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Bible Mars — Personnalités

Robert Zubrin

Le professeur de sciences devenu ingénieur de Martin Marietta, qui conçut avec David Baker le plan Mars Direct, fabriquer sur Mars le carburant du retour, puis fonda la Mars Society et ses stations de simulation pour en faire une cause.

né en 1952

Portrait photographique de Robert Zubrin
Photographie ; provenance exacte non vérifiée.
Naissance
9 avril 1952, Brooklyn (New York)
Rôle
Ingénieur aérospatial ; fondateur et président de la Mars Society (1998) ; fondateur de Pioneer Astronautics (1996)
Formation
Université de Rochester (mathématiques, 1974) ; université de Washington (génie nucléaire, aéronautique et astronautique ; doctorat, 1992)
Concepts
Mars Direct (avec David Baker, 1990-1991) ; voile magnétique (avec Dana Andrews, 1990) ; NIMF
Lien avec Mars
Fabrication sur Mars du carburant du retour ; stations de simulation de l’île Devon et de l’Utah

12 chapitres et 4 annexes : environ 6 100 mots, soit 25 minutes de lecture. Chaque fait vient de sources vérifiées, indiquées à la fin de chaque chapitre.

Première partie

L’ingénieur

1952 – 1990

Chapitre 1 · 1952 – 1983 Un garçon de Brooklyn devant la Lune

Robert Zubrin naît le 9 avril 1952 à Brooklyn, l’un des quartiers de New York. Son père descend d’immigrés juifs venus de Russie. Il a dix-sept ans quand Neil Armstrong et Buzz Aldrin marchent sur la Lune, en juillet 1969.

La promesse de 1969

Trente-quatre ans plus tard, devant une commission du Sénat américain, il rappellera ce que promettait l’époque. Si on lui avait dit, à dix-sept ans, que l’humanité n’irait plus au-delà de l’orbite terrestre, qu’on ne serait installé ni sur la Lune ni sur Mars, il ne l’aurait pas cru. En 1969, souligne-t-il, le groupe de travail sur l’espace réuni pour le président Nixon envisageait d’envoyer des hommes sur Mars dès 1981. Selon lui, la NASA aurait pu le faire si on l’avait laissée continuer. Toute sa carrière sera une réponse à cette promesse non tenue.

Un esprit inventif

À vingt ans, en 1972, il dépose son premier brevet : un jeu d’échecs pour trois joueurs. En 1974, il obtient une licence de mathématiques à l’université de Rochester, dans l’État de New York. Il ne devient pas tout de suite ingénieur : pendant sept ans, il enseigne les sciences.

Ce détour compte. Toute sa vie, Robert Zubrin aimera expliquer : réduire un problème compliqué à quelques idées simples, trouver une image que tout le monde comprend. Devant les sénateurs, il comparera la façon de travailler de la NASA à deux jeunes couples qui veulent bâtir leur maison ; dans ses articles techniques, il comparera une mission martienne mal conçue à des vacances à Hawaï où l’on passerait neuf jours dans les aéroports et une demi-journée à la plage.

Sources : Wikipédia en anglais, « Robert Zubrin » (naissance le 9 avril 1952 à Brooklyn, ascendance, brevet de 1972 pour les échecs à trois, licence de Rochester en 1974, sept ans d’enseignement ; source tertiaire) ; audition « The Future of NASA », commission du commerce, des sciences et des transports du Sénat des États-Unis, 29 octobre 2003, S. Hrg. 108-1012 (dix-sept ans en 1969, trente-quatre ans plus tard, le Space Task Group et Mars en 1981, les deux couples) ; R. Zubrin et D. Baker, « Humans to Mars in 1999 », NASA, 1991 (les vacances à Hawaï). La phrase « Toute sa carrière sera une réponse… » et le paragraphe sur son goût d’expliquer sont des lectures de l’auteur, appuyées sur les textes cités.

Chapitre 2 · 1983 – 1990 Ingénieur des voyages lointains

Au début des années 1980, Robert Zubrin reprend ses études à l’université de Washington, à Seattle. Il y obtient une maîtrise de génie nucléaire en 1984, puis une maîtrise d’aéronautique et d’astronautique en 1986. Son doctorat de génie nucléaire suivra en 1992.

Chez Martin Marietta

Il entre chez Martin Marietta, un grand industriel américain de l’aérospatiale. Il y devient ingénieur senior, l’un des responsables du développement de concepts avancés pour les missions interplanétaires. En 2003, il fera valoir quinze ans d’expérience dans l’industrie aérospatiale.

Une voile poussée par le vent du Soleil

En avril 1990, il présente avec Dana Andrews, de Boeing, lors d’un colloque de la NASA intitulé « Vision 21 », une idée étonnante : la voile magnétique. Une grande boucle supraconductrice, parcourue par un courant, créerait autour d’un vaisseau un champ magnétique capable d’accrocher le vent solaire, le flot de particules qui s’échappe du Soleil, et d’en tirer une poussée. Leur étude envisage une poussée moyenne de 250 newtons à la distance de la Terre au Soleil, et même, à des vitesses proches de celle de la lumière, un moyen de freiner un vaisseau interstellaire.

Faire le plein sur place

Au même colloque, il présente une autre idée, qui annonce tout ce qu’il fera ensuite pour Mars : une fusée nucléaire qui utiliserait comme carburant une substance trouvée sur place, sur la planète visitée. Un réacteur chaufferait du gaz carbonique, de l’eau, du méthane ou de l’azote pris sur place pour former un jet propulsif. Sur Mars, un tel véhicule pourrait se ravitailler à chaque atterrissage, et donner aux explorateurs une très grande mobilité. En 1991, il en précise une version pour Mars, baptisée NIMF, pour « fusée nucléaire utilisant un carburant martien indigène ».

L’idée clé est là : ne pas tout emporter depuis la Terre, mais utiliser les ressources du monde où l’on va. On appelle aujourd’hui ce principe l’utilisation des ressources in situ.

Sources : Wikipédia en anglais, « Robert Zubrin » (maîtrises de 1984 et 1986, doctorat de 1992, université de Washington, ingénieur senior chez Martin Marietta chargé de concepts avancés interplanétaires ; source tertiaire) ; audition du Sénat du 29 octobre 2003 (quinze ans d’expérience) ; NASA Technical Reports Server : D. G. Andrews (Boeing) et R. M. Zubrin (Martin Marietta), « Use of magnetic sails for advanced exploration missions », Vision-21, avril 1990 ; R. M. Zubrin, « Nuclear thermal rockets using indigenous extraterrestrial propellants », Vision-21, avril 1990 ; R. Zubrin, « Nuclear rocket using indigenous Martian fuel NIMF », 1991.

Deuxième partie

Mars Direct

1989 – 1997

Chapitre 3 · 1989 – 1990 Le rapport des quatre-vingt-dix jours

Le 20 juillet 1989, pour les vingt ans d’Apollo 11, le président George H. W. Bush annonce sur les marches du musée national de l’Air et de l’Espace un projet à long terme : une station spatiale, un retour sur la Lune « pour y rester », puis l’envoi d’astronautes sur Mars. La NASA doit dire comment.

Un plan colossal

En novembre 1989, la NASA remet son étude, restée dans les mémoires comme le « rapport des quatre-vingt-dix jours ». Elle prévoit de construire en orbite de grands vaisseaux, à partir de la station spatiale, pour aller vers la Lune puis vers Mars. Le coût est vertigineux : environ quatre cents milliards de dollars selon Robert Zubrin, environ quatre cent cinquante milliards sur vingt à trente ans selon d’autres sources. Le Congrès refuse. En un an, toutes les demandes de crédits sont rejetées.

Pour Robert Zubrin, l’erreur est de méthode. Il la décrira en 2003 devant le Sénat : au lieu de concevoir la mission la plus simple possible, la bureaucratie est tentée de se servir d’un projet martien comme d’un sapin de Noël, auquel chacun accroche sa technologie préférée comme une décoration. Le résultat est un plan « désespérément boursouflé et trop cher ». Lui-même parle de vaisseaux « Battlestar Galactica », du nom du vaisseau géant d’une série télévisée de science-fiction : d’immenses engins assemblés en orbite, dont on n’a pas besoin.

Le feu vert de la direction

Chez Martin Marietta, raconte-t-il, quelques ingénieurs convainquent la direction qu’il faut un plan plus réaliste, faute de quoi il n’y aura pas de programme du tout. La direction donne son accord. Avec son collègue David Baker, Robert Zubrin met au point une stratégie dépouillée à l’extrême. Elle tient en trois idées, qui reviendront dans tous ses écrits : voyager léger, utiliser les ressources locales, vivre sur le pays.

En 1990, ils présentent leur plan dans plusieurs centres de la NASA. Ils l’appellent Mars Direct.

Sources : Wikipédia en anglais, « Space Exploration Initiative » et « Mars Direct » (discours du 20 juillet 1989, environ 450 milliards sur vingt à trente ans, rejet des crédits, David Baker ; source tertiaire) ; NASA SP-6107, 1997, références (« Report of the 90-Day Study », novembre 1989) ; audition du Sénat du 29 octobre 2003 (plan de trente ans, environ 400 milliards, refus du Congrès, l’équipe de Martin, le feu vert, la présentation de 1990, le sapin de Noël et le plan « hopelessly bloated and overpriced », le « gigantic Battlestar Galactica spaceship ») ; R. Zubrin, déclaration écrite au Sénat, 2003 (« travel light and live off the land »). Les paroles sont traduites de l’anglais.

Chapitre 4 · 1990 – 1991 Mars Direct

« Les États-Unis peuvent-ils envoyer des humains sur Mars au cours de la présente décennie ? Absolument. » C’est ainsi que Robert Zubrin et David Baker ouvrent leur présentation à un colloque de la NASA, publiée en mai 1991 sous le titre « Des humains sur Mars en 1999 ». Leur plan tient en quelques pages.

D’abord, la voiture du retour

En décembre 1996, un seul lanceur lourd, dérivé de la navette spatiale, quitte Cap Canaveral avec une charge de quarante tonnes sans équipage. Huit mois plus tard, elle freine dans l’atmosphère martienne, se met en orbite et se pose. Elle contient le véhicule qui ramènera plus tard l’équipage sur Terre, avec ses réservoirs vides ; 5,8 tonnes d’hydrogène liquide ; un petit réacteur nucléaire de cent kilowatts monté sur un camion ; des compresseurs, une petite usine chimique automatique et quelques robots.

Le camion éloigne le réacteur de quelques centaines de mètres. Les compresseurs aspirent l’atmosphère martienne, faite à 95 % de gaz carbonique. Avec un catalyseur, ce gaz réagit avec l’hydrogène apporté de la Terre et produit en quelques jours du méthane et de l’eau. L’eau est ensuite décomposée en oxygène et en hydrogène ; l’oxygène est stocké, l’hydrogène réutilisé. On tire aussi de l’oxygène directement du gaz carbonique. En un an, l’usine produit environ 107 tonnes d’ergols, méthane et oxygène, de quoi ramener l’équipage. « Cela peut paraître compliqué, écrivent-ils, mais les procédés chimiques employés sont une technologie du XIXe siècle. »

Ensuite, l’équipage

Si la production s’est bien passée, deux nouveaux lanceurs partent en janvier 1999. L’un emporte une deuxième usine, identique à la première. L’autre emporte l’équipage : quatre personnes dans un habitat qui ressemble, disent-ils, à un « palet de hockey géant », de 8,4 mètres de diamètre et de près de 5 mètres de haut, avec un pont de vie d’environ 55 mètres carrés. Le voyage dure six mois. Pour éviter les méfaits de l’apesanteur, l’habitat reste relié par un câble d’environ 1 400 mètres à l’étage de fusée qui l’a lancé, et l’ensemble tourne à un tour par minute : l’équipage retrouve ainsi une pesanteur égale à celle de Mars, trois huitièmes de celle de la Terre.

L’équipage se pose près du véhicule de retour déjà plein. Des robots ont reconnu le site et posé des balises radar. Si l’atterrissage manque sa cible, trois parades sont prévues : un véhicule pressurisé d’une autonomie de près de mille kilomètres pour rejoindre la fusée de retour ; la deuxième usine, qui suit à quelques jours, peut être dirigée vers eux ; enfin, assez de vivres pour attendre une expédition de secours deux ans plus tard.

Cinq cents jours sur Mars

Les plans classiques, notent-ils, laissent un vaisseau-mère en orbite et ne permettent qu’un court séjour en surface. C’est comme organiser des vacances de Noël à Hawaï en passant neuf jours dans les aéroports et une demi-journée à la plage. Avec Mars Direct, l’équipage passe cinq cents jours sur Mars et seulement douze à seize mois dans l’espace, sur les trajectoires les plus économes. Protégé par l’atmosphère martienne et quelques sacs de sable sur l’habitat, il reçoit au total une dose d’environ cinquante rem, qui augmente d’environ 1,5 % le risque de développer un jour un cancer : un risque sérieux, mais acceptable selon eux.

Pendant son séjour, l’équipage peut parcourir des milliers de kilomètres avec un véhicule alimenté par une partie des ergols, chercher des traces de vie passée ou présente et, surtout, de la glace d’eau, qui rendrait les missions suivantes indépendantes de la Terre. On peut même installer une serre gonflable. Au retour, l’habitat reste sur place. Tous les deux ans, une nouvelle mission ajoute une base, à quelque huit cents kilomètres de la précédente.

Source : R. Zubrin et D. Baker (Martin Marietta Astronautics), « Humans to Mars in 1999 », Space Transportation Propulsion Technology Symposium, vol. 3, NASA, mai 1991 (NTRS 19910018923) : tout le contenu du chapitre, les citations « Absolutely », « giant hockey puck » et « 19th century technology ». Les mesures anglo-saxonnes de l’article (27,5 pieds, 16 pieds, 594 pieds carrés, 1 500 yards, 600 miles) ont été converties par nos soins. Les paroles sont traduites de l’anglais.

Chapitre 5 · 1990 – 1997 La NASA reprend l’idée

Présenté dans les centres de la NASA à partir de 1990, Mars Direct fait aussitôt débat. Robert Zubrin a raconté la suite en 2003, en réponse aux questions d’un sénateur.

Partisans et adversaires

Beaucoup d’ingénieurs de la NASA soutiennent le plan, d’autres s’y opposent, en particulier ceux du programme de station spatiale : Mars Direct n’utilise pas la station, et ils y voient une menace pour leur projet. L’idée circule pourtant. Vers 1991, Robert Zubrin est invité à la présenter à Michael Griffin, nouvel administrateur associé chargé de l’exploration, qui la soutient et la présente à Daniel Goldin, devenu administrateur de la NASA en avril 1992 (« Golden » dans la transcription), plus vaguement favorable. On le renvoie au centre spatial Johnson de Houston avec la consigne de l’écouter.

Le plan « semi-direct »

L’équipe d’exploration humaine de Johnson, où travaillent notamment Mike Duke, Dave Weaver et John Connolly, retient les principes de Mars Direct : pas d’assemblage en orbite, un départ direct vers Mars, l’utilisation des ressources martiennes dès la première mission, de longs séjours en surface dès le premier voyage. Mais elle veut refaire elle-même les calculs. Sa version est plus grande : six astronautes au lieu de quatre, des véhicules plus gros, trois lancements lourds par mission au lieu de deux. Zubrin l’appelle le plan « semi-direct ». La même équipe, qui avait chiffré le plan des quatre-vingt-dix jours à quatre cents milliards de dollars, chiffre sa version à cinquante-cinq milliards. Mars Direct lui-même était estimé, selon Zubrin, à une trentaine de milliards pour le développement, puis deux à trois milliards par mission.

La mission de référence de 1997

Cette étude devient la « mission de référence » de la NASA. Le document publié en 1997 indique que son architecture s’appuie sur des travaux antérieurs, principalement ceux du groupe de synthèse de 1991 et sur « les concepts de Zubrin (1991) pour l’utilisation d’ergols tirés de l’atmosphère martienne ». Il cite l’article de Mars Direct présenté en janvier 1991 à Reno, au congrès de l’Institut américain d’aéronautique et d’astronautique. La mission de référence diffère pourtant sur des points importants : elle utilise par exemple des moteurs-fusées nucléaires pour lancer l’équipage vers Mars.

Mais, selon Zubrin, quand l’étude est prête, la nouvelle administration n’est pas favorable à l’exploration humaine de Mars, et le plan est rangé sur une étagère.

Minerva et un retour d’échantillons

L’idée inspire au-delà de la NASA. En 1992, une étude intitulée « Project Minerva », recensée par la NASA, décrit une mission habitée à bas coût fondée sur la production d’ergols sur place, « selon le scénario proposé à l’origine par R. Zubrin, de Martin Marietta ». En 1995, sous l’affiliation de Lockheed Martin, Zubrin cosigne avec Steve Price une étude recensée par la NASA : utiliser la même chimie pour une mission robotique de retour d’échantillons martiens à bas coût, en fabriquant sur Mars le carburant du retour.

Sources : audition du Sénat du 29 octobre 2003, réponses au sénateur Brownback (présentation dans les centres en 1990, partisans et opposants, la station, M. Griffin vers 1991, D. Goldin, Johnson, M. Duke, D. Weaver, J. Connolly, les principes retenus, six astronautes et trois lancements, « Semi-Direct », 400 et 55 milliards, 30 milliards et 2 à 3 milliards, la nouvelle administration) ; Wikipédia en anglais, « Mars Direct » (D. Goldin administrateur le 1er avril 1992 ; source tertiaire) ; NASA, Human Exploration of Mars: The Reference Mission of the NASA Mars Exploration Study Team, NASA SP-6107, 1997 (citation, référence à l’article AIAA 91-0326 de Reno, 7-10 janvier 1991, moteurs NERVA) ; NASA Technical Reports Server, « Project Minerva », 1992, et R. Zubrin et S. Price (Lockheed Martin), « Mars Sample Return mission utilizing in-situ propellant production », 31 mars 1995. Les citations sont traduites de l’anglais. Le nom de Carl Mandel, cité aussi par Zubrin, est omis ici faute de précision sur son rôle.

Troisième partie

La Mars Society

1996 – 2002

Chapitre 6 · 1996 – 1998 D’ingénieur à porte-parole

En 1996, Robert Zubrin publie The Case for Mars (« Plaidoyer pour Mars »), sous-titré « le plan pour s’installer sur la planète rouge et pourquoi nous le devons ». Il expose Mars Direct pour le grand public et connaît le succès.

Ses propres entreprises

La même année, il fonde sa propre société de recherche et développement, Pioneer Astronautics, d’abord appelée Pioneer Invention. Elle vit surtout de petits contrats de recherche, sur des problèmes très variés liés à l’espace. Il quitte Martin Marietta et fonde aussi, avec Mitchell Burnside Clapp, un ingénieur venu de l’armée de l’Air, une société appelée Pioneer Rocketplane, parce que les grands industriels lui paraissent peu intéressés par la baisse du coût des lancements. En 2003, il indiquera que Pioneer Astronautics a cinq contrats de recherche avec la NASA et l’armée.

La déception

Il a aussi l’expérience du militantisme, comme responsable de la National Space Society, une association de défense de l’espace. Mais, selon Wikipédia, déçu par le manque d’intérêt des gouvernements pour l’exploration de Mars, et fort du succès de son livre, il décide de créer une organisation entièrement consacrée à la planète rouge.

Le principe qu’il défend ne changera plus : on peut aller sur Mars avec les techniques existantes, pour un coût raisonnable, à condition de fixer clairement le but et de vivre sur place des ressources martiennes. Ce qui manque, répète-t-il, n’est ni l’argent ni la technique, mais un but clair.

Sources : Wikipédia en anglais, « Robert Zubrin » (The Case for Mars en 1996, Pioneer Astronautics fondée en 1996, anciennement Pioneer Invention, petits contrats de recherche, Pioneer Rocketplane avec M. Burnside Clapp et ses raisons, expérience à la National Space Society, déception et succès du livre ; source tertiaire) ; audition du Sénat du 29 octobre 2003 (cinq contrats de la NASA et de l’armée ; « The problem is lack of focus ») ; Mars Society, page « About ». Le titre du livre est traduit par nos soins ; une traduction française, Cap sur Mars, figure au catalogue d’Internet Archive (2004). La phrase « Ce qui manque… » résume sa déclaration de 2003, où il dit que le problème de la NASA n’est pas l’argent mais l’absence de but.

Chapitre 7 · Août 1998 Boulder : la naissance de la Mars Society

En août 1998, environ sept cents personnes se réunissent à l’université du Colorado, à Boulder, pour la convention fondatrice d’une nouvelle organisation : la Mars Society. Robert Zubrin en est le fondateur, avec d’autres, et le président.

Une déclaration

Les participants ratifient une déclaration fondatrice. Elle s’ouvre sur une phrase simple : le temps est venu pour l’humanité de se rendre sur la planète Mars. Elle affirme que nous sommes mieux préparés aujourd’hui à envoyer des humains sur Mars que nous ne l’étions à aller sur la Lune au début de l’ère spatiale, et qu’avec la volonté nécessaire, les premiers équipages pourraient y être en une décennie.

Puis elle énumère les raisons d’y aller. Pour connaître Mars : la planète a été chaude et humide, propice à l’apparition de la vie, et trouver des fossiles ou des microbes montrerait que la vie n’est pas propre à la Terre. Pour connaître la Terre : comparer les planètes aide à comprendre notre propre environnement. Pour le défi : les civilisations, comme les personnes, s’épanouissent face aux défis et déclinent sans eux. Pour la jeunesse, qu’un tel programme pousserait vers les sciences. Pour l’occasion de bâtir un monde nouveau. Pour l’humanité, seule capable de porter la vie sur Mars. Pour l’avenir enfin, car Mars a une surface égale à celle de tous les continents terrestres réunis et possède tous les éléments nécessaires à une civilisation. Le texte se termine par un engagement : ses signataires ne se reposeront pas avant d’avoir réussi.

Le premier projet

Lors de cette convention, la société choisit officiellement son premier projet : construire une station de recherche simulant une base martienne, sur l’île Devon, dans l’Arctique canadien. L’idée en avait été proposée en avril 1998 par Pascal Lee.

Ce que veut la société

Selon sa propre présentation, la Mars Society cherche à informer le public, les médias et les gouvernements, à obtenir un soutien international pour la recherche et l’exploration de Mars financées par les États, et à encourager les entreprises commerciales qui pourront y contribuer. Elle défend une approche fondée sur Mars Direct ou un plan semblable : envoyer d’abord une mission de fret qui installe une usine d’ergols, puis l’équipage. Elle tient chaque année une convention internationale.

Sources : Mars Society, « Founding Declaration » (ratification par sept cents participants en août 1998 à l’université du Colorado à Boulder ; contenu de la déclaration, résumé ; la phrase d’ouverture et les autres passages sont traduits et résumés, le texte étant protégé) ; Mars Society, page « About » (fondée par Robert Zubrin et d’autres en 1998, missions de la société, Mars Direct, convention annuelle) ; Wikipédia en anglais, « Flashline Mars Arctic Research Station » (proposition de Pascal Lee en avril 1998, choix à la convention fondatrice ; source tertiaire). Pascal Lee a sa propre biographie dans cette collection.

Chapitre 8 · 1998 – 2002 Mars dans l’Arctique et dans le désert

Pour se préparer à vivre sur Mars, il faut s’entraîner quelque part sur Terre. La Mars Society décide de construire ses propres bases de simulation, dans des lieux qui ressemblent à Mars, pour tester l’organisation d’une équipe, les tenues, les outils et la conception d’un habitat.

Sur l’île Devon

La première station, la Flashline Mars Arctic Research Station, se dresse sur l’île Devon, dans le territoire canadien du Nunavut, un désert polaire. Elle domine le cratère d’impact Haughton, large de vingt-trois kilomètres, creusé il y a environ trente-neuf millions d’années. En 2003, Robert Zubrin la situera à 900 miles, environ 1 450 kilomètres, du pôle Nord. Elle est conçue par l’architecte Kurt Micheels et l’ingénieur Wayne Cassalls, avec Robert Zubrin et de nombreux membres de la société, et achevée à l’été 2000.

Le projet coûte 1,3 million de dollars, réunis grâce à des parrainages. Une société internet, Flashline.com, verse 175 000 dollars et obtient de donner son nom à la station ; la fondation Kirsch et la chaîne Discovery Channel, qui achète les droits de télévision en anglais pour deux ans, figurent aussi parmi les soutiens. Robert Zubrin racontera cette aventure dans un livre publié en 2003, Mars on Earth (« Mars sur Terre »), sous-titré « Les aventures des pionniers de l’espace dans le Grand Nord ».

Dans le désert de l’Utah

La seconde station, la Mars Desert Research Station, est construite au début des années 2000 près de Hanksville, dans l’Utah, sur un plateau dont les paysages rappellent ceux de Mars. Elle commence à fonctionner en 2002. Elle comprend un habitat à deux niveaux avec un sas, une serre, un observatoire solaire et un observatoire robotisé, un module d’ingénierie et un bâtiment scientifique.

De petites équipes s’y succèdent. Pendant leurs missions, les membres doivent porter une tenue qui simule un scaphandre, avec casque, bloc d’air et radio, chaque fois qu’ils sortent. Ils mènent des recherches, souvent sur les micro-organismes extrêmes du désert. La station est devenue, selon Wikipédia, la plus grande et la plus ancienne base de simulation martienne en service.

Des robots étudiants

La société organise aussi, chaque année dans l’Utah, la University Rover Challenge, un concours où des équipes d’étudiants construisent des rovers martiens. Deux autres stations, en Europe et en Australie, étaient prévues ; elles n’ont pas dépassé le stade des projets.

Sources : Wikipédia en anglais, « Flashline Mars Arctic Research Station » (île Devon, Nunavut, désert polaire, cratère Haughton de 23 km et 39 millions d’années, achèvement à l’été 2000, 1,3 million, Flashline.com et 175 000 dollars, fondation Kirsch, Discovery Channel, K. Micheels et W. Cassalls, MDRS en 2002, projets européen et australien) et « Mars Desert Research Station » (Hanksville, début des années 2000, bâtiments, tenues, recherches, plus grande et plus ancienne station) ; « Mars Society » (University Rover Challenge) ; sources tertiaires ; audition du Sénat du 29 octobre 2003 (900 miles du pôle Nord) ; Wikipédia en anglais, « Robert Zubrin » (bibliographie : Mars on Earth, 2003). Les titres de livres sont traduits par nos soins.

Quatrième partie

Le plaidoyer

2003 – 2026

Chapitre 9 · 29 octobre 2003 Devant le Sénat

Le 1er février 2003, la navette Columbia se désintègre en rentrant dans l’atmosphère. Quelques mois plus tard, le 29 octobre, la commission du commerce, des sciences et des transports du Sénat, présidée par John McCain, tient une audition sur l’avenir de la NASA. Après l’administrateur de la NASA et le président de la commission d’enquête sur l’accident, quatre témoins s’expriment. Parmi eux, Robert Zubrin, président de la Mars Society.

Deux façons de travailler

Pourquoi la NASA reste-t-elle coincée en orbite basse ? Pour Zubrin, l’agence a connu deux modes de fonctionnement. De 1961 à 1973, le « mode Apollo » : les dirigeants politiques fixent un but, la NASA établit un plan, on conçoit les véhicules qui le réalisent, on les construit et on vole. Depuis, le « mode navette » : on développe des technologies et du matériel selon les souhaits de divers groupes techniques, puis on les justifie en disant qu’ils serviront un jour. Le premier est guidé par une destination ; le second, dit-il, par des clientèles.

Pour se faire comprendre, il raconte l’histoire de deux jeunes couples qui veulent bâtir leur maison. Le premier choisit le type de maison qu’il veut, fait dessiner les plans par un architecte et achète les matériaux. Le second achète chaque mois à ses voisins les pièces de maison qu’on lui propose, les entasse dans son jardin, et, quand sa famille s’étonne de tout ce bric-à-brac, engage un architecte pour dessiner une maison qui les utilise toutes. Cette maison-là ne sera jamais construite, mais chaque achat aura trouvé sa justification.

« Mars, c’est là qu’est l’avenir »

Le problème, affirme-t-il, n’est pas l’argent : le budget moyen de la NASA de 1961 à 1973, en dollars de 2003, était d’environ dix-sept milliards par an, à peine plus qu’en 2003. Le problème est l’absence de but. Et ce but devrait être Mars, en dix ans et non en cinquante. « Mars est là où est la science, Mars est là où est le défi, et Mars est là où est l’avenir. » Il décrit Mars Direct, dans une version adaptée : un premier départ en 2009, l’équipage en 2011, dix-huit mois en surface, une base de plus à chaque voyage. Il propose au Congrès de ne pas financer le petit avion spatial alors envisagé, estimé à dix-sept milliards, mais de payer deux études concurrentes de six mois, à trente millions chacune, pour un plan qui enverrait des humains sur Mars en dix ans.

Questions et réponses

Le président McCain l’interroge sur le premier vol habité chinois, qui vient d’avoir lieu. Zubrin y voit un bon signal d’alarme pour les États-Unis. McCain évoque aussi la sonde qui doit bientôt se poser près d’un pôle de Mars pour chercher de l’eau. Zubrin répond qu’on y trouvera certainement de l’eau, et que la vraie question est celle d’une vie passée : si elle est apparue sur Mars, elle pourrait survivre sous la surface, et la vie serait alors un phénomène général dans l’univers.

Le sénateur Sam Brownback lui fait remarquer qu’il paraît en colère. Zubrin reconnaît qu’on peut le dire ainsi. Il rappelle qu’il avait dix-sept ans en 1969, que la NASA prévoyait alors des hommes sur Mars en 1981, et que les premiers enfants nés sur Mars devraient, à ses yeux, entrer à l’école en ce moment. Il compare le programme spatial à un Henri le Navigateur qui, au lieu d’envoyer ses navires toujours plus loin le long des côtes d’Afrique, les aurait fait stationner à cent milles au large pour observer la santé des marins. Il plaide pour la gravité artificielle plutôt que pour des années d’étude des effets de l’apesanteur.

Source : U.S. Senate, Committee on Commerce, Science, and Transportation, The Future of NASA, audition du 29 octobre 2003, S. Hrg. 108-1012 (liste des témoins, déclaration orale et écrite de R. Zubrin, réponses aux sénateurs McCain et Brownback) ; tout le contenu du chapitre en vient, y compris la citation « Mars is where the science is, Mars is where the challenge is and Mars is where the future is ». La date de l’accident de Columbia, la présidence de la commission d’enquête par l’amiral Gehman et le premier vol habité chinois « il y a quelques semaines » sont mentionnés dans la même audition. Les paroles sont traduites de l’anglais.

Chapitre 10 · 2005 Pourquoi une frontière

En 2005, la NASA publie les actes d’un colloque consacré à quarante ans de vols habités américains, sous le titre « Regarder en arrière, regarder en avant ». Robert Zubrin y intervient après un orateur qu’il appelle « le docteur Tyson ». Il annonce qu’il ne parlera pas de la manière d’aller dans l’espace, mais de la raison d’y aller.

La thèse de Turner

Il part d’un historien : Frederick Jackson Turner, qui avait soutenu en 1893, trois ans après que le recensement américain eut déclaré la frontière de l’Ouest fermée, que le caractère américain, son esprit pratique, son énergie, son individualisme, ses institutions, devaient tout à l’existence d’une frontière ouverte. Turner se demandait ce qu’il adviendrait d’une société libre et inventive privée d’espace pour grandir. Pour Zubrin, s’il faut une nouvelle frontière, elle ne peut plus être sur Terre, où tout est désormais à portée de communications et de transports. Elle doit être dans l’espace.

Pourquoi Mars

Parmi les lieux à notre portée, Mars est selon lui de loin le meilleur, parce qu’elle possède toutes les ressources nécessaires à la vie et donc, potentiellement, à une civilisation ; la Lune ne les a pas. Mars est assez loin pour libérer ses colons de la domination intellectuelle et culturelle de l’ancien monde, et assez riche pour donner naissance à une civilisation nouvelle.

Il avance plusieurs arguments. Sans nouvelle frontière, dit-il, la diversité humaine diminue, à mesure que les communications et les avions relient le monde. La technique stagne : le bombardier B-52, en service depuis un demi-siècle, en est pour lui le symbole. Sur une frontière, la main-d’œuvre manque, et ce manque pousse à inventer des machines ; sur Mars, rien ne sera plus rare que le travail humain. Enfin, sans frontière, les idéologies du monde fermé, comme celle de Malthus, selon laquelle les ressources limitées condamnent les humains à se disputer un gâteau fixe, gagnent du terrain. Or, répond-il, les humains créent leurs ressources : « avec chaque bouche viennent une paire de mains et un cerveau ».

Faire vivre Mars

Il termine sur une idée qu’il défend depuis longtemps : si une nouvelle branche de la civilisation s’établit sur Mars, grandit, puis transforme la planète et y apporte la vie, elle prouvera pour toujours la valeur positive de l’espèce humaine et de chacun de ses membres.

Ce projet de transformer Mars, la « terraformation », pose une question éthique qu’il a souvent débattue en public avec son ami Chris McKay : faut-il donner la priorité à d’éventuelles bactéries martiennes, ou à l’installation humaine ? Zubrin défend une position modérément centrée sur l’être humain, McKay une position modérément centrée sur la vie elle-même.

Sources : R. Zubrin, « Pushing Human Frontiers », in Looking Backward, Looking Forward: Forty Years of U.S. Human Spaceflight Symposium, NASA, 2005 (NTRS 20060021488) : tout le contenu des trois premières parties, y compris la citation « With every mouth comes a pair of hands and a brain » ; Wikipédia en anglais, « Robert Zubrin » (débats avec Christopher McKay, positions « moderately anthropocentric » et « moderately biocentric » ; source tertiaire). La date de 1893 est déduite du même texte, qui situe l’exposé de Turner trois ans après le recensement de 1890 ; l’idée d’apporter la vie à Mars figure déjà dans la déclaration fondatrice de la Mars Society (1998). Chris McKay a sa propre biographie dans cette collection. Les paroles sont traduites de l’anglais.

Chapitre 11 · 2009 – 2026 Un plan qui fait école

Robert Zubrin n’a pas cessé de défendre Mars Direct. Mais, au fil des années, ses idées sortent du cercle de ses partisans.

Devant la commission Augustine

En 2009, la nouvelle administration américaine réunit une commission, dite « commission Augustine », pour réexaminer l’avenir du programme spatial habité. Robert Zubrin vient y plaider pour un programme martien sobre, du type de Mars Direct. Selon Wikipédia, la commission reste peu sensible à son témoignage : son rapport final conclut qu’une mission habitée vers Mars exigerait des décennies d’investissement et comporterait des risques considérables.

Le carburant fabriqué sur place

Son idée centrale, fabriquer sur Mars le carburant du retour, a pourtant fait son chemin. Dès 1997, la mission de référence de la NASA s’appuyait, de son propre aveu, sur ses concepts de 1991. Aujourd’hui, la Mars Society affirme que l’approche « vivre sur le pays », avec une mission de fret qui installe d’abord une usine d’ergols, a été adoptée par la NASA et par SpaceX comme méthode principale pour commencer l’exploration et l’installation humaines sur Mars. Cette affirmation est celle de la société qu’il préside ; nous la rapportons comme telle.

Les entreprises

En 2008, il fonde une autre société, Pioneer Energy, installée à Lakewood, dans le Colorado, qui développe des systèmes mobiles de récupération assistée du pétrole par gaz carbonique et des procédés de fabrication de carburants de synthèse. Le 13 juillet 2020, Voyager Space Holdings annonce le rachat de Pioneer Astronautics. Il est l’auteur ou le coauteur de plus de deux cents articles techniques ou de vulgarisation et de nombreux livres, dont certains portent sur d’autres sujets que l’espace, comme l’énergie. Il est co-inventeur de brevets sur un avion-fusée hybride et sur un système d’alimentation en oxygène.

Toujours la Mars Society

Il préside toujours la Mars Society, dont les membres, anciens ou actuels, ont compté selon Wikipédia Buzz Aldrin, Elon Musk et James Cameron. Il a continué de publier sur l’espace et sur Mars : en 2019 The Case for Space (« Plaidoyer pour l’espace »), en 2024 The New World on Mars (« Le Nouveau Monde sur Mars »), qui décrit ce que l’on pourrait créer sur la planète rouge.

Sources : Wikipédia en anglais, « Mars Society » (témoignage devant la commission Augustine en 2009, conclusion du rapport, membres ; source tertiaire) et « Robert Zubrin » (Pioneer Energy en 2008 à Lakewood, rachat de Pioneer Astronautics le 13 juillet 2020, plus de deux cents articles, brevets, bibliographie ; source tertiaire) ; NASA SP-6107, 1997 ; Mars Society, page « About » (affirmation sur la NASA et SpaceX). Les titres de livres sont traduits par nos soins.

Épilogue

Robert Zubrin et Mars

Chapitre 12 · La leçon Ce que Robert Zubrin laisse à Mars

Robert Zubrin n’a jamais dirigé de mission spatiale. Mais peu d’ingénieurs ont autant changé la manière dont on imagine le premier voyage humain vers Mars.

Vivre sur le pays

Sa leçon principale est un changement de point de vue. Au lieu de considérer Mars comme un désert où tout doit être apporté, il l’a regardée comme un lieu riche en ressources : du gaz carbonique dans l’air, de l’eau dans le sol. Fabriquer sur place le carburant du retour divise la masse à lancer et rend le voyage abordable. Les explorateurs terrestres ont toujours vécu des ressources des pays qu’ils traversaient ; Mars ne fait pas exception.

La simplicité comme méthode

Il a aussi rappelé qu’une mission se conçoit à partir de son but, et non de la liste des technologies qu’on voudrait financer. Plus un plan est simple, moins il coûte, et plus il a de chances de partir. Cette discipline vaut pour tous les projets martiens, publics ou privés.

S’entraîner sur Terre

Avec la Mars Society, il a donné aux futurs explorateurs des lieux pour apprendre : dans l’Arctique et dans le désert, des équipages vivent en vase clos, sortent en tenue, travaillent ensemble. Ces simulations ne reproduisent pas Mars, mais elles enseignent ce qu’aucun calcul n’apprend : la vie quotidienne d’une petite équipe isolée.

Une question à garder ouverte

Enfin, ses débats avec Chris McKay rappellent qu’aller sur Mars n’est pas seulement un problème technique. Si la vie existe là-bas, même microscopique, la question de savoir qui a la priorité devra être posée avant que les humains ne s’y installent.

Cette leçon est une réflexion de l’auteur de ce livre, à partir des faits rapportés dans les chapitres précédents, où leurs sources sont indiquées.

Annexes

Pour aller plus loin

Annexe Comprendre Mars Direct

Quelques notions, expliquées simplement, pour suivre ce livre.

L’utilisation des ressources in situ

Utiliser les matériaux trouvés sur place, l’air, le sol, la glace, plutôt que de tout transporter depuis la Terre. Chaque kilogramme lancé coûte très cher ; fabriquer sur Mars ce dont on a besoin, en particulier le carburant du retour, allège énormément la mission.

La réaction de Sabatier

Une réaction chimique connue depuis plus d’un siècle : du gaz carbonique et de l’hydrogène, chauffés avec un catalyseur, donnent du méthane et de l’eau. Sur Mars, le gaz carbonique est fourni par l’atmosphère ; l’hydrogène est apporté de la Terre ou, plus tard, tiré de la glace. L’eau, décomposée par électrolyse, donne de l’oxygène et de l’hydrogène réutilisable. Méthane et oxygène forment ensemble un carburant de fusée.

Les ergols

Les produits qu’une fusée brûle pour avancer : un carburant (ici le méthane) et un comburant (ici l’oxygène).

Le lanceur lourd

Une fusée capable de placer plus de cent tonnes en orbite terrestre, comme la Saturn V des missions Apollo. Mars Direct prévoit d’en dériver une des éléments de la navette spatiale.

L’aérofreinage

Utiliser le frottement de l’atmosphère d’une planète pour ralentir un vaisseau qui arrive, au lieu de brûler du carburant.

La gravité artificielle par câble

Relier l’habitat à un contrepoids par un long câble et faire tourner l’ensemble : la rotation crée une force qui plaque l’équipage contre le plancher, comme une pesanteur. Elle évite la fonte des os et des muscles en apesanteur.

La station analogue

Une base installée sur Terre dans un lieu qui ressemble à Mars, désert froid ou chaud, où des équipages simulent une mission : vie en espace clos, sorties en tenue, travail scientifique.

Ces explications sont des notions générales d’astronautique et de chimie. Les faits propres à Robert Zubrin et à Mars Direct sont sourcés dans les chapitres correspondants.

Annexe Chronologie

Les dates de la vie de Robert Zubrin, dans l’ordre. Quand les sources se contredisent, les deux versions sont données.

9 avril 1952. Naissance à Brooklyn (New York).

Juillet 1969. Premier pas sur la Lune ; il a dix-sept ans.

1972. Premier brevet (échecs à trois joueurs).

1974. Licence de mathématiques, université de Rochester ; puis sept ans de professorat de sciences.

1984. Maîtrise de génie nucléaire, université de Washington.

1986. Maîtrise d’aéronautique et d’astronautique, université de Washington.

20 juillet 1989. Le président Bush annonce l’Initiative d’exploration spatiale.

Novembre 1989. Rapport des quatre-vingt-dix jours de la NASA.

Avril 1990. Voile magnétique (avec Dana Andrews) et fusées nucléaires à ergols locaux.

1990. Mars Direct présenté dans les centres de la NASA (article de Zubrin et Baker daté de 1990 par Wikipédia).

Janvier 1991. Article de Mars Direct au congrès de l’AIAA à Reno.

Mai 1991. « Humans to Mars in 1999 », avec David Baker.

1992. Doctorat de génie nucléaire, université de Washington.

1996. The Case for Mars ; fondation de Pioneer Astronautics.

1997. La mission de référence de la NASA s’appuie sur ses concepts.

Août 1998. Fondation de la Mars Society à Boulder.

Été 2000. Achèvement de la station de l’île Devon.

2002. Début des opérations de la station de l’Utah.

29 octobre 2003. Témoignage devant le Sénat.

2005. « Pushing Human Frontiers », colloque de la NASA.

2008. Fondation de Pioneer Energy.

2009. Témoignage devant la commission Augustine.

13 juillet 2020. Rachat de Pioneer Astronautics par Voyager Space Holdings.

2024. The New World on Mars.

Annexe Les personnages

Les personnes rencontrées dans ce livre, par ordre alphabétique.

Andrews, Dana. Ingénieur de Boeing ; coauteur de la voile magnétique (1990).

Baker, David. Ingénieur de Martin Marietta ; coauteur de Mars Direct.

Brownback, Sam. Sénateur ; l’interroge longuement en 2003.

Burnside Clapp, Mitchell. Ingénieur venu de l’armée de l’Air ; cofondateur de Pioneer Rocketplane.

Bush, George H. W. Président des États-Unis ; lance en 1989 l’Initiative d’exploration spatiale.

Cassalls, Wayne. Ingénieur ; concepteur de la station de l’île Devon.

Connolly, John. Membre de l’équipe d’exploration humaine du centre Johnson.

Duke, Mike. Membre de l’équipe d’exploration humaine du centre Johnson.

Goldin, Daniel. Administrateur de la NASA à partir de 1992.

Griffin, Michael. Administrateur associé de la NASA pour l’exploration vers 1991 ; soutient Mars Direct.

Lee, Pascal. Propose en 1998 la station de l’île Devon.

McCain, John. Sénateur, président de la commission qui l’entend en 2003.

McKay, Chris. Ami et contradicteur dans les débats sur la terraformation.

Micheels, Kurt. Architecte de la station de l’île Devon.

Price, Steve. Coauteur de l’étude de 1995 sur le retour d’échantillons.

Turner, Frederick Jackson. Historien américain de la frontière, cité en 2005.

Weaver, Dave. Membre de l’équipe d’exploration humaine du centre Johnson.

Annexe Sources et méthode

Ce livre ne contient aucun dialogue imaginé, ni aucune pensée prêtée à quelqu’un sans texte pour l’appuyer. Cette annexe indique d’où viennent les faits et les points où les sources se contredisent.

Une personne vivante

Robert Zubrin est vivant au moment où ce livre est écrit. Nous nous en sommes tenus à sa vie publique et à son action pour Mars. Nous avons laissé de côté ses prises de position sur d’autres sujets, comme l’énergie, la défense ou l’environnement, qui ne concernent pas l’objet de ce livre.

Les sources principales

Le cœur du livre repose sur des textes de Robert Zubrin lui-même, publiés par l’État fédéral américain et donc dans le domaine public : sa déclaration et ses réponses lors de l’audition « The Future of NASA » devant la commission du commerce, des sciences et des transports du Sénat, le 29 octobre 2003 ; l’article « Humans to Mars in 1999 », écrit avec David Baker et publié par la NASA en mai 1991 ; son intervention « Pushing Human Frontiers » publiée par la NASA en 2005 ; ses articles techniques de 1990 et 1991 recensés par la NASA. La reconnaissance de son rôle par la NASA vient de la mission de référence publiée en 1997 (NASA SP-6107).

Pour la Mars Society, nous avons utilisé sa déclaration fondatrice et sa page de présentation, protégées, que nous résumons. Pour sa jeunesse, ses diplômes, ses entreprises et les stations de simulation, nous avons utilisé Wikipédia en anglais, source tertiaire, signalée chaque fois. Ses livres, protégés et non librement accessibles, n’ont pas été consultés. Les citations de textes anglais sont traduites par nos soins.

Les points où les sources se contredisent

La date de Mars Direct. Wikipédia date l’article de Zubrin et Baker de 1990 ; la NASA cite l’article présenté à Reno en janvier 1991 (AIAA 91-0326).

Le coût du plan des quatre-vingt-dix jours. Environ quatre cents milliards de dollars selon Zubrin en 2003 ; environ quatre cent cinquante milliards sur vingt à trente ans selon Wikipédia.

Les chiffres de Mars Direct. Ils varient selon les versions. Hydrogène apporté : 5,8 tonnes en 1991, 6 tonnes en 2003, 8 tonnes selon Wikipédia. Ergols produits : environ 107 tonnes en 1991, 108 tonnes en 2003, jusqu’à 112 tonnes selon Wikipédia. Durée du voyage du véhicule de retour : huit mois selon Zubrin, six mois selon Wikipédia. Séjour en surface : cinq cents jours en 1991, un an et demi en 2003.

La distance de la station de l’île Devon au pôle Nord. 900 miles, environ 1 450 kilomètres, selon Zubrin en 2003 ; environ 1 600 kilomètres du pôle Nord géographique selon Wikipédia.

Le début de la station de l’Utah. 2002 selon l’article de Wikipédia sur la station de l’île Devon ; « au début des années 2000 » selon l’article sur la station de l’Utah.

L’adoption de ses idées. La Mars Society affirme que son approche a été adoptée par la NASA et SpaceX ; c’est l’affirmation de l’organisation qu’il préside. La NASA reconnaît, en 1997, s’être appuyée sur ses concepts.

La longueur

Ce livre compte environ six mille deux cents mots. L’objectif fixé pour cette collection était de cent mille. Nous ne l’avons pas atteint, et nous préférons le dire. Les livres de Robert Zubrin, qui racontent en détail sa vie et ses idées, sont protégés et n’ont pas été consultés ; en l’état, le texte ne contient que des faits que nous avons pu rattacher à une source.

Le portrait

Le portrait en tête de ce livre est une photographie dont nous n’avons pas pu vérifier la provenance exacte.

Sources en ligne

Faits vérifiés auprès de ces sources le 10 octobre 2026.

Pour aller plus loin

Bibliothèque Mars

Ce livre prolonge la page par une architecture complète de colonie martienne. Le dossier ci-dessus reste volontairement autonome : Arcadia est un approfondissement facultatif, pas un préalable à la compréhension.

Arcadia — Manuel de la première cité martienneArcadia — Manuel de la première cité martienne