Bible Mars — Personnalités
Elon Musk
Parti de Pretoria, enrichi par Zip2 et PayPal, il fonde SpaceX en 2002 avec un but avoué : faire baisser le prix des fusées pour rendre Mars accessible. Vingt-quatre ans plus tard, Starship vole.
né en 1971 — entrepreneur, fondateur de SpaceX
- Formation
- Université Queen’s, puis université de Pennsylvanie (physique) et Wharton School (1997)
- Institutions
- SpaceX (depuis 2002), Tesla (depuis 2004)
- Rôles
- Fondateur, directeur général et directeur technique de SpaceX
- Spécialité
- Entrepreneur ; conception de lanceurs réutilisables
- Lien avec Mars
- A fondé SpaceX pour rendre possible le voyage vers Mars ; Starship
7 chapitres et 4 annexes : environ 4 100 mots, soit 20 minutes de lecture. Chaque fait vient de sources vérifiées, indiquées à la fin de chaque chapitre.
Première partie
Avant les fusées
1971 – 2002
Chapitre 1 · 1971 – 1995 De Pretoria à Philadelphie
Elon Musk naît en 1971 à Pretoria, en Afrique du Sud. Jeune homme, il part seul pour l’Amérique du Nord, convaincu que c’est là qu’on peut faire de grandes choses en technologie.
Une encyclopédie et un jeu vidéo
Il est l’aîné de trois enfants ; son frère Kimbal et sa sœur Tosca suivent. Sa mère, née au Canada, se souvient de l’avoir vu lire l’Encyclopædia Britannica vers huit ou neuf ans. À douze ans, il écrit le code d’un jeu vidéo et le vend.
Le départ
Il quitte l’Afrique du Sud seul, contre l’avis de ses parents, pour éviter le service militaire de l’armée de l’apartheid. Sa mère étant canadienne, le Canada lui ouvre une porte. « Je suis venu en Amérique du Nord parce que je sentais que c’était là qu’il y avait la possibilité de faire de grandes choses en technologie », dira-t-il.
Queen’s
Après avoir envisagé l’université de Waterloo pour la physique et l’ingénierie, il passe ses deux premières années d’études à l’université Queen’s, à Kingston, en Ontario. Il loge à Victoria Hall, à l’étage international, où il se lie avec Navaid Farooq, resté un ami proche. Son frère Kimbal étudie aussi à Queen’s. Il dit y avoir appris à résoudre les problèmes à plusieurs, avec des gens intelligents, et à mener une discussion à la manière de Socrate : par des questions, jusqu’à ce que le groupe trouve lui-même la conclusion. Il se servira de cette méthode, des années plus tard, pour convaincre ses premiers ingénieurs de fusées.
Penn et trois problèmes
Il rejoint ensuite l’université de Pennsylvanie, à Philadelphie, où il obtient en 1997 deux diplômes : l’un en physique, l’autre en économie, à la Wharton School. Il a étudié l’économie, explique-t-il, pour apprendre « comment on monte une entreprise » au service de problèmes technologiques. C’est à Penn, rapporte le magazine de Wharton, qu’il se fixe trois objectifs : faire d’Internet une force économique, réussir le passage à l’énergie propre, et explorer l’espace plus loin que jamais.
En 1995, à vingt-quatre ans, il est admis en doctorat à l’université Stanford. Il abandonne au bout de deux jours, pour se lancer dans Internet.
Sources : R. Keats, « Rocket man », Queen’s Alumni Review, hiver 2013 (naissance en 1971 à Pretoria, aîné de trois enfants, Kimbal et Tosca, mère née au Canada, l’Encyclopædia Britannica, le jeu vidéo à douze ans, le départ seul contre l’avis des parents pour éviter le service militaire, « I came to North America because I felt this was where there was opportunity to do great things in technology », Waterloo, Queen’s, Victoria Hall, Navaid Farooq, Kimbal à Queen’s, la méthode socratique, Penn, Stanford abandonné au bout de deux jours à vingt-quatre ans en 1995) ; R. Preer, « He Won’t Back Down », Wharton Magazine, automne 2010 (diplômes de 1997, « how you put together a company », les trois objectifs) ; Tesla, formulaire 10-K/A déposé auprès de la SEC, 2026 (licence de physique de l’université de Pennsylvanie, licence de gestion de la Wharton School). Les paroles sont traduites de l’anglais. Nous laissons de côté sa vie familiale, sauf ce qui touche à sa carrière.
Chapitre 2 · 1995 – 2002 Zip2 et PayPal
En sept ans, deux entreprises Internet font d’Elon Musk un homme riche. Elles lui apprennent aussi qu’en acceptant l’argent des investisseurs, on partage le pouvoir.
Zip2
En 1995, il fonde Zip2 avec son frère Kimbal. L’entreprise produit des guides urbains en ligne pour les journaux ; elle signe notamment avec le Chicago Tribune et le New York Times. Il y est tour à tour ou à la fois président du conseil, directeur général et directeur technique, jusqu’en février 1999. Des investisseurs en capital-risque apportent 3,6 millions de dollars ; en échange, il perd le contrôle majoritaire de sa société. En mars 1999, Compaq rachète Zip2 pour 307 millions de dollars en espèces. Pour ses sept pour cent, il reçoit 22 millions de dollars. Il a vingt-huit ans.
X.com
Il réinvestit aussitôt. En mars 1999, il fonde X.com, une banque en ligne, qu’il dirige jusqu’en décembre. Une autre jeune société, Confinity, cofondée en décembre 1998 par Peter Thiel, développe un moyen d’envoyer de l’argent par courrier électronique. En mars 2000, les deux entreprises fusionnent ; le système de paiement prend le nom de PayPal. Elon Musk dirige PayPal de mai à septembre 2000 ; Peter Thiel lui succède alors comme directeur général. Musk reste administrateur et actionnaire.
En octobre 2002, eBay rachète PayPal pour 1,5 milliard de dollars. Elon Musk en retire 165 millions de dollars en actions eBay. Il a trente et un ans. Quelques mois plus tôt, il a déjà fondé une entreprise de fusées.
Sources : PayPal, formulaire S-1 déposé auprès de la SEC, juin 2002 (Zip2 cofondée en 1995, fonctions jusqu’en février 1999 ; X.com fondée en mars 1999, direction de mars à décembre 1999 ; Confinity fondée en décembre 1998 par Peter Thiel ; fusion en mars 2000 ; direction de PayPal de mai à septembre 2000 ; Peter Thiel directeur général depuis septembre 2000 ; Musk administrateur depuis mars 1999) ; R. Keats, « Rocket man », Queen’s Alumni Review, hiver 2013 (les guides urbains, le Chicago Tribune et le New York Times, 3,6 millions, la perte du contrôle majoritaire, 307 millions, 22 millions pour 7 %, vingt-huit ans, la banque en ligne, 1,5 milliard, 165 millions en actions eBay) ; Tesla, formulaire 10-K/A, 2026 (rachat de Zip2 par Compaq en mars 1999, de PayPal par eBay en octobre 2002).
Deuxième partie
SpaceX
2002 – 2026
Chapitre 3 · 2002 – 2006 Une entreprise de fusées pour aller sur Mars
En 2002, Elon Musk ne sait pas construire une fusée. Il crée pourtant une entreprise pour en fabriquer, avec un but avoué dès le départ : rendre possible le voyage vers Mars.
Une étude de faisabilité, le week-end
Pour savoir s’il est possible de faire mieux que les fusées existantes, il approche des ingénieurs de Northrop Grumman, de Boeing et d’autres entreprises de l’aérospatiale. Il ne leur demande pas de quitter leur poste : il leur propose, contre une rémunération correcte, de consacrer quelques soirées et quelques week-ends à une étude de faisabilité. Au fil des réunions, ils concluent qu’on peut construire de meilleures fusées. Il dit avoir mené ces discussions comme un dialogue socratique : « Je les ai essentiellement conduits à une conclusion qu’ils ont eux-mêmes construite. » Il accepte l’idée de perdre l’argent engagé : la cause, dit-il, est assez importante pour qu’il vaille la peine de risquer des fonds, et peut-être de les perdre.
Les premiers
Space Exploration Technologies, SpaceX, est fondée au début de 2002. Elon Musk en est directeur général, directeur technique et président depuis mai 2002. Il s’installe à Los Angeles, où se trouvent les grandes entreprises historiques de l’aérospatiale. Autour de lui se forme un premier noyau : Chris Thompson, Tom Mueller, spécialiste des moteurs, puis Hans Koenigsmann, un ingénieur qu’il a rencontré lors d’un lancement de fusée dans le désert de Mojave. Tim Buzza, spécialiste des essais, arrive en août 2002 ; il est le cinquième salarié. Gwynne Shotwell rejoint l’entreprise la même année pour vendre les lancements. Les tests des moteurs se font au Texas, à McGregor, à deux heures de l’aéroport de Dallas-Fort Worth. Pour Tim Buzza, c’est Elon Musk le « concepteur en chef » : c’est lui, avec les équipes techniques, qui fixe la taille du lanceur, sa quantité d’ergols, la poussée de ses moteurs.
« Si notre lanceur était une voiture, ce serait une compacte »
En 2003, il expose son projet au magazine de la Wharton School. Son premier lanceur, le Falcon, doit placer une demi-tonne en orbite basse. Le meilleur choix de la NASA, la fusée Pegasus, coûte alors 25 millions de dollars ; il veut construire la sienne pour 7 millions. Faire une fusée à 22 millions, juste pour battre Pegasus, n’aurait aucun sens : « Cela n’a pas de sens de faire quelque chose d’incrémental. » Il se compare à Henry Ford : simplifier et rendre moins cher chaque étape, plutôt que tout réinventer.
Le Falcon est, dit-il, un premier pas vers Mars. Le coût reste le principal obstacle pour qui veut y aller ; avec des lanceurs moins chers, la NASA ou une entreprise privée pourraient s’y attaquer. Il préfère Mars à la Lune : plus de minéraux, une atmosphère plus riche, de l’eau dans le pergélisol, une gravité et une orbite plus proches de celles de la Terre. Si l’humanité peut aller sur Mars et au-delà, cela comptera davantage, historiquement, que tout ce qu’on fait aujourd’hui. Et il prévient : « Il ne s’agit pas de moi allant sur Mars, comme dans un jeu. » Il donne trois critères à toute entreprise qu’il lance : qu’elle soit intéressante en soi, viable commercialement, et qu’elle ait un effet vraiment positif sur le monde. Il ajoute : « Les fusées, c’est amusant. »
De Vandenberg à Kwajalein
Le Falcon 1 est conçu à partir de matériel courant : un réseau Ethernet relie ses ordinateurs ; on emprunte même un coussin gonflable à l’autre entreprise d’Elon Musk, Tesla. SpaceX veut d’abord lancer depuis la base de Vandenberg, en Californie, mais la base fait attendre la jeune entreprise derrière d’autres lancements, puis lui refuse l’accès. Elon Musk cherche un endroit plus simple, sur le plan administratif comme sur celui du calendrier. Ce sera l’atoll de Kwajalein, dans les îles Marshall, une base de l’armée américaine au milieu du Pacifique, près de l’équateur, ce qui aide les fusées. L’équipe vit à Kwajalein et travaille sur l’île d’Omelek, où elle se rend en bateau.
Le premier Falcon 1 décolle au début de 2006. Il ne va pas loin. Hans Koenigsmann parlera d’un échec « déchirant » : beaucoup de gens avaient travaillé longtemps, et la fusée n’a pas volé bien loin. « Nous avons appris beaucoup de choses que nous faisions mal, et apprendre fait parfois mal. »
Sources : R. Keats, « Rocket man », Queen’s Alumni Review, hiver 2013 (les ingénieurs de Northrop Grumman et de Boeing, l’étude de faisabilité rémunérée, « I essentially led them to a conclusion that they created », « an important enough cause », « worth putting funds at risk and possibly losing them ») ; Tesla, formulaire 10-K/A, 2026 (directeur général, directeur technique et président de SpaceX depuis mai 2002) ; NASA, entretiens d’histoire orale du Commercial Crew & Cargo Program Office, 15 janvier 2013 : G. Shotwell (fondation au début de 2002), H. Koenigsmann (la rencontre à Mojave, arrivée en 2002, Kwajalein et Omelek), T. Buzza (Chris Thompson, Tom Mueller, Elon Musk et Hans Koenigsmann, arrivée en août 2002 comme cinquième salarié, Los Angeles et l’aérospatiale, McGregor, Vandenberg et le refus, « Elon Musk is our chief designer »), D. Giger (Vandenberg, la simplicité administrative, l’équateur, le premier lancement au début de 2006) ; NASA, page « Gwynne Shotwell » (arrivée en 2002) ; R. Strauss, « Planning the Next (Giant) Step », Wharton Magazine, hiver 2003 (la demi-tonne, Pegasus à 25 millions, 7 millions, 22 millions, « It doesn’t make sense to do something incremental », Henry Ford, « if our launcher were a car, it would be a compact », Mars et la Lune, « This is not about me going to Mars, like some play game », les trois critères, « rockets are fun ») ; NASA, SP-2014-617, Commercial Orbital Transportation Services: A New Era in Spaceflight, 2014 (Ethernet, le coussin gonflable de Tesla, « heartbreaking », « We learned a lot of things we did wrong, and learning sometimes hurts »). Les paroles sont traduites de l’anglais. Le projet « Mars Oasis », souvent cité comme point de départ, n’est mentionné dans aucune des sources que nous avons pu consulter ; nous ne le racontons pas.
Chapitre 4 · 2006 – 2012 Survivre, puis rejoindre la Station spatiale
Entre 2006 et 2012, SpaceX passe de la petite entreprise dont les fusées échouent à la première société privée qui ravitaille la Station spatiale internationale. Un programme de la NASA change tout.
Le pari COTS
En janvier 2006, la NASA lance un appel à propositions pour son programme COTS : elle veut que des entreprises privées développent des véhicules capables de transporter du fret vers la Station spatiale internationale, et ne les paiera qu’à mesure qu’elles atteindront des étapes fixées à l’avance. Pour SpaceX, l’enjeu est vital. L’entreprise s’arrête presque entièrement pour rédiger sa proposition, déposée vers mars 2006. Lors des négociations, se souvient Gwynne Shotwell, la NASA s’intéresse pour moitié au modèle économique : qui seraient les investisseurs, combien Elon Musk avait-il à investir, et que voulait-il y mettre ? L’autre moitié porte sur la technique : cette jeune entreprise effrontée peut-elle tenir ses promesses ?
Le jour du résultat, tous les salariés sont réunis dans la salle de repas. Elon Musk, devant, essaie d’avoir l’air déçu ; Gwynne Shotwell, qui sait, devine qu’il joue. Puis il annonce la victoire, et la salle explose. L’accord, signé en août 2006, vaut 278 millions de dollars, bien plus que tout ce que l’entreprise avait obtenu jusque-là. Dès le départ, Elon Musk et la NASA veulent que la capsule Dragon puisse un jour transporter des humains. Selon David Giger, une demi-douzaine d’ingénieurs se réunissent alors avec Elon Musk tous les deux ou trois jours ; il est très impliqué dans l’architecture du vaisseau.
Trois échecs, puis l’orbite
Le Falcon 1 échoue trois fois. David Giger, l’un des jeunes ingénieurs, dira n’avoir jamais senti, chez Elon Musk ni chez Gwynne Shotwell, le moindre désespoir ni la tentation d’abandonner : on continuait d’avancer, on apprenait, on ferait mieux. La leçon que l’entreprise en tire tient en une formule : « tester comme on vole ». Toute différence entre la façon dont on teste un véhicule au sol et celle dont on le fait voler est l’endroit où surgiront les problèmes. Le 28 septembre 2008, depuis Kwajalein, le quatrième Falcon 1 atteint enfin l’orbite. C’est la première fusée à ergols liquides développée par une entreprise privée à y parvenir.
L’année 2008 est aussi celle de Tesla. Elon Musk siège au conseil d’administration de ce constructeur de voitures électriques depuis avril 2004 ; en 2007, l’entreprise a remplacé la plus grande partie de son équipe de direction. En octobre 2008, il en devient le directeur général.
Le 23 décembre 2008, quelques mois seulement après le premier succès du Falcon 1, la NASA attribue à SpaceX un contrat de ravitaillement de la Station : douze missions pour 1,6 milliard de dollars. Elon Musk demande alors à Gwynne Shotwell de devenir présidente de l’entreprise.
Falcon 9 et Dragon
En avril 2010, il fait visiter au président Barack Obama les installations de SpaceX à Cap Canaveral. Le 4 juin 2010, le premier Falcon 9, propulsé par neuf moteurs Merlin, décolle avec succès ; Elon Musk est au Cap pour le lancement. Le 8 décembre 2010, le deuxième Falcon 9 met en orbite la première capsule Dragon, qui revient sur Terre et est récupérée en mer : selon la NASA, SpaceX devient ainsi la première entreprise commerciale des États-Unis à récupérer un vaisseau revenu de l’orbite. Cette fois, Elon Musk a voulu rester au centre de contrôle de Hawthorne. Il aurait baptisé la capsule d’après la chanson de 1963 « Puff, the Magic Dragon », en réponse à ceux qui doutaient de son entreprise.
Le 22 mai 2012, un Falcon 9 lance Dragon vers la Station. Le 25 mai, l’approche se complique : un reflet sur le module japonais trompe les caméras thermiques, qui ne s’accordent plus avec les lidars. Un ingénieur ordonne un recul ; l’équipe corrige le logiciel en vol, et les capteurs convergent. Dragon est amarré à la Station : c’est la première fois qu’une entreprise privée y livre du fret. À Hawthorne, environ 1 500 personnes crient, pleurent et s’embrassent devant la salle de contrôle. « Nous n’aurions pas pu créer SpaceX, ni arriver jusqu’ici, sans l’aide de la NASA », déclare Elon Musk. Le 13 juin, il inspecte avec l’administrateur de la NASA, Charles Bolden, la capsule revenue sur Terre, dans les installations texanes de SpaceX.
L’accord COTS aura coûté bien plus que prévu. SpaceX pensait investir environ 105 millions de dollars en plus des 278 millions de la NASA ; au total, l’entreprise a dépensé environ 850 millions, et la NASA 396 millions. Sans ce programme, résume Gwynne Shotwell, SpaceX boiterait peut-être encore en essayant de changer le monde, au lieu de courir.
Sources : NASA, entretiens d’histoire orale du Commercial Crew & Cargo Program Office, 15 janvier 2013 : G. Shotwell (l’appel de janvier 2006, l’entreprise presque arrêtée, mars 2006, la moitié des négociations sur le modèle économique, « how much money did Elon have to invest », « this very young, brash company », la salle de repas, 278 millions, août 2006, la présidence après le contrat CRS, Musk au Cap en juin 2010 et à Hawthorne en décembre 2010, le reflet sur le module japonais, le recul, les 1 500 personnes, 105, 850 et 396 millions, « limping instead of running »), D. Giger (Dragon pensé pour les humains, la demi-douzaine d’ingénieurs, l’implication dans l’architecture, aucun désespoir, « test as you fly ») ; NASA, SP-2014-617, 2014 (premier succès du Falcon 1 le 28 septembre 2008 après trois échecs, contrat CRS du 23 décembre 2008, 1,6 milliard pour douze missions, la visite d’Obama en avril 2010, Falcon 9 le 4 juin 2010 avec neuf moteurs Merlin, Dragon le 8 décembre 2010, « Puff, the Magic Dragon » (« reputedly »), lancement du 22 mai 2012, amarrage du 25 mai 2012, première entreprise privée à livrer du fret à la Station, « We could not have started SpaceX, nor could we have reached this point without the help of NASA », l’inspection du 13 juin 2012 avec Charles Bolden) ; R. Preer, Wharton Magazine, automne 2010 (première fusée privée à ergols liquides en orbite, Tesla relancée en 2007 après le remplacement de la direction) ; Tesla, formulaire 10-K/A, 2026 (conseil d’administration depuis avril 2004, directeur général depuis octobre 2008). Les paroles sont traduites de l’anglais.
Chapitre 5 · 2012 – 2021 Des astronautes, puis la Lune
Après le fret, les humains. Dragon avait été pensé dès le départ pour transporter des équipages ; le 30 mai 2020, deux astronautes de la NASA s’y installent.
Un homme public
En avril 2012, Elon Musk signe le Giving Pledge, l’engagement de donner un jour la majeure partie de sa fortune ; il préside la fondation Musk, qui soutient l’enseignement des sciences, la santé des enfants et l’énergie propre. Il cumule désormais les fonctions : directeur général de Tesla, de SpaceX, président de SolarCity, une entreprise d’énergie solaire, de 2006 jusqu’à son rachat par Tesla en novembre 2016. Il a aussi fondé The Boring Company, qui creuse des tunnels, et Neuralink, qui développe des interfaces entre le cerveau et la machine.
Demo-2
Le samedi 30 mai 2020, à 15 h 22, heure de la côte est, un Falcon 9 décolle du pas de tir 39A du centre spatial Kennedy, celui des missions Apollo et des navettes. À son sommet, la capsule Crew Dragon emporte les astronautes de la NASA Robert Behnken et Douglas Hurley vers la Station spatiale internationale. C’est la première fois que des astronautes de la NASA partent du sol américain à bord d’un vaisseau construit et exploité par une entreprise privée. Elon Musk, ingénieur en chef de SpaceX, parle d’un « rêve devenu réalité » pour lui et pour toute l’entreprise : le résultat, dit-il, du travail d’environ cent mille personnes, si l’on compte tous les fournisseurs. Dix-huit ans ont passé depuis la fondation de SpaceX.
Starship pour la Lune
Le 16 avril 2021, la NASA choisit SpaceX pour développer l’atterrisseur qui déposera les prochains astronautes américains sur la Lune, dans le cadre du programme Artemis : un contrat de 2,89 milliards de dollars, à prix fixe, payé par étapes. L’atterrisseur est une version de Starship, le grand vaisseau de SpaceX, avec une vaste cabine et deux sas pour les sorties. Selon la NASA, l’architecture de Starship est conçue pour évoluer vers un système de lancement et d’atterrissage entièrement réutilisable, destiné à la Lune, à Mars et à d’autres destinations.
Sources : R. Keats, « Rocket man », Queen’s Alumni Review, hiver 2013 (Giving Pledge en avril 2012, fondation Musk et ses domaines) ; Tesla, formulaire 10-K/A, 2026 (SolarCity de juillet 2006 à novembre 2016, The Boring Company, Neuralink) ; NASA, « NASA Astronauts Launch from America in Historic Test Flight of SpaceX Crew Dragon », 30 mai 2020 (15 h 22, pas de tir 39A, Behnken et Hurley, la première, « This is a dream come true for me and everyone at SpaceX », « a hundred thousand people roughly ») ; SpaceX, page « Launches » (le pas de tir 39A, celui d’Apollo et de la navette) ; NASA, « As Artemis Moves Forward, NASA Picks SpaceX to Land Next Americans on Moon », 16 avril 2021 (2,89 milliards, prix fixe et étapes, cabine et deux sas, l’évolution vers un système réutilisable pour la Lune et Mars) ; NASA, SP-2014-617 (Dragon conçu dès l’origine en vue des humains). Les paroles sont traduites de l’anglais.
Chapitre 6 · 2021 – 2026 Starship et la ville martienne
Vingt-quatre ans après la fondation de SpaceX, Mars n’est pas atteinte. Mais le vaisseau conçu pour y aller vole, de plus en plus loin, depuis le sud du Texas.
Le plus grand lanceur jamais construit
Starship réunit un premier étage, Super Heavy, et un vaisseau, Starship, tous deux conçus pour être entièrement réutilisables. SpaceX le présente comme le lanceur le plus puissant jamais développé, capable de porter plus de cent tonnes en orbite. Il a été conçu dès l’origine pour fonctionner au méthane et à l’oxygène liquides, des ressources qu’on peut extraire et raffiner sur Mars. Il est fabriqué, testé et lancé à Starbase, au Texas.
Le 14 mars 2024, lors de son troisième vol d’essai intégré, Super Heavy décolle avec ses 33 moteurs Raptor ; le vaisseau se sépare en allumant ses six moteurs, atteint l’orbite prévue et réussit une démonstration de transfert d’ergols entre ses réservoirs internes, une étape vers le ravitaillement en orbite dont dépendent les missions lointaines. Le 24 juillet 2026, lors du treizième vol, une nouvelle version de l’ensemble déploie vingt satellites Starlink, rallume un moteur dans l’espace, puis le vaisseau rentre dans l’atmosphère et se pose doucement dans l’océan Indien, intact. Le quatorzième vol a lieu le 28 septembre 2026.
Ce que SpaceX annonce pour Mars
Sur son site, en 2026, SpaceX décrit l’objectif : une ville autonome sur Mars demandera plus d’un million de personnes et des millions de tonnes de fret. Les fenêtres de lancement vers Mars ne s’ouvrent qu’environ tous les vingt-six mois ; il faudra plus de dix lancements par jour pendant ces fenêtres et, au bout du compte, plusieurs milliers de Starships. Le vaisseau entrera dans l’atmosphère martienne à 7,5 kilomètres par seconde. L’entreprise propose des vols de fret vers la surface de Mars « au plus tôt en 2028 », au prix de 100 millions de dollars la tonne. Les premiers humains devront repérer les ressources, préparer les zones d’atterrissage, installer la production d’énergie et construire des habitats. Ce sont des annonces et des objectifs, non des résultats.
Un empire d’entreprises
Ses autres activités se sont multipliées. Depuis octobre 2022, après le rachat de Twitter, il est directeur technique et administrateur de X Corp. Depuis mars 2023, il dirige xAI, une entreprise d’intelligence artificielle. X et xAI fusionnent en mars 2025, et la société qui en résulte devient une filiale de SpaceX en février 2026. Il reste directeur général de Tesla, dont il est le premier actionnaire.
Sources : SpaceX, page « Mission: Mars », consultée le 10 octobre 2026 (un million de personnes, millions de tonnes, plus de dix lancements par jour, vingt-six mois, plusieurs milliers de Starships, 7,5 km/s, « no earlier than 2028 », 100 millions de dollars la tonne, les premiers humains, méthane et oxygène, plus de cent tonnes, système entièrement réutilisable, le plus puissant jamais développé) ; SpaceX, page « Launches », consultée le 10 octobre 2026 (Starbase, vol 14 du 28 septembre 2026) ; NASA, « NASA Artemis Mission Progresses with SpaceX Starship Test Flight », 14 mars 2024 (troisième vol intégré, 33 moteurs, six moteurs, séparation à chaud, orbite prévue, transfert d’ergols) ; SpaceX, « Starship’s Thirteenth Flight Test », 24 juillet 2026 (vingt satellites Starlink V3, rallumage d’un moteur, amerrissage intact dans l’océan Indien) ; Tesla, formulaire 10-K/A, 2026 (X Corp depuis octobre 2022, xAI depuis mars 2023, fusion de mars 2025, filiale de SpaceX en février 2026, premier actionnaire de Tesla). Nous laissons de côté ses prises de position et ses fonctions politiques, qui ne relèvent pas de l’histoire de Mars.
Épilogue
Elon Musk et Mars
Chapitre 7 · La leçon Ce qu’Elon Musk lègue à Mars
En 2003, Elon Musk disait que le coût du transport était le principal obstacle sur la route de Mars. Plus de vingt ans plus tard, ce constat reste au cœur de son entreprise. Son parcours porte trois leçons.
Attaquer le verrou
Il n’a pas commencé par une base martienne, mais par la question qui bloquait tout : le prix d’un lancement. Pour aller sur Mars, il faudra d’abord des transports fréquents, réutilisables et bon marché ; sans eux, aucune ville martienne n’est pensable.
Apprendre en volant
Trois échecs du Falcon 1 avant l’orbite ; des vols d’essai de Starship, chacun plus ambitieux que le précédent. « Tester comme on vole » : SpaceX apprend de ses essais réels plutôt que de ses seules simulations. Les premiers vaisseaux martiens n’échapperont pas à cette règle.
Personne ne va sur Mars seul
Les ingénieurs recrutés le week-end, Gwynne Shotwell qui fait vivre l’entreprise pendant les années difficiles, la NASA qui finance et exige des étapes vérifiées : l’histoire de SpaceX est collective. Lui-même l’a dit : sans la NASA, SpaceX n’aurait pas pu naître ni arriver jusque-là. Une ville martienne réunira, elle aussi, des milliers d’acteurs.
Cette leçon est une réflexion de l’auteur de ce livre, fondée sur les faits et les paroles rapportés dans les chapitres précédents, où leurs sources sont indiquées.
Annexes
Pour aller plus loin
Annexe Comprendre le parcours d’Elon Musk
Quelques notions, expliquées simplement, pour suivre ce livre.
Le capital-risque
De l’argent apporté à une jeune entreprise par des investisseurs, en échange d’une part de son capital. Plus on lève d’argent, plus on partage la propriété et les décisions.
Le programme COTS
Un programme de la NASA, lancé en 2006, qui a financé des entreprises privées pour qu’elles développent des véhicules de fret vers la Station spatiale. L’argent n’était versé qu’à mesure que des étapes fixées d’avance étaient atteintes.
Le lanceur et ses étages
Une fusée est faite de plusieurs étages, chacun avec ses moteurs et ses réservoirs. Quand un étage a brûlé ses ergols, il se sépare. SpaceX récupère et réutilise le premier étage du Falcon 9, et veut réutiliser entièrement Starship.
Les ergols
Le carburant et le comburant d’une fusée. Starship brûle du méthane et de l’oxygène liquides, deux produits qu’on pourrait fabriquer sur Mars à partir du gaz carbonique de l’atmosphère et de la glace d’eau.
Le ravitaillement en orbite
Remplir les réservoirs d’un vaisseau déjà en orbite, en lui transférant des ergols depuis un autre vaisseau. C’est indispensable pour que Starship emporte assez d’ergols jusqu’à la Lune ou Mars.
La fenêtre de lancement
La période, revenant environ tous les vingt-six mois, pendant laquelle la Terre et Mars sont placées de façon à rendre le voyage le plus court et le moins coûteux.
Ces explications sont des notions générales. Les vingt-six mois et le choix du méthane et de l’oxygène suivent la page « Mission: Mars » de SpaceX ; le transfert d’ergols, la NASA (14 mars 2024).
Annexe Chronologie
Les dates de la carrière d’Elon Musk, dans l’ordre, telles que les sources permettent de les établir.
1971. Naissance à Pretoria, en Afrique du Sud.
Vers 1989-1990. Arrivée au Canada ; université Queen’s.
1995. Abandon de Stanford après deux jours ; fondation de Zip2.
1997. Diplômes de l’université de Pennsylvanie (physique) et de la Wharton School.
Mars 1999. Rachat de Zip2 par Compaq ; fondation de X.com.
Mars 2000. Fusion de X.com et de Confinity.
Début 2002. Fondation de SpaceX (direction depuis mai 2002).
Octobre 2002. Rachat de PayPal par eBay.
Avril 2004. Entrée au conseil d’administration de Tesla.
Début 2006. Premier lancement du Falcon 1, depuis Kwajalein.
Août 2006. Accord COTS avec la NASA.
28 septembre 2008. Le Falcon 1 atteint l’orbite.
Octobre 2008. Directeur général de Tesla.
23 décembre 2008. Contrat de ravitaillement de la Station (1,6 milliard de dollars).
4 juin 2010. Premier Falcon 9.
8 décembre 2010. Première capsule Dragon en orbite et récupérée.
25 mai 2012. Dragon amarré à la Station spatiale internationale.
30 mai 2020. Premiers astronautes à bord de Crew Dragon.
16 avril 2021. Starship choisi pour l’atterrisseur lunaire d’Artemis.
Octobre 2022. Rachat de Twitter.
14 mars 2024. Troisième vol intégré de Starship.
24 juillet 2026. Treizième vol de Starship.
28 septembre 2026. Quatorzième vol de Starship.
Sources : celles des chapitres.
Annexe Les personnages
Les personnes qui apparaissent dans ce livre, avec le rôle que leur donnent les sources.
Kimbal Musk. Son frère, cofondateur de Zip2.
Peter Thiel. Cofondateur de Confinity, directeur général de PayPal à partir de septembre 2000.
Gwynne Shotwell. Arrivée à SpaceX en 2002 pour vendre les lancements, présidente de l’entreprise après le contrat de ravitaillement de 2008.
Tom Mueller. Spécialiste de la propulsion, membre du premier noyau de SpaceX.
Hans Koenigsmann. Ingénieur de l’avionique puis ingénieur en chef des lancements du Falcon 1 et du Falcon 9.
Tim Buzza. Cinquième salarié de SpaceX, responsable des essais puis des sites de lancement.
David Giger. Jeune ingénieur du premier vol du Falcon 1, puis de la propulsion de Dragon.
Charles Bolden. Administrateur de la NASA, qui inspecte Dragon avec Elon Musk en juin 2012.
Robert Behnken et Douglas Hurley. Astronautes de la NASA, premiers passagers de Crew Dragon en 2020.
Sources : celles des chapitres où chacun apparaît.
Annexe Sources et méthode
Ce livre ne contient aucun dialogue inventé ni aucune pensée prêtée sans texte à l’appui. Les paroles rapportées sont celles qu’Elon Musk et ses collaborateurs ont prononcées dans des entretiens ou des documents publics. Cette annexe indique d’où viennent les faits et ce que les sources ne permettent pas d’établir.
Une personne vivante et très exposée
Elon Musk est vivant au moment où ce livre est écrit, et peu de personnes font l’objet d’autant de récits, d’éloges et de critiques. Conformément à la règle de cette collection, nous nous en tenons à sa vie publique et à ce qui touche à l’histoire de Mars. Nous laissons de côté sa vie familiale, sa santé, ses prises de position et ses fonctions politiques, et nous ne racontons ses autres entreprises qu’en quelques lignes.
Les sources principales
Ce livre remplace une ancienne page d’environ 39 000 mots, faite de commentaires empilés ; nous en avons retenu les faits et repris les sources primaires. Il s’appuie sur le portrait publié par la Queen’s Alumni Review (2013), deux articles du Wharton Magazine (2003 et 2010), les documents déposés auprès de la SEC par PayPal (2002) et par Tesla (2026), quatre entretiens d’histoire orale de la NASA réalisés en janvier 2013 auprès de Gwynne Shotwell, Hans Koenigsmann, Tim Buzza et David Giger, l’histoire du programme COTS publiée par la NASA en 2014, des communiqués de la NASA de 2020 à 2024 et des pages du site de SpaceX consultées en octobre 2026.
Ce qui ne concorde pas
La Queen’s Alumni Review le fait arriver en Amérique du Nord en 1990, mais situe ses deux années à Queen’s de 1989 à 1991. Elle et le Wharton Magazine écrivent qu’il a lancé ou fondé Tesla en 2003 ; le document déposé par Tesla en 2026 indique qu’il siège au conseil depuis avril 2004 et le présente comme l’un des fondateurs. Ses diplômes sont décrits comme une licence de physique et un diplôme d’économie (Queen’s) ou comme une licence de physique et une licence de gestion (Tesla). Au moment de l’accord COTS de 2006, Gwynne Shotwell parle d’environ 80 salariés, David Giger de 200 à 250. Le projet « Mars Oasis », souvent présenté comme l’origine de SpaceX, n’apparaît dans aucune des sources consultées ; nous ne l’avons pas raconté. Les dates exactes des trois premiers vols du Falcon 1 ne sont pas données par ces sources.
La longueur
Ce livre compte environ quatre mille deux cents mots. L’objectif fixé pour cette collection était de cent mille. Nous ne l’avons pas atteint, et nous préférons le dire. Tel qu’il est, le texte ne contient que des faits que nous avons pu rattacher à une source.
Le portrait
Le portrait placé en tête de ce livre est une image dont nous n’avons pas pu vérifier la provenance exacte.
Sources en ligne
- Queen’s Alumni Review, « Rocket man » (2013)
- Wharton Magazine, « Planning the Next (Giant) Step » (2003)
- Wharton Magazine, « He Won’t Back Down » (2010)
- PayPal, formulaire S-1, SEC (2002)
- Tesla, formulaire 10-K/A, SEC (2026)
- NASA, histoire orale, Gwynne Shotwell (2013)
- NASA, histoire orale, Hans Koenigsmann (2013)
- NASA, histoire orale, Tim Buzza (2013)
- NASA, histoire orale, David Giger (2013)
- NASA, SP-2014-617, histoire du programme COTS (2014)
- NASA, Demo-2 (2020)
- NASA, choix de Starship pour Artemis (2021)
- NASA, troisième vol de Starship (2024)
- SpaceX, « Mission: Mars »
- SpaceX, « Starship’s Thirteenth Flight Test » (2026)
Faits vérifiés auprès de ces sources le 10 octobre 2026.
Pour aller plus loin
Bibliothèque Mars
Ce livre prolonge la page par une architecture complète de colonie martienne. Le dossier ci-dessus reste volontairement autonome : Arcadia est un approfondissement facultatif, pas un préalable à la compréhension.
Arcadia — Manuel de la première cité martienne
