouveau groupe de chercheurs : le groupe scientifique de la campagne de retour d’échantillons. Seize scientifiques des États-Unis, d’Europe, du Canada et du Japon doivent aider à tirer le meilleur parti scientifique des roches et des sédiments que l’on rapporterait de Mars. « Ces seize personnes seront les porte-étendards de la science du retour d’échantillons martiens », déclare Michael Meyer, toujours responsable scientifique du programme d’exploration de Mars. Elles devront établir la feuille de route, fixer la manière de prendre les décisions sur les échantillons et concevoir les procédures permettant à la communauté scientifique mondiale de travailler sur ces premiers échantillons venus d’un autre monde.
La réception des échantillons
En 2023, la NASA et l’ESA lancent un appel à candidatures pour une équipe chargée de définir les mesures à faire sur les échantillons dès leur arrivée, dans le futur centre de réception. L’appel est signé de deux noms : Michael A. Meyer et Gerhard Kminek, « scientifiques responsables du retour d’échantillons martiens ».
Au moment où ce livre est écrit, en octobre 2026, les échantillons prélevés par Perseverance attendent toujours la mission qui les rapportera sur Terre.
Sources : NASA Astrobiology, entretien du 13 février 2002 (retour d’échantillons et société) ; NASA/JPL, « NASA, Partner Establish New Research Group for Mars Sample Return Program », 14 juin 2022 (le groupe, les seize chercheurs et leurs pays, la citation « These 16 individuals will be the standard-bearers… ») ; NASA Astrobiology, appel « Mars Sample Return (MSR) Sample Receiving Project Measurement Definition Team 1 (MDT-1) », 2023 (signature de M. A. Meyer et G. Kminek, « MSR Lead Scientists »). La dernière phrase est un constat de l’auteur. Les paroles sont traduites de l’anglais.
Épilogue
Michael Meyer et Mars
Chapitre 10 · La leçon Ce que Michael Meyer laisse à Mars
Michael Meyer n’a pas inventé d’instrument célèbre et ne s’est pas posé sur Mars. Son métier a été de tenir le fil scientifique d’un programme entier, mission après mission. Son parcours éclaire trois leçons.
Chercher par étapes
On ne trouve pas la vie en la cherchant directement. On pose d’abord des questions générales, où est l’eau, quel était le climat, quels milieux ont pu être habitables, et chaque réponse dicte la question suivante. Cette patience a mené de « suivre l’eau » à « chercher les signes de vie », puis au retour d’échantillons.
Ne pas conclure trop vite
Le méthane qui apparaît et disparaît, les traînées qui coulent sans qu’on sache si c’est de l’eau : Mars résiste aux explications simples. Face à ces énigmes, il a toujours distingué ce qu’on sait de ce qu’on ignore, et rappelé qu’une absence de résultat ne ferme qu’une porte parmi d’autres.
Penser au-delà de la science
Enfin, il a tôt rappelé que l’exploration de la vie ailleurs touche la société : risque de contaminer d’autres mondes, sécurité des échantillons rapportés, manière dont l’humanité se voit si elle n’est pas seule. Les premiers humains qui iront sur Mars emporteront ces questions avec eux.
Cette leçon est une réflexion de l’auteur de ce livre, à partir des faits et des propos de Michael Meyer rapportés dans les chapitres précédents, où leurs sources sont indiquées.
Annexes
Pour aller plus loin
Annexe Comprendre le métier de Michael Meyer
Quelques notions, expliquées simplement, pour suivre ce livre.
Le scientifique de programme
Au siège de la NASA, le scientifique chargé de veiller, pour l’agence, à ce qu’une mission ou un programme réponde à ses objectifs scientifiques. Il ne dirige pas les instruments, mais garde la vue d’ensemble.
L’exobiologie et l’astrobiologie
L’exobiologie étudiait surtout l’origine de la vie sur Terre pour estimer ses chances ailleurs. L’astrobiologie élargit la question : l’origine, l’évolution et la répartition de la vie dans l’univers, en réunissant de nombreuses disciplines.
Les archées
La troisième grande branche du vivant, à côté des bactéries et des eucaryotes. Elles ressemblent aux bactéries mais en diffèrent profondément, et vivent souvent dans des milieux extrêmes.
Le méthane
Un gaz simple, fait de carbone et d’hydrogène. Sur Terre, il est surtout produit par des êtres vivants, mais certaines réactions entre l’eau et les roches en produisent aussi. Sa présence sur Mars peut donc signaler de la géologie active ou, peut-être, de la vie.
La protection planétaire
L’ensemble des règles destinées à éviter de contaminer d’autres mondes avec des microbes terrestres, et la Terre avec d’éventuels organismes venus d’ailleurs.
Le retour d’échantillons
Un projet de la NASA et de l’Agence spatiale européenne pour rapporter sur Terre les roches prélevées par Perseverance, afin de les étudier avec les meilleurs instruments des laboratoires.
Ces explications sont des notions générales. Les faits propres à Michael Meyer sont sourcés dans les chapitres correspondants ; la description des archées et du méthane suit ses propres explications de 2002 et de 2017.
Annexe Chronologie
Les dates de la carrière de Michael Meyer, dans l’ordre, telles que les sources permettent de les établir.
Années 1970 (date non précisée). Études d’ingénierie puis de biologie à Rensselaer ; matelot puis plongeur pour une entreprise de récupération de trésors en Floride.
Date non précisée. Maîtrise et doctorat d’océanographie, Texas A&M.
1986 – 1993. Articles d’un Michael A. Meyer (Florida State University) sur les micro-organismes des vallées sèches de l’Antarctique.
Juin 1994. Articles d’un Michael A. Meyer (Washington) avec John Rummel sur l’exobiologie.
1996. Recommandations sur la protection planétaire, avec John Rummel.
Février 2002. Scientifique de discipline pour l’astrobiologie au siège de la NASA ; scientifique de programme de Mars Odyssey.
13 janvier 2011. Anime une session publique sur la recherche des signes de vie au musée de l’Air et de l’Espace.
2012. Scientifique de programme de Mars Science Laboratory (Curiosity).
22 août 2012. Baptême de Bradbury Landing.
19 septembre 2013. Pas de méthane détecté par Curiosity.
21 janvier 2014. Conférence de presse sur les dix ans des rovers.
24 février 2014. Nommé directeur par intérim de l’Institut d’astrobiologie de la NASA.
24 avril 2014. Décline ce poste.
31 juillet 2014. Annonce des instruments de Mars 2020.
16 décembre 2014. Annonce d’un pic de méthane mesuré par Curiosity.
28 septembre 2015. Conférence sur les traînées des pentes martiennes.
5 novembre 2015. Conférence sur la perte de l’atmosphère martienne (MAVEN).
20 décembre 2017. Podcast Gravity Assist avec Jim Green.
19 novembre 2018. Choix du cratère Jezero pour Mars 2020.
14 juin 2022. Création du groupe scientifique de la campagne de retour d’échantillons.
2023. Scientifique responsable du retour d’échantillons martiens, avec Gerhard Kminek.
Annexe Les personnages
Les personnes rencontrées dans ce livre, par ordre alphabétique.
Bradbury, Ray. Écrivain, auteur des Chroniques martiennes ; le site d’atterrissage de Curiosity porte son nom.
Connell, Kathleen. L’interroge en 2002 pour le programme d’astrobiologie de la NASA.
Cousteau, Jacques-Yves. Explorateur des océans qu’il admirait dans sa jeunesse.
Friedmann, Imre. Spécialiste des micro-organismes des roches de l’Antarctique.
Green, Jim. Directeur de la science planétaire de la NASA ; l’interroge en 2017.
Jakosky, Bruce. Responsable scientifique de la sonde MAVEN ; partage avec lui l’épisode de podcast de 2017.
Kminek, Gerhard. Coresponsable scientifique, côté européen, du retour d’échantillons martiens.
McKay, Christopher. Planétologue d’Ames ; cosigne un article de 1993 sur l’Antarctique.
Rummel, John. Du siège de la NASA ; cosigne les articles de 1994 et 1996.
Annexe Sources et méthode
Ce livre ne contient aucun dialogue imaginé, ni aucune pensée prêtée à quelqu’un sans texte pour l’appuyer. Cette annexe indique d’où viennent les faits et ce que les sources ne permettent pas d’établir.
Une personne vivante
Michael Meyer est vivant au moment où ce livre est écrit. Nous nous en sommes tenus à sa vie publique. Les sources consultées ne donnent ni sa date de naissance, ni les dates de ses diplômes, ni l’année de son arrivée au siège de la NASA ; nous ne les avons pas inventées.
Les sources principales
Deux entretiens, dans le domaine public, forment la base du livre : celui accordé en 2002 à Kathleen Connell pour le programme d’astrobiologie de la NASA, et l’épisode du podcast Gravity Assist de la NASA enregistré avec Jim Green et Bruce Jakosky, publié le 20 décembre 2017. S’y ajoutent les annonces du programme d’astrobiologie de la NASA (2011, 2012, 2014, 2023) et une série de communiqués de la NASA de 2013 à 2022, qui le citent ou le comptent parmi les intervenants de conférences de presse. Pour le baptême de Bradbury Landing, nous avons utilisé Wikipédia en anglais, source tertiaire, qui cite ses paroles. Les citations sont traduites par nos soins.
Une identité à confirmer
Les archives techniques de la NASA recensent des articles d’un Michael A. Meyer à l’université d’État de Floride (1986-1993), sur les micro-organismes des vallées sèches de l’Antarctique, puis à Washington avec John Rummel (1994 et 1996), sur l’exobiologie et la protection planétaire. Ces travaux correspondent à ce qu’il raconte de son parcours, et le nom complet Michael A. Meyer est celui sous lequel il signe en 2023. Mais aucune source consultée ne dit explicitement qu’il s’agit de la même personne ; nous le signalons à chaque fois.
La longueur
Ce livre compte environ quatre mille cent mots. L’objectif fixé pour cette collection était de cent mille. Nous ne l’avons pas atteint, et nous préférons le dire. Les sources publiques sur la vie de Michael Meyer sont rares. En l’état, le texte ne contient que des faits que nous avons pu rattacher à une source.
Le portrait
Le portrait en tête de ce livre est une photographie dont nous n’avons pas pu vérifier la provenance exacte.
Sources en ligne
- NASA Astrobiology, « Interview With Michael Meyer » (2002)
- NASA, Gravity Assist, saison 1, épisode 6 (2017)
- NASA Astrobiology, « Michael Meyer to Serve as NAI Director » (2014)
- NASA Astrobiology, « NAI Interim Director: Announcement » (2014)
- NASA, « NASA Curiosity Rover Detects No Methane on Mars » (2013)
- NASA, « NASA, Partner Establish New Research Group for Mars Sample Return Program » (2022)
- Wikipédia (en anglais) — Bradbury Landing (source tertiaire)
Faits vérifiés auprès de ces sources le 10 octobre 2026.
Pour aller plus loin
Bibliothèque Mars
Ce livre prolonge la page par une architecture complète de colonie martienne. Le dossier ci-dessus reste volontairement autonome : Arcadia est un approfondissement facultatif, pas un préalable à la compréhension.
Arcadia — Manuel de la première cité martienne
