Bible Mars — Personnalités
Percival Lowell
Le riche Bostonien, diplomate en Corée et écrivain du Japon, qui fonda l’observatoire de Flagstaff pour observer Mars, crut y voir les canaux d’une civilisation mourante, et lança la recherche qui conduisit à Pluton.
1855 – 1916
- Naissance
- 13 mars 1855, Boston (Massachusetts)
- Mort
- 12 novembre 1916, Flagstaff (Arizona)
- Rôle
- Homme d’affaires, écrivain, astronome ; fondateur de l’observatoire Lowell (1894)
- Formation
- Université Harvard (1876), mention en mathématiques
- Œuvres
- Mars (1895), Mars and its Canals (1906), Mars as the Abode of Life (1908)
- Lien avec Mars
- Théorie des canaux d’irrigation martiens ; vingt ans d’observations de la planète
25 chapitres et 4 annexes : environ 15 000 mots, soit 65 minutes de lecture. Chaque fait vient de sources vérifiées, indiquées à la fin de chaque chapitre.
Première partie
Le Bostonien
1855 – 1883
Chapitre 1 · 1855 – 1872 Le toit de Brookline
Sur le toit plat d’une grande maison de Brookline, près de Boston, un garçon a installé sa lunette. Elle est petite : un peu plus de cinq centimètres d’ouverture. Il la pointe vers Mars. Beaucoup plus tard, devenu célèbre dans le monde entier pour ce qu’il disait avoir vu sur cette planète, Percival Lowell se souviendra de cette première image : une calotte de neige blanche au pôle, posée sur un globe orangé semé de taches bleu-vert.
Un nom de ville
Percival Lowell naît à Boston le 13 mars 1855, au 131 Tremont Street. Il est l’aîné des enfants d’Augustus Lowell et de Katharine Bigelow Lawrence. Deux villes industrielles du Massachusetts, Lowell et Lawrence, portent les noms de ses ancêtres. Son grand-père maternel, Abbott Lawrence, a été ambassadeur des États-Unis en Angleterre.
La famille compte d’autres noms qui feront parler d’eux. Son frère Abbott Lawrence Lowell deviendra président de l’université Harvard et sera son biographe. Sa sœur cadette, Amy Lowell, sera une poétesse connue.
Le père a une idée simple, que ses enfants retiennent en l’écoutant parler, chaque matin, dans la voiture qui les conduit en ville. Un homme qui se respecte, leur fait-il comprendre, doit travailler à quelque chose qui en vaut la peine, et travailler très dur. Le travail n’a pas besoin de rapporter : la famille a de quoi vivre. Mais il doit compter.
Paris et la guerre
Au printemps de 1864, la mère tombe gravement malade. Les médecins conseillent un changement complet. Toute la famille s’embarque pour l’Europe sur un vapeur à aubes, l’Africa. Elle passe l’été en Angleterre, puis l’hiver à Paris. Percival, neuf ans, est mis en pension dans une école française. Il y apprend la langue « par la méthode des indigènes », dira son frère. Il la parlera toute sa vie.
En 1866, la famille est en Allemagne, à Schwalbach, quand éclate la guerre entre la Prusse et l’Autriche. Le garçon voit passer au galop des éclaireurs prussiens, puis surgir des fantassins de Nassau, qui tirent depuis un tas de bois. Il ne l’oubliera pas.
À la fin de l’été, la mère est rétablie. On rentre à Boston.
Un bon élève
Il entre dans l’école de George Noble, où il est toujours parmi les premiers, surtout en langues anciennes. Il écrit un jour, pour s’amuser, quelques centaines de vers latins sur le naufrage imaginaire d’un bateau-jouet qu’il faisait flotter dans une flaque de neige fondue.
En 1867, son père achète une propriété à Brookline. C’est là que le garçon grandit, et là, sur le toit, que commence son astronomie. Il lit beaucoup de livres sur le ciel. Son frère écrit que cet intérêt, après être resté longtemps à demi endormi, devait se rallumer plus tard pour dominer sa vie.
Ses maîtres, curieusement, le jugent un peu faible en composition anglaise et en mathématiques. On lui donne un précepteur. À l’automne de 1872, il entre à Harvard avec mention en mathématiques.
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, New York, Macmillan, 1935, chap. I (naissance, parents, grand-père, séjour en Europe de 1864 à 1866, pension parisienne, Schwalbach, école Noble, vers latins, Brookline, propos du père, télescope et souvenir de Mars, entrée à Harvard) ; G. R. Agassiz, notice nécrologique, Proceedings of the American Academy of Arts and Sciences, 1917 (villes de Lowell et Lawrence). L’ouverture de la lunette est donnée par le biographe en pouces (environ deux et quart). Les liens familiaux avec Amy Lowell viennent de l’article de Wikipédia en anglais (source tertiaire).
Chapitre 2 · 1872 – 1883 L’hypothèse nébulaire
En 1876, à la cérémonie de remise des diplômes de Harvard, un étudiant de vingt et un ans prend la parole. Son sujet n’a rien d’un discours de circonstance : il parle de « l’hypothèse nébulaire », l’idée que le Soleil et les planètes sont nés d’un même nuage de matière en rotation. L’étudiant s’appelle Percival Lowell. Trente ans plus tard, il fera de cette idée le cadre de toute sa pensée sur Mars.
L’élève de Benjamin Peirce
À Harvard, il étudie les mathématiques chaque année. Le grand mathématicien Benjamin Peirce le tient pour l’un des étudiants les plus brillants qu’il ait eus. Il lui laisse même entendre qu’il pourrait un jour lui succéder dans sa chaire, s’il s’y consacrait. Un ami de la famille, George Agassiz, rapportera que Peirce le comptait parmi les deux meilleurs mathématiciens qu’il eût vus à Harvard.
Mais il ne s’enferme pas dans les chiffres. Il suit aussi des cours de lettres anciennes, de physique et d’histoire. En dernière année, il remporte un prix pour un essai sur la place de l’Angleterre parmi les puissances européennes. Il est reçu dans la société d’honneur Phi Beta Kappa. Et il passe ses soirées dans les bals de Boston.
Le grand tour
Après son diplôme, il part un an en Europe avec un camarade, Harcourt Amory. C’est le « grand tour » traditionnel des jeunes gens riches : Londres, les îles britanniques, le continent. Seul, il descend le Danube et essaie, sans succès, de gagner le front de la guerre qui oppose alors la Serbie et la Turquie. Avec Amory, il va jusqu’en Palestine et en Syrie.
Six ans de bureau
Rentré à l’été de 1877, il n’a envie d’aucune profession. Il entre dans le bureau de son grand-père paternel, John Amory Lowell, qui gère des fonds en fiducie. Il apprend les affaires. Il est un temps trésorier par intérim, c’est-à-dire dirigeant, d’une grande filature de coton. Il est aussi un jeune homme à la mode.
Il place bien son argent. George Agassiz notera qu’à la différence de la plupart des amoureux de la science pure, il avait un vrai don pour les affaires. Au printemps de 1883, ses revenus lui permettent de faire ce qu’il veut.
Ce qu’il veut, c’est partir au Japon, pour en apprendre la langue et en étudier le peuple.
Avant de partir, il a écrit à sa sœur, de sept ans sa cadette, une lettre où il expose sa façon de voir. La vie, lui dit-il, n’est qu’un long voyage, gâché si l’on ne s’intéresse pas à tout ce qu’on y rencontre. Il lui conseille d’être honnête avec elle-même, même au risque de se tromper, plutôt que d’adopter l’opinion de la foule. Et d’être toujours capable de donner une raison à ce qu’elle pense.
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. I et II (études à Harvard, jugement de B. Peirce, cours suivis, prix Bowdoin, Phi Beta Kappa, discours sur l’hypothèse nébulaire, voyage en Europe et au Proche-Orient, bureau du grand-père, filature, départ pour le Japon, lettre à sa sœur) ; G. R. Agassiz, notice nécrologique, 1917 (jugement de Peirce, don pour les affaires).
Deuxième partie
L’Extrême-Orient
1883 – 1893
Chapitre 3 · 1883 Comme un natif (d’Amérique)
Trois semaines après avoir débarqué au Japon, au printemps de 1883, Percival Lowell écrit à sa famille : « Je commence à parler japonais comme un natif (d’Amérique), et je prends aux manières et coutumes du pays comme un canard à l’eau. » Il a loué une maison à Tokyo et s’y est installé comme s’il y était né. Un ami de Boston qui vit sur place, le médecin William Sturgis Bigelow, écrira à son père qu’il n’a jamais vu personne apprendre une langue aussi vite.
L’impersonnalité
Tout le fascine : les maisons de thé, les jardins, l’art, les usages. Dès la première quinzaine, il note deux choses qui deviendront plus tard des livres.
La première, il la croit lire dans la langue. Le 8 juin, il écrit à sa mère que la clé des Japonais est peut-être l’« impersonnalité » : leur langue, dit-il, ne distingue ni les personnes, ni le genre, ni même le pluriel dans ses formes. Il prend soin d’ajouter que ce n’est pas un manque de cœur : il s’agit, selon lui, d’une affaire d’esprit.
La seconde est une superstition : la « maladie du renard », une forme de folie que le peuple attribue à la possession par un renard.
Le château en ruine
En juillet, il traverse les montagnes jusqu’à l’autre rivage de l’île principale, avec un professeur de l’université, Terry. Le voyage est dur. Il se plaint de la nourriture d’un pays où il n’y a « pas de lait, pas de beurre, pas de fromage, pas de pain, presque pas de viande ». Il visite un château abandonné. Assis à une fenêtre, au-dessus des douves aux eaux croupies, il note que le dernier seigneur n’a quitté les lieux qu’onze ans plus tôt. Le Moyen Âge dont il rêvait enfant existait encore, de l’autre côté du monde, pendant qu’il en rêvait.
Une offre inattendue
Il rentre à Tokyo le 13 août. Le soir même, on lui fait une proposition : accompagner aux États-Unis une mission spéciale envoyée par le royaume de Corée, comme secrétaire pour les affaires étrangères et conseiller. La Corée, longtemps fermée au monde, vient de signer un traité avec les États-Unis. C’est sa première ambassade auprès d’une puissance occidentale.
Il refuse deux jours durant, hésite un troisième, puis accepte. Bigelow explique à son père que ce qui le retenait, c’était la crainte de ce que celui-ci en penserait. « Il se méfie trop de lui-même », ajoute-t-il.
Le 2 septembre 1883, Lowell débarque à San Francisco avec les diplomates coréens. À New York, la mission est reçue par le président Chester Arthur.
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. II et III (installation à Tokyo et lettre sur la langue, lettre du 8 juin 1883 sur l’impersonnalité, « maladie du renard », voyage avec le professeur Terry, château en ruine, retour du 13 août, proposition de la mission coréenne, lettre de W. S. Bigelow, arrivée à San Francisco le 2 septembre, réception par le président Arthur). Le traité entre la Corée et les États-Unis (1882) relève de l’histoire générale.
Chapitre 4 · 1883 – 1886 L’hôte du roi de Corée
Juste avant Noël 1883, Percival Lowell entre à Séoul, la capitale fortifiée du royaume de Corée. Il est l’invité du roi. On lui a préparé un ensemble de bâtiments appartenant au ministère des Affaires étrangères. Il le décrit à sa mère : on entre dans une cour, puis une autre, puis un jardin, « mur après mur », jusqu’à se perdre dans « un délicieux labyrinthe ». Les sols, les plafonds et les murs sont de papier ; même ce qui semble être des dalles de pierre est un papier huilé si dur qu’il en a le son sous les pas.
Un étranger libre
Il est l’un des premiers Occidentaux à entrer dans le pays avec un rang officiel, sans aucune fonction officielle. Deux fonctionnaires veillent sur lui sans le suivre partout. Son frère pense qu’il était plus libre que quiconque dans le royaume. Les hauts fonctionnaires ne sortent qu’en palanquin ; les autres n’ont pas le droit d’être dehors après la tombée de la nuit, sous peine de bastonnade. Lowell, que la caisse du palanquin fait souffrir, marche à pied, à toute heure, dans toute la ville.
Le roi et le prince héritier le reçoivent en audience. Il les photographie. Le 17 février 1884, il écrit à sa sœur qu’il a pris cinquante-trois négatifs à Séoul et dans les environs. Selon l’encyclopédie en ligne Wikipédia, son portrait du roi Gojong est la plus ancienne photographie connue d’un monarque coréen.
Au printemps, il repart, malgré l’insistance de ses hôtes. Il ne reverra jamais la Corée.
Un ami exécuté
En décembre 1884, quelques mois après son départ, un coup d’État éclate à Séoul. Les partisans de l’ouverture au monde, dont plusieurs avaient fait partie de la mission en Amérique, tentent de s’emparer du pouvoir. Ils échouent. L’un d’eux, Hong Yöng Sik, qui avait été particulièrement attentif à Lowell pendant son séjour, refuse de fuir avec les autres. Quelqu’un, dit-il, doit rester pour montrer au monde qu’ils ne sont pas des rebelles. Les soldats chinois le trouvent au palais et l’exécutent. Il avait trente ans.
Lowell racontera ces journées en 1886, dans un long article de l’Atlantic Monthly.
Le premier livre
Il rentre à Boston par l’Asie, l’Inde et l’Europe. En route, il ne perd pas ses réflexes de mathématicien : depuis la mer Rouge, il montre comment calculer la hauteur d’un nuage d’après l’angle de son ombre sur le désert. Mais à ce moment, souligne son frère, rien n’indique qu’il pense à la science. C’est la littérature qu’il vise.
À un ami écrivain, il expose sa conception : ce ne sont pas les faits seuls qui intéressent les hommes, mais les réflexions qu’on en tire. « La vraie vision, écrit-il, se fait avec l’esprit, à partir des matériaux relativement maigres que fournit l’œil. » Dix ans plus tard, au télescope, la phrase prendra un tout autre poids.
À sa mère, il confie : « Je voudrais croire un peu plus en moi-même. »
Son livre sur la Corée paraît au début de 1886 : Chosön, le pays du matin calme. Son frère le juge précieux, parce que la vie qu’il décrit a disparu depuis.
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. III à VI (arrivée à Séoul, description du logement, liberté de mouvement, couvre-feu, audiences, photographies, lettre du 17 février 1884, départ, coup d’État de décembre 1884 et mort de Hong Yöng Sik d’après l’article de Lowell dans l’Atlantic Monthly de novembre 1886, voyage de retour, nuage de la mer Rouge, lettre à F. J. Stimson, lettre à sa mère du 7 octobre 1884, Chosön). La mention de la photographie du roi Gojong vient de l’article de Wikipédia en anglais (source tertiaire).
Chapitre 5 · 1886 – 1893 Les dieux du mont Ontake
Le 6 août 1891, près du sommet de l’Ontake, un volcan éteint et l’une des montagnes sacrées du Japon, Percival Lowell et son ami George Agassiz voient trois jeunes pèlerins commencer une cérémonie. L’un d’eux, assis devant un autel, psalmodie et gesticule. Un autre, assis en face, immobile, se met à trembler, entre en convulsion et se raidit. Le premier se penche et lui demande quel dieu l’habite. L’homme en transe répond d’une voix étrange : « Je suis Hakkai. » Alors on interroge le dieu comme un oracle.
L’âme de l’Extrême-Orient
Entre-temps, Lowell est devenu un écrivain connu. En 1888 paraît son livre le plus célèbre sur l’Asie : The Soul of the Far East, « L’âme de l’Extrême-Orient ». Il y développe l’idée qui l’avait frappé dès 1883 : l’« impersonnalité » des peuples d’Extrême-Orient, chez qui l’individu compterait moins qu’en Occident. Il la cherche partout : dans la famille, dans la langue, dans l’art, dans la religion.
Le livre est admiré. L’écrivain Lafcadio Hearn, qui s’installera au Japon, le qualifie, selon l’encyclopédie Wikipédia, de livre « colossal, splendide, divin ». Le psychologue français Pierre Janet le cite. Lu aujourd’hui, son propos paraît surtout fait de généralisations sur des peuples entiers, comme on en écrivait alors ; son propre frère reprend sans recul l’idée d’un « développement arrêté » des Japonais. Ce livre le signale ; il ne s’y attarde pas, car ce n’est pas son sujet.
En décembre 1888, Lowell repart pour le Japon. Il y est en février 1889 quand l’empereur promulgue la Constitution, le jour même où un fanatique assassine le ministre Mori.
Le Japon occulte
La scène de l’Ontake le lance dans une enquête de deux ans. Il découvre à Tokyo le siège du culte, se lie avec son chef, note chaque geste des rites de possession, assiste à des marches sur des braises et à des ascensions d’échelles faites de lames de sabre. Le livre qui en sort, Occult Japan, paraît en 1894. Il lit pour l’écrire la Psychologie de William James, qui vient de paraître.
Une lunette dans les bagages
Pourtant, une autre passion revient. En juillet 1891, juste avant l’Ontake, il parle à son beau-frère d’un projet d’ouvrage sur la « philosophie du cosmos ». En 1892, il emporte au Japon une lunette de six pouces, environ quinze centimètres, un bagage encombrant pour qui n’y tient pas vraiment. Il observe Saturne.
Il quitte le Japon à l’automne de 1893. Il n’y reviendra jamais.
Pourquoi ce changement ? Son frère reconnaît qu’il n’en a laissé aucune explication écrite. À George Agassiz, Lowell disait une chose : l’astronome italien Giovanni Schiaparelli, qui avait découvert sur Mars de fines lignes qu’il appelait canali, voyait sa vue baisser et ne pouvait plus poursuivre ses observations. Lowell avait décidé de les poursuivre à sa place. L’encyclopédie Wikipédia ajoute une autre influence : la lecture de La Planète Mars, le grand livre que l’astronome français Camille Flammarion venait de publier en 1892.
Il a trente-huit ans. Il a été homme d’affaires, diplomate, écrivain, ethnographe. Il va devenir astronome.
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. VI à VIII (The Soul of the Far East, second séjour, Constitution et assassinat de Mori, voyage avec G. Agassiz, scène du 6 août 1891 sur l’Ontake, enquête et Occult Japan, influence de W. James, projet de juillet 1891, lunette de six pouces en 1892, départ de l’automne 1893, absence d’explication écrite, propos rapportés par G. Agassiz) ; G. R. Agassiz, notice nécrologique, 1917 (Pierre Janet, vue de Schiaparelli). Le jugement de L. Hearn et la lecture de Flammarion viennent de l’article de Wikipédia en anglais (source tertiaire). La remarque sur le caractère daté du livre est celle de l’auteur.
Troisième partie
Flagstaff
1893 – 1897
Chapitre 6 · 1893 – 1894 La veille d’une découverte
Le 22 mai 1894, à Boston, devant la Société scientifique de la ville, Percival Lowell annonce ce que sera son observatoire, qui n’est pas encore terminé. Il servira, dit-il selon un journal du surlendemain, à « une enquête sur les conditions de la vie dans d’autres mondes », y compris leur habitabilité par des êtres semblables ou non à l’homme. Ce n’est pas, ajoute-t-il, une recherche chimérique : « Il y a de fortes raisons de croire que nous sommes à la veille d’une découverte assez précise en la matière. » Il n’a pas encore regardé Mars une seule fois avec son nouveau télescope.
Les canali de Schiaparelli
Pour comprendre ce qu’il cherche, il faut remonter à 1877. Cette année-là, Mars passe très près de la Terre. À Milan, Giovanni Schiaparelli dessine sur le disque de la planète un réseau de lignes fines et droites, qu’il appelle canali. En italien, le mot peut désigner un chenal naturel aussi bien qu’un canal creusé. En anglais, on traduira « canals », des canaux, ce qui suggère des ouvriers. Les lignes de Schiaparelli seront revues par d’autres, à Nice notamment ; certaines apparaîtront « doublées », en deux traits parallèles.
Lowell, dans un texte qu’il destinait aux Annales de son observatoire, rend hommage à son devancier : ses découvertes, écrit-il, étaient dues au génie de l’homme, « à sa vision intérieure, non à sa vue ; car au télescope les yeux diffèrent étonnamment peu, les cerveaux étonnamment beaucoup ».
L’air
En 1892, l’astronome William Pickering, de l’observatoire de Harvard, a observé Mars depuis la station de Harvard à Arequipa, au Pérou, à plus de deux mille mètres d’altitude. Il y a vu des taches sombres et rondes aux croisements des lignes. Pour Lowell, la leçon principale est ailleurs : c’est l’importance de l’atmosphère. L’air, qui tremble, brouille les images, comme une assiette décorée tenue par une main qui tremble. Il faut aller là où il est le plus calme.
Lowell a pour cela un atout. Un célèbre ophtalmologiste de Boston, Hasket Derby, a dit que sa vue était la plus perçante qu’il eût jamais examinée. Et ses mathématiques ne se sont pas rouillées : il fréquente à Boston un club de mathématiciens et de physiciens.
Une décision de l’hiver
Pendant l’hiver de 1893-1894, il décide de monter une expédition pour l’opposition de 1894, le moment où Mars et la Terre se trouvent du même côté du Soleil, au plus près l’une de l’autre. Il s’associe à Pickering et à un jeune astronome, A. E. Douglass. Il a deux objectifs, écrira-t-il : connaître l’état physique des planètes, d’abord Mars ; et connaître les conditions de la meilleure observation.
Le temps presse. L’opposition est pour l’été, et il n’a ni site ni bâtiment.
Ce que la conférence révèle
La conférence du 22 mai a son importance pour juger de ce qui suit. Lowell soutiendra plus tard que sa théorie lui était venue à la fin de la première année d’observation. L’astronome William Campbell, de l’observatoire Lick, rappellera dès 1896 ces phrases prononcées avant toute observation, et constatera que les résultats de Lowell « concordent parfaitement » avec ses vues préalables.
Son frère, dans sa biographie, assure au contraire qu’il n’était pas parti avec l’idée préconçue que la planète était habitée. Les deux textes existent. Le lecteur peut les comparer.
Sources : W. W. Campbell, compte rendu de Mars, Publications of the Astronomical Society of the Pacific, 1896 (conférence du 22 mai 1894 citée d’après le Boston Commonwealth du 24 mai, jugement sur l’accord avec les vues préalables) ; A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. IX et X (introduction aux Annales écrite par P. Lowell : Schiaparelli, Pickering, rôle de l’atmosphère, décision de l’hiver 1893-1894, deux objectifs ; vue examinée par H. Derby ; club de mathématiques ; image de l’assiette ; position du biographe sur l’absence d’idée préconçue). La traduction du mot canali, les observations de Nice et l’altitude d’Arequipa viennent de l’article « Martian canals » de Wikipédia en anglais (source tertiaire). Sur Schiaparelli, voir sa biographie sur ce site.
Chapitre 7 · 1894 Six semaines
Le 28 mai 1894, Percival Lowell descend du train à Flagstaff, dans le territoire de l’Arizona. Le soir, il écrit à sa mère : « Arrivé le jour dit. Télescope prêt à servir ce soir pour sa première vision de l’Arizona. » Le ciel se couvre. Une pluie sans précédent tombe pendant plusieurs jours, à travers la coupole qui n’a pas encore reçu sa toile, sur Lowell et Pickering, venus camper là pour être prêts au lever de Mars.
Le test de l’air
Tout s’est fait en trois mois. En mars, Douglass est parti de Boston pour l’Arizona avec la lunette de six pouces que Lowell avait rapportée du Japon. Sa mission : mesurer la stabilité de l’air d’un endroit à l’autre. Ses instructions, datées du 28 février, lui fixent deux nuits d’observation à Tombstone, à Tucson et à Phoenix. Lowell, qui le suit par lettres et par télégrammes, ajoute d’autres lieux, dont Flagstaff.
Son raisonnement est le suivant. L’air le plus calme doit se trouver dans les deux ceintures désertiques qui entourent la Terre, au nord et au sud de l’équateur. Mieux vaut un haut plateau qu’un sommet, où l’air monte et descend le long des pentes. Le meilleur endroit est peut-être à l’étranger, mais on n’a pas le temps de le chercher. Le plateau de l’Arizona fera l’affaire.
Sur les rapports de Douglass, Lowell choisit Flagstaff.
Une ville de huit cents habitants
Flagstaff est alors une ville de huit cents habitants, sur la ligne du chemin de fer Atlantic and Pacific, au milieu d’un grand plateau couvert de pins, entre 1 800 et 2 100 mètres d’altitude, qui domine le désert. Au nord se dressent les San Francisco Peaks. Le site retenu est le bord d’une mesa, à l’ouest de la ville, à environ deux kilomètres. La municipalité donne le terrain et construit une route pour y monter.
On a loué au constructeur John Brashear une lunette de dix-huit pouces, la plus grande que l’on pût alors se procurer, et emprunté à Harvard une lunette de douze pouces. Les deux sont montées sur un même support. Pickering a dessiné une coupole provisoire : sa partie haute, faite d’arcs couverts de grillage et de toile, est fabriquée dans le Massachusetts et expédiée par le train ; la partie basse est construite sur place.
Les travaux commencent le 23 avril 1894. Six semaines plus tard, les observations régulières commencent. Lowell aimait une maxime : quand on a décidé qu’une chose doit être faite, et vite, il faut la faire « hier ».
Mars Hill
Mars se lève alors vers trois heures du matin. La colline est à plus de deux kilomètres de l’hôtel, en montée. Pendant l’été, on construit un chalet à côté de la coupole pour y dormir et y manger. Le lieu prend un nom : Mars Hill, la colline de Mars.
Lowell y reste presque toute l’année, hormis deux voyages d’affaires dans l’Est. Il observe une bonne partie de la nuit, écrit le jour des articles et des rapports, dessine pour les revues. Il écrit à sa mère presque chaque jour.
Le 2 septembre, il lui écrit : « Le nombre de canaux augmente de façon encourageante. Dans la région du lac du Soleil, nous avons vu presque tous ceux de Schiaparelli et à peu près autant d’autres. »
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. IX (texte de P. Lowell destiné aux Annales : mission de Douglass, choix de Flagstaff, description de la ville et du site, don du terrain, lunettes de Brashear et de Harvard, coupole de Pickering, début des travaux le 23 avril 1894, six semaines ; récit du biographe : instructions du 28 février, raisonnement sur les ceintures désertiques, maxime, lettre du 28 mai, pluie, chalet, lever de Mars à trois heures, lettres du 2 septembre). L’altitude de l’observatoire est donnée par Lowell : 7 250 pieds, environ 2 210 mètres. W. W. Campbell date le début des observations de Lowell du 31 mai.
Chapitre 8 · 1894 Un seul témoin, avec l’aube
Au petit matin du 8 juin 1894, Percival Lowell est à l’oculaire. Soudain, au milieu de la calotte polaire de Mars, deux points s’allument comme des étoiles, éblouissants sur le blanc plus terne de la neige, brillent un moment, puis s’éteignent lentement. Il comprend aussitôt, écrit-il, de quoi il s’agit : non pas les feux de signaux des Martiens de la légende, mais le reflet de pentes glacées, tournées un instant vers la Terre par la rotation de la planète. La lumière a mis neuf minutes à venir. Elle n’a trouvé pour la recevoir, écrit-il, qu’« un seul témoin, seul sur une colline avec l’aube ».
La fonte des neiges
Pendant six mois, de la fin mai à la fin novembre, l’équipe suit les changements de l’hémisphère sud de Mars, alors tourné vers la Terre. C’est le printemps, puis l’été, sur la planète.
La calotte blanche du pôle Sud fond. Une bande sombre, bleutée, la borde et la suit dans son recul. Lowell y voit de l’eau de fonte. Pickering, en l’examinant au polariscope, trouve sa lumière polarisée, comme l’est celle que renvoie une surface d’eau lisse. Le 13 octobre, la calotte a entièrement disparu : c’est, dit Lowell, la première fois qu’on la voit fondre tout à fait. Là où il y avait de la glace et une mer polaire, il n’y a plus qu’« une étendue ocre de désert ».
En même temps, les grandes régions sombres de l’hémisphère, que l’on appelait des « mers », changent de teinte. Elles pâlissent à l’automne martien. Pour Lowell, ce ne sont pas des mers : l’eau ne peut pas disparaître ainsi, faute d’endroit où aller. Ce sont des étendues de végétation, qui verdissent et se fanent avec les saisons.
Les lignes
Et puis il y a les lignes. Quand la teinte sombre a gagné le bord des prétendues mers, de fines lignes droites partent de là vers les régions orangées, en direction de l’équateur. Leur nombre augmente vite. Elles se croisent souvent à plus de deux en un même point, et une tache ronde apparaît alors au croisement. Certaines se dédoublent en deux traits parallèles.
À Flagstaff, en 1894, on en relèvera cent quatre-vingt-trois. Certaines n’ont été vues qu’une fois ; une autre, cent vingt-sept fois. Au total, trois mille deux cent quarante observations. Douglass, de son côté, en trouve quarante-quatre jusque dans les régions sombres.
Les doutes du Lick
Dès cet été-là, les doutes s’expriment. Lowell envoie à sa mère la coupure d’un journal de San Francisco qui se moque du directeur de l’observatoire Lick, Edward Holden, pour avoir dit que ses canaux n’étaient pas confirmés par les observations faites au mont Hamilton. Le doute l’agace toujours. Son frère rapporte qu’on mettait parfois en cause sa vue.
Le frère avance une réponse : celui qui sait ce qu’il cherche voit ce qu’un autre manque, comme on trouve des trèfles à quatre feuilles quand on a l’habitude d’en chercher. Il reconnaît aussi l’autre face de l’argument : croire qu’une chose existe peut faire croire qu’on l’a vue.
Des visiteurs
La vie, sur la colline, n’est pas austère. Des voyageurs de l’Est montent la nuit regarder dans la lunette avant de reprendre leur train ; ce qui leur plaît le plus, note Lowell, ce sont les images floues, hors de la mise au point. À quatre heures du matin, un homme du Colorado venu pour sa santé est là ; on prend ensemble un café préparé par Lowell, debout près de la plate-forme. On va voir les habitations troglodytiques, la forêt pétrifiée, le Grand Canyon.
Fin novembre, il rentre à Boston. Il a un livre à écrire.
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. IX et X (citations du livre Mars sur le 8 juin 1894, fonte de la calotte, polarisation observée par W. H. Pickering, disparition complète, régions sombres, lignes et taches, 183 canaux, 3 240 relevés, 44 canaux de Douglass ; lettres sur E. Holden, analyse du biographe sur la perception, visiteurs, retour fin novembre). La période d’observation de Lowell (31 mai - 20 novembre 1894) est donnée par W. W. Campbell, 1896.
Chapitre 9 · 1895 Le livre Mars
« L’irrigation, et à aussi vaste échelle que possible, doit être l’occupation dévorante des Martiens. » La phrase est au cœur d’un livre que Percival Lowell achève en novembre 1895, un an après sa première saison à Flagstaff. Il s’intitule simplement Mars. Il va faire le tour du monde, et l’on demandera même à le traduire en chinois.
Une chaîne de raisonnements
Le livre n’est pas un roman. C’est une démonstration, conduite pas à pas, que Lowell résume lui-même dans sa conclusion.
Premier maillon : Mars peut porter la vie. Sa pesanteur est un peu plus du tiers de celle de la Terre. Son jour est à peine plus long que le nôtre, son année environ deux fois plus longue. Le léger changement de son diamètre apparent trahit une atmosphère, que Lowell estime à un septième de la densité de la nôtre. Il calcule qu’elle peut retenir l’oxygène, l’azote, la vapeur d’eau. La calotte polaire, pense-t-il, est faite de neige d’eau, non de gaz carbonique gelé, qui exigerait un froid impossible.
Deuxième maillon : Mars manque d’eau. Puisque les régions sombres sont de la végétation, il n’y a pas de mers. Presque toute l’eau de la planète vient de la fonte des calottes. Cela n’étonne pas Lowell : Mars, plus petite que la Terre, aurait vieilli plus vite, et son eau se serait peu à peu retirée dans le sous-sol. Pour une planète qui a porté la vie, le manque d’eau serait le commencement de la fin.
Troisième maillon : s’il y a des habitants, ils doivent irriguer. Et le télescope montre justement un réseau de lignes.
Quatrième maillon : ces lignes ne peuvent pas être naturelles. Elles sont droites ; tracées sur un globe, ce sont des arcs de grands cercles, le chemin le plus court entre deux points. Leur largeur est uniforme. Elles forment un système : trois, quatre, cinq, jusqu’à sept se rejoignent au même point, ce que le hasard rendrait presque impossible. Ce ne sont ni des fissures, ni des rivières, ni des traces de météorites. Ce qu’on voit, ajoute-t-il en reprenant une idée de Pickering, n’est pas le canal lui-même, trop étroit, mais la bande de végétation qu’il irrigue.
Dernier maillon : les « oasis ». Ce sont les taches rondes aux croisements, de deux cents kilomètres et plus. Elles s’assombrissent peu après l’arrivée des lignes qui y mènent. Pour Lowell, ce sont des terres fertilisées par les canaux. C’était, dira-t-il, « le dernier rivet » de sa théorie.
La conclusion
Il conclut : tout cela peut n’être qu’un ensemble de coïncidences ne signifiant rien, « mais la probabilité va dans l’autre sens ».
Il prévoit la résistance. L’homme, écrit-il, se méfie instinctivement de tout ce qui lui ressemble ; il préfère n’importe quelle hypothèse à l’idée d’un esprit autre que le sien.
Ce que reconnaît son frère
Son frère, quarante ans plus tard, reconnaît que l’hypothèse heurte un vieux principe de la science, le « rasoir d’Ockham » : on ne doit attribuer un phénomène à une intelligence que si aucune cause naturelle ne peut l’expliquer. Il ajoute que beaucoup d’observateurs compétents voient ces marques comme des taches irrégulières plutôt que comme des lignes fines et régulières. Et que, sur ce point, l’hypothèse de son frère « reste en suspens ».
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. X (analyse et citations du livre Mars : pesanteur, jour, année, atmosphère, calotte, végétation, manque d’eau, irrigation, arguments sur les lignes, idée de W. H. Pickering, oasis, « dernier rivet » d’après la préface de la quatrième édition, conclusion ; jugement du biographe sur le rasoir d’Ockham) et chap. XII (demande de traduction en chinois) ; W. W. Campbell, compte rendu de Mars, 1896 (citation de Lowell sur la méfiance de l’homme envers ce qui lui ressemble). Le diamètre des oasis (120 à 150 miles) est celui que donne Lowell.
Chapitre 10 · 1896 La charge de la preuve
En 1896, la revue Science publie le compte rendu du livre Mars par un astronome de l’observatoire Lick, en Californie, William Wallace Campbell. Il commence par un hommage à Schiaparelli, dont l’œuvre porte, dit-il, « l’empreinte d’un esprit scientifique par excellence », parce qu’il s’attachait aux faits plutôt qu’à une théorie. Puis il ouvre le livre de Lowell. Et il rappelle ce que celui-ci avait dit à Boston, le 22 mai 1894, avant d’avoir observé.
Une conclusion connue d’avance
Campbell cite la conférence d’après le journal qui l’a rapportée. Lowell y annonçait que l’explication la plus évidente des canaux était sans doute la bonne : l’œuvre d’êtres intelligents. « On verra, écrit Campbell, que les résultats de M. Lowell concordent parfaitement avec ses vues préalables. » Il note avec ironie que le livre met longuement en garde contre les préjugés des observateurs, et conclut : « Je suppose donc qu’il nous faudra oublier sa remarquable conférence préliminaire. »
Le monde ne le fuit pas
Lowell pensait que le monde refuserait l’idée de Martiens. Campbell répond qu’il se trompe : il a pris le parti le plus populaire de la question scientifique la plus populaire du moment. Le public brûle de voir découvrir une vie intelligente sur Mars, et tout défenseur de cette idée trouve aussitôt une large audience. Les savants, eux, sont prêts à admettre la vie partout où le milieu s’y prête. Mais par sa taille, et sans doute par son état physique, Mars est plus proche de la Lune, sans vie, que de la Terre. « Ceux qui défendent ce point de vue doivent se préparer à porter la charge de la preuve. »
Les détails
Campbell relève ensuite des faiblesses précises. Les irrégularités du bord éclairé de la planète sont attribuées tantôt à l’atmosphère, tantôt au sol, selon les besoins de l’argument. Des hauteurs y sont données au millième de seconde d’angle, alors que tout astronome sait que le dixième est déjà incertain. Une affirmation de géométrie sur l’aspect des grands cercles est fausse. Et les dessins de Mars par différents observateurs diffèrent, même au même télescope, la même nuit : ceux des trois observateurs de Flagstaff ne font pas exception.
Il accorde aussi ce qui est dû. Lowell mérite un grand crédit pour avoir consacré si généreusement sa fortune à un observatoire, pour avoir cherché le meilleur air possible, et pour avoir compris la nécessité d’observations continues et systématiques. Le livre est écrit dans un style vif et il est parfaitement illustré.
Deux défauts
Mais, conclut Campbell, il a deux défauts graves. Les théories qu’il avance sont pour la plupart anciennes, proposées par Schiaparelli, Pickering, Flammarion et d’autres. Et surtout, un argument aussi élaboré en faveur d’une vie intelligente, fondé sur un cycle complet de saisons, repose sur des observations couvrant un quart d’une seule année martienne.
Le directeur du Lick, Edward Holden, avait déjà dit qu’il ne voyait pas les canaux. Le Lick et Flagstaff resteront longtemps des adversaires.
Sources : W. W. Campbell, « Mars, by Percival Lowell », compte rendu paru dans Science et repris dans les Publications of the Astronomical Society of the Pacific, vol. 8, 1896 (toutes les citations et critiques de ce chapitre) ; A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. IX et XI (E. Holden, rivalité avec le Lick).
Chapitre 11 · 1895 – 1897 La lunette de vingt-quatre pouces
Un soir de décembre 1895 ou de janvier 1896, à Paris, Percival Lowell dîne chez Camille Flammarion, l’astronome et romancier passionné de Mars, qui suit ses travaux de Flagstaff. Il raconte la soirée à son père : ils sont quatorze, assis autant que possible sur des chaises ornées des signes du zodiaque, sous un plafond peint en ciel bleu pâle semé de petits nuages. « Flammarion, écrit-il, est astronomique ou n’est rien. »
Le tour des observatoires
L’observatoire de 1894 n’était qu’une expédition. Au printemps de 1895, les lunettes louées sont rendues à leurs propriétaires, la coupole démontée, le reste mis en caisses. Mais Lowell a déjà commandé aux fabricants Alvan Clark et fils un objectif de vingt-quatre pouces, environ soixante et un centimètres.
Sa mère est morte en mars 1895. Le flot quotidien de ses lettres s’est tari.
Le 10 décembre 1895, il s’embarque pour l’Europe avec Alvan G. Clark, le dernier survivant des frères opticiens. À l’entrée du Solent, le paquebot s’échoue sur un écueil, près des Needles : c’est, dit-il, la faute d’un pilote de soixante-treize ans. Des remorqueurs débarquent les passagers à Southampton. À Paris, il voit le verrier Édouard Mantois, qui a coulé le disque de son nouvel objectif. Il parle de Mars à la Société astronomique de France.
De là, il passe en Algérie avec un ami, Ralph Curtis, pour essayer l’air au bord du Sahara. Il organise une petite caravane, la lunette sur le dos d’une mule. L’air est très transparent, mais les étoiles scintillent fort : il est instable. L’Afrique du Nord est éliminée.
Chez Schiaparelli
Sur le chemin du retour, il s’arrête à Milan, à l’observatoire de Brera, pour voir Schiaparelli. Ils comparent leurs observations, à la satisfaction de Lowell. Le vieil astronome lui paraît encore dans la force de l’âge, mais il dit ne plus attendre de découvertes, et qu’à l’opposition précédente le mauvais temps ne lui a presque rien laissé voir. Son manteau, écrit le frère de Lowell, était définitivement passé sur les épaules de Percival.
Le dernier grand objectif des Clark
Lowell est de retour à New York le 28 mars 1896. À la mi-juillet, il arrive à Flagstaff avec Clark. Le tube de la nouvelle lunette est si juste pour la coupole qu’il faut hisser l’objectif par la trappe d’observation : « un sacré travail », écrit-il, pour une chose si lourde et si délicate. Le lendemain, à deux heures et demie du matin, les observations commencent. Ce sera, selon Lowell, le dernier grand objectif sorti des ateliers Clark.
L’observatoire est désormais permanent. Lowell fait bâtir des maisons sur la colline. Un astronome, Thomas See, arrive pour étudier les étoiles doubles. On découvre que l’air de Flagstaff, de jour, permet aussi d’observer Mercure et Vénus.
L’hiver au Mexique
L’hiver, l’air de Flagstaff est moins bon. En décembre 1896, Lowell fait démonter la lunette et la transporte au Mexique, à Tacubaya, près de la capitale, à près de deux mille trois cents mètres d’altitude. Le président et l’observatoire national l’accueillent avec bienveillance. Pour le grand objectif, les résultats sont décevants. Au printemps de 1897, tout repart pour Flagstaff.
Lowell, lui, rentre à Boston. Il est à bout.
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. IX à XI (démontage de 1895, commande de l’objectif, mort de la mère, voyage du 10 décembre 1895 et échouage, Mantois, dîner chez Flammarion et lettre au père, conférence, Algérie avec R. Curtis, visite à Schiaparelli, retour du 28 mars 1896, installation de juillet 1896, maisons, T. J. J. See, observations de jour, Mexique, retour de la lunette en mai 1897) ; texte de P. Lowell destiné aux Annales (dernier grand objectif des Clark, Tacubaya à 7 500 pieds). La date exacte du dîner chez Flammarion n’est pas donnée : Lowell est à Paris environ trois semaines à partir de la mi-décembre 1895.
Quatrième partie
La bataille des canaux
1897 – 1914
Chapitre 12 · 1897 – 1900 Festina lente
Le 22 janvier 1898, depuis les Bermudes, Percival Lowell envoie à son père une lettre de quelques lignes. Il y joint la copie d’une demande venue de Chine : on souhaite traduire son livre Mars. Et il ajoute deux devises latines : Festina lente, « hâte-toi lentement », est désormais, dit-il, la devise de la nature à son égard ; et il essaie de ne jamais revenir en arrière. L’homme qui observait toute la nuit et écrivait tout le jour est malade depuis des mois.
L’effondrement
Au printemps de 1897, il est rentré du Mexique nerveusement brisé. Il avait tenu des jours et des nuits sans dormir assez, porté par sa recherche. L’épuisement l’a rattrapé. Les médecins le mettent au lit un mois dans la maison de son père à Brookline, ce qu’il jugera toujours une erreur. Commence une lente remontée, avec des hauts et des bas, qui dure environ trois ans. Les lettres de cette période sont rares et courtes. L’une, de janvier 1899, tient en une phrase : il allait beaucoup mieux, il ne dort plus bien, « ainsi va la vie ».
L’éclipse de Tripoli
Au début de 1900, il va assez bien pour organiser avec le professeur Todd, de l’université d’Amherst, une expédition pour observer une éclipse totale de Soleil à Tripoli, alors possession turque. Il a retrouvé son humour : il présente son journal de voyage comme « la suite du Valet et le valétudinaire », un titre de pure fantaisie qui résume ses trois années de malade.
En chemin, il passe plusieurs semaines sur la Riviera. Il y retrouve le philosophe William James, qui se remet lui aussi d’un épuisement nerveux. Ils se voient tous les jours. Lowell se promène seul, étudie les arbres et les insectes. « Je peux converser avec les plantes, note-t-il, parce qu’elles ne répondent pas. »
L’éclipse a lieu fin mai, sous un ciel clair. Tout se passe bien. Il note, amusé, ce que disent des Arabes de la ville : avant, que les chrétiens mentaient ; après, qu’ils n’avaient pas à le savoir, n’étant pas croyants.
À Paris, l’Exposition universelle est ouverte. Il y trouve son envoi de Flagstaff relégué dans un coin du Palais de l’optique, et quatre de ses dessins de Mars accrochés sans étiquette. « Je me suis senti peiné pour les pauvres orphelins. »
Peu avant de rembarquer, il apprend par télégramme la mort de son père, au cours d’une opération.
Les arbres de Chocorua
Il passe la fin de l’été 1900 dans une ferme louée à Chocorua, dans le New Hampshire. Il dresse la liste des arbres et des arbustes des bois et des marais, par ordre d’abondance. Ce goût ne le quittera plus. À Flagstaff, il enverra plus tard des spécimens à l’Arnold Arboretum de Harvard ; un chêne trouvé près de son observatoire pourrait être une espèce nouvelle.
Au printemps de 1901, il est rétabli. Mars approche de nouveau.
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. XII (effondrement du printemps 1897, mois au lit, convalescence d’environ trois ans, lettres du 22 janvier 1898 et du 17 janvier 1899, demande de traduction en chinois, expédition de Tripoli avec le professeur Todd, titre du journal, Riviera et W. James, citation sur les plantes, éclipse, propos des habitants, Exposition de 1900, mort du père, Chocorua) et chap. XII (mémoire de C. S. Sargent : spécimens envoyés à l’Arnold Arboretum à partir de 1910, chêne) ; chap. XIII (rétablissement au printemps 1901). Le biographe date l’éclipse de quatre jours après l’arrivée à Tripoli, le 24 mai 1900.
Chapitre 13 · 1900 – 1903 Une machine, puis un esprit
En décembre 1900, Percival Lowell envoie aux astronomes, par la voie télégraphique habituelle, une observation de la nuit précédente : une « projection » a été vue au bord de Mars pendant soixante-dix minutes. La presse s’en empare. En Amérique et en Europe, on annonce que les Martiens essaient d’envoyer des signaux à la Terre. Un an plus tard, devant la Société philosophique américaine, Lowell donne l’explication : c’était le reflet d’un nuage à l’horizon de la planète.
Les nouveaux venus
Au printemps de 1901, rétabli, il reprend l’observation. Les oppositions de 1901, 1903 et 1905 sont moins favorables que celle de 1894 : Mars passe plus loin de la Terre. Mais elles montrent l’autre hémisphère, celui du nord, avec sa calotte et ses saisons.
Douglass quitte l’observatoire peu après le retour de Lowell. Le biographe dit seulement que « ses services prirent fin ». L’encyclopédie Wikipédia rapporte que Douglass, d’après ses propres expériences, en vint à expliquer les observations des canaux en termes essentiellement psychologiques.
Deux jeunes hommes arrivent : Vesto Melvin Slipher en 1901, Carl O. Lampland en 1902. Ils resteront toute leur vie à Flagstaff, et feront chacun une œuvre importante.
Le dessinateur effacé
Observer à toutes les heures de la nuit est un travail exigeant. « Une patience obstinée, écrit Lowell, est le chemin des résultats en science, et le plus court à la fin. »
Il expose sa méthode. Chaque dessin de la planète doit être, autant que possible, un instantané : il ne couvre que quelques minutes d’observation, et doit être fait comme si l’observateur n’avait jamais vu Mars auparavant. « L’homme, écrit-il, s’efface dans la manière. Cet effacement mental est aussi vital pour une bonne observation que l’affirmation mentale l’est ensuite pour un raisonnement fécond. Car un homme doit être une machine pour recueillir ses données, un esprit pour les coordonner. Inverser le procédé, comme on le fait parfois, ne sert pas la science. »
La phrase dit exactement ce qu’il croit faire. Campbell, on l’a vu, lui reprochait précisément l’inverse : avoir eu sa théorie avant ses données.
Le fil qui apparaît
Il a décrit ce qu’on éprouve à l’oculaire. L’observateur, dans un air calme, note d’abord la calotte blanche et le contour net des régions sombres. Puis, soudain, il a la vision d’un fil tendu à travers l’orangé du disque. Le fil disparaît aussitôt. L’observateur doute de ses yeux. Aucun effort ne le fait revenir ; puis il revient, aussi brusquement. Après trois ou quatre apparitions, il est convaincu que la chose est réelle, sans savoir encore où elle se trouve. À force de guetter les meilleurs instants, et sachant ce qu’il doit voir, il la voit de plus en plus souvent. Un fil, puis un autre. Et chacun revient toujours à sa place.
« Sachant ce qu’il doit voir. » Lowell écrit ces mots comme une condition de la réussite. On a vu que son frère en reconnaissait aussi le danger.
Combien de largeur ?
Pour savoir jusqu’à quelle finesse un trait peut être aperçu, Lowell fait des expériences avec des fils de métal observés à distance. Il en conclut qu’à Flagstaff un canal martien serait visible jusqu’à environ un mille de large, soit un kilomètre et demi. Les canaux, estime-t-il, mesurent de quelques kilomètres à une trentaine. Le nombre des oasis relevées monte à cent quatre-vingt-six.
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. XIII (télégramme de décembre 1900 et explication devant l’American Philosophical Society, retour de 1901, oppositions de 1901, 1903 et 1905, départ de Douglass, arrivée de V. M. Slipher et C. O. Lampland, citations de Lowell sur la patience et sur la méthode, description de l’apparition d’un canal d’après Mars and its Canals, expérience des fils, largeurs, 186 oasis). L’évolution de Douglass vient de l’article « Martian canals » de Wikipédia en anglais (source tertiaire).
Chapitre 14 · 1903 Cent quarante-trois nuits
Du 6 avril au 26 mai 1903, Percival Lowell dessine la planète Mars toutes les vingt-quatre heures, sans en manquer une. Le reste de la saison n’atteint pas cette perfection, mais aucune grande lacune ne s’y glisse : cent quarante-trois nuits en tout. Il fait tous les dessins lui-même. Il ne veut pas que les différences d’appréciation entre observateurs faussent sa mesure.
Ce qu’il mesure
Il veut prouver une chose : que les canaux, c’est-à-dire, selon lui, les bandes de végétation le long des voies d’eau, s’éveillent les uns après les autres, à mesure que l’eau descend des pôles vers les tropiques.
Aucun instrument ne peut alors mesurer l’intensité d’une ligne sur Mars. Il faut l’estimer à l’œil, dessin après dessin. Une difficulté s’ajoute : Mars tourne sur elle-même environ quarante minutes plus lentement que la Terre. Une région donnée se présente donc chaque nuit quarante minutes plus tard, puis disparaît pour plusieurs semaines. Lowell s’en accommode, les changements étant lents.
Pour cent neuf canaux, il utilise environ cent dessins chacun. Cela fait, écrit-il, dix mille neuf cents déterminations distinctes. Pour chaque canal, il trace la courbe de sa visibilité au fil de la saison. Il l’appelle son « cartouche ».
La vague
En rassemblant les cartouches par bandes de latitude, il obtient ce qu’il cherchait. Le réveil des canaux descend du nord vers le sud, du cercle arctique de Mars jusqu’au-delà de l’équateur, en environ quatre-vingts jours martiens. De 72 degrés de latitude nord à l’équateur, soit quatre mille trois cents kilomètres, il compte cinquante-deux jours, soit quatre-vingt-deux kilomètres par jour, un peu plus de trois kilomètres à l’heure.
Sur Terre, remarque-t-il, c’est l’inverse : la végétation se réveille d’abord près de l’équateur, et le printemps monte vers le pôle, parce que ce qui fait monter la sève est la chaleur du Soleil. Sur Mars, ce qui manque, c’est l’eau, et elle vient des calottes.
« Aucune échappatoire »
Il pousse plus loin. Sur une planète en équilibre, la pesanteur n’entraîne pas l’eau du pôle vers l’équateur. Rien ne la fait couler d’elle-même dans ces canaux, et elle y circule deux fois par an, dans un sens puis dans l’autre, selon le pôle qui fond. « Aucune force naturelle ne la pousse, écrit-il, et l’inférence est directe et inévitable : on l’aide artificiellement à atteindre son but. Il semble n’y avoir aucune échappatoire à cette déduction. » Les Martiens n’auraient donc pas seulement creusé les canaux : ils pomperaient l’eau.
Ceux qui doutent de ses dessins l’agacent de plus en plus. Il écrit que les lignes ont une précision si géométrique qu’elles paraissent artificielles même à ceux qui ne les ont pas vues, au point que ces sceptiques accusent le dessinateur de les avoir inventées. Ils sont ainsi, dit-il, conduits à nier le fait. « Le fait saura se défendre et sera reconnu avec le temps. »
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. XIII (méthode et chiffres de 1903 d’après Mars and its Canals : 6 avril-26 mai, 143 nuits, dessins faits par Lowell seul, rotation, « présentations », 109 canaux, 10 900 déterminations, cartouches, vague du nord au sud, 52 jours de 72° N à l’équateur, 2 650 miles, 51 miles par jour, 2,1 miles à l’heure, comparaison avec la Terre, argument du pompage et citation, réponse aux sceptiques et citation). Les distances sont converties des miles.
Chapitre 15 · 1905 – 1907 « Je n’aurais jamais cru cela possible »
En 1905, à Flagstaff, Carl Lampland développe des plaques photographiques de Mars. On y distingue des canaux : trente-huit en tout, dont un double. Quand il l’apprend, Giovanni Schiaparelli écrit à Lowell, étonné : « Je n’aurais jamais cru cela possible. » La Société royale de photographie de Grande-Bretagne décerne sa médaille à Lampland.
L’œil contre la plaque
Pendant des années, on a opposé à Lowell une objection simple : ses canaux, on ne les voit que sur ses dessins. Photographier Mars semblait la réponse. Mais Lowell explique pourquoi la chose est difficile. La plaque photographique a un avantage sur l’œil : son action s’accumule ; plus on la laisse exposée, plus elle enregistre, et c’est ainsi qu’elle révèle des étoiles qu’aucun œil n’a vues. Mais pour la finesse des détails, l’œil l’emporte. L’air tremble sans cesse ; l’œil, par sa vivacité, saisit les bons instants parmi les mauvais. La plaque, trop lente, enregistre tout, le bon avec le mauvais, et brouille l’image.
En 1901, les essais échouent. Lampland, nouveau venu, reprend le problème en 1903. Les plaques s’améliorent sans montrer les canaux. Il ajuste le télescope, essaie toutes sortes d’émulsions, des plus rapides aux plus fines. En 1905, les lignes apparaissent.
Pour le frère de Lowell, la question de l’existence des canaux fut ainsi tranchée « quand il devint possible de les photographier ». Ce ne sera pas le jugement de l’histoire : quatre ans plus tard, d’autres photographies de Mars, prises à l’observatoire du Pic du Midi, contribueront au contraire à discréditer les canaux.
Une expédition dans les Andes
Lowell veut des preuves plus nettes. En 1907, il envoie un de ses astronomes, Slipher, avec le professeur Todd, d’Amherst, photographier Mars depuis les Andes, sous un air plus favorable. Les clichés paraissent dans le magazine Century en décembre.
La même année, le 15 mai, il écrit une longue lettre à l’astronome Simon Newcomb, alors au sommet de sa grande réputation, qui soutient que la continuité des canaux est une illusion d’optique. Lowell lui expose toutes les raisons de croire qu’elle ne l’est pas.
Le romanesque du fait
À la fin de ces trois oppositions, Lowell écrit un passage qui dit beaucoup de lui. Certains, dit-il, pensent que l’étrangeté même de la vie martienne la rend moins intéressante. Il juge cette vue courte. Plus cette vie diffère de la nôtre, plus elle pique la curiosité. Enfants, nous peuplions le vide de lutins et d’esprits. En vieillissant, nous échangeons seulement « le romanesque de la fiction contre le romanesque plus palpitant du fait ». Nous exigeons la réalité ; mais pourvu qu’elle soit réelle, plus elle est étrange, plus elle nous plaît.
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. XIII (essais photographiques de 1901, 1903 et 1905, 38 canaux dont un double, lettre de Schiaparelli, médaille de la Royal Photographic Society, citations de Lowell sur l’œil et la plaque et sur le romanesque du fait, jugement du biographe) et chap. XVI (lettre à S. Newcomb du 15 mai 1907, expédition dans les Andes avec le professeur Todd, publication dans le Century). Le biographe nomme l’astronome envoyé dans les Andes « Dr. Slipher », sans préciser lequel des deux frères Slipher. Les photographies du Pic du Midi de 1909 sont mentionnées par l’article « Martian canals » de Wikipédia en anglais (source tertiaire).
Chapitre 16 · 1906 – 1909 Comme un soir d’opéra
À l’automne de 1906, à Boston, Percival Lowell donne huit conférences au Lowell Institute, une fondation créée par un de ses parents. Le titre en est : « Mars, demeure de la vie ». La salle est comble ; il faut répéter chaque conférence. C’est, dit la préface du livre qui en sortira, la série la plus courue de toute l’histoire de l’Institut. Et c’est son propre frère, Abbott Lawrence, administrateur de la fondation, qui la lui avait proposée. Sa secrétaire, Louise Leonard, se souvient que les rues voisines étaient alors encombrées de voitures et d’attelages « comme un soir de grand opéra ».
Trois livres
En trois ans, il publie trois livres sur le même sujet. Mars and its Canals, « Mars et ses canaux », paraît en décembre 1906, dédié à Schiaparelli. Ce n’est pas une suite du livre de 1895, mais une présentation entièrement nouvelle, nourrie de douze ans d’observations. Les conférences de 1906, publiées d’abord en six articles dans le Century Magazine, deviennent en 1908 Mars as the Abode of Life. Et des conférences données à l’Institut de technologie du Massachusetts, dont il est professeur sans résidence, deviennent en 1909 The Evolution of Worlds, « L’évolution des mondes ».
Dans la préface de Mars and its Canals, il dit pourquoi il écrit pour tous. Exposer la science sous une forme compréhensible, écrit-il, est aussi obligatoire que de la présenter techniquement. Si les hommes doivent en profiter, il faut la mettre à leur portée. Celui qui maîtrise son sujet doit en être capable : c’est la meilleure épreuve de sa maîtrise.
Son frère reconnaît que ces livres pour le public ont pu éloigner de lui des savants, peu disposés à admettre ses découvertes et méfiants envers un style d’homme de lettres.
La planétologie
Au-delà de Mars, Lowell a une idée d’ensemble. Toutes les planètes, pense-t-il, naissent d’une même nébuleuse et passent par les mêmes étapes, plus ou moins vite selon leur taille. La vie y apparaît inévitablement quand les conditions le permettent, puis décline quand l’eau se retire. Mars, plus petite, serait plus vieille que la Terre dans cette histoire : un monde en fin de vie. Pour l’étude de cette histoire des planètes, il propose un mot : la « planétologie ». Elle doit, écrit-il, jeter un pont entre l’hypothèse nébulaire et la théorie de Darwin.
Le monde entier
La presse du monde entier, en Amérique, en Angleterre, en France, en Allemagne, commente ses idées, surtout l’existence des Martiens et de leurs canaux. On rapporte que l’inventeur de la radio, Guglielmo Marconi, a annoncé une communication sans fil avec eux dans quelques années.
Ses journées gardent leur rythme furieux. Il fait des conférences, écrit pour les revues, gère sa fortune et la succession de son père, suit par courrier ses calculateurs de Boston et ses observateurs de Flagstaff, et prend lui-même son tour d’observation : « Jupiter avant le dîner et Mars à quatre heures du matin ». À un correspondant qui lui demande conseil, il répond, en décembre 1907, que « la meilleure et ultime éducation doit toujours être donnée par soi-même ».
En Europe, on l’honore plus qu’en Amérique. En 1904, la Société astronomique de France lui a décerné sa médaille Janssen. Il fait des conférences à la Sorbonne, en français, et à Berlin, en allemand.
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. XIII et XIV (Mars and its Canals, préface et dédicace, accueil des savants, conférences de 1902 et de 1906, articles du Century, livres de 1908 et 1909, planétologie, conclusions générales de Lowell sur l’évolution et la vie) et chap. XVI (presse, Marconi, rythme de vie, citation de décembre 1907, médaille Janssen, conférences en Europe) ; L. Leonard, Percival Lowell: An Afterglow, 1921 (affluence des conférences, conférences à Paris et Berlin dans la langue du pays) ; P. Lowell, Mars as the Abode of Life, 1908, préface et dédicace (série la plus courue, proposée par A. L. Lowell). La préface situe les séances répétées l’après-midi, Louise Leonard le soir.
Chapitre 17 · 1908 Une enquête de détective
« La découverte d’une vérité dans le ciel ne diffère en rien, sinon par son sujet, de la découverte d’un crime sur la Terre. » Ainsi commence le chapitre le plus important de Mars as the Abode of Life, paru en décembre 1908. Il s’intitule « Preuves de la vie sur Mars ». Percival Lowell y présente sa thèse comme une enquête policière : il faut d’abord réunir les indices, puis trouver un mobile. Le coupable, ici, est une civilisation.
Le mobile
Un fait isolé ne prouve rien, écrit Lowell. Il faut une théorie qui ne soit contredite par aucun fait et qui donne une raison à tous. Recueillir les faits sans chercher la cause, c’est faire, dit-il, le travail d’un simple commis de la science.
Le mobile qu’il propose est la soif. Sur une planète qui vieillit, l’eau se retire. Une espèce intelligente, pense-t-il, finit par l’emporter sur toutes les autres, comme l’homme a exterminé le bison et domestiqué le chien. Elle devient maîtresse de la planète entière. Ses actes se voient donc à l’échelle du globe. Et quand l’eau vient à manquer, aller la chercher devient sa première préoccupation, celle dont la trace serait la première visible de loin.
Une planète unie
Le réseau des canaux couvre Mars d’un pôle à l’autre. Lowell y voit la preuve d’un seul dessein. Non seulement une espèce possède toute la planète, écrit-il, mais ses subdivisions doivent travailler ensemble à un but commun. « Les nations doivent avoir renoncé à leurs patriotismes locaux pour une vue plus large, et la planète être une unité tournée vers le bien général. »
Il imagine comment l’œuvre a pu naître : petite d’abord, quand l’eau manqua localement, puis allant la chercher plus loin, comme nos grandes villes vont capter un fleuve ou un lac, jusqu’aux pôles. Il ne voit pas là une difficulté. Sur Mars, la pesanteur ne vaut que trente-huit pour cent de celle de la Terre. Des êtres y seraient plus grands et plus forts : « un éléphant sur Mars sauterait comme une gazelle ». Creuser y serait, calcule-t-il, sept fois plus facile. Et il n’y a pas de montagnes pour gêner les tracés.
Ce qu’on voit des canaux, répète-t-il, n’est pas l’eau, mais la bande cultivée qu’elle fait pousser. Le conduit lui-même est un fil invisible, sans doute couvert pour empêcher l’évaporation.
Les villes
Il va plus loin, en prévenant qu’il sépare désormais la conjecture de la déduction. Les oasis pâlissent à certaines saisons, sauf un petit noyau sombre. Ce noyau pourrait être la marque d’une population permanente : des villes. Les plus grandes, d’environ cent vingt kilomètres, auraient la place de vivre et de se nourrir. Tokyo, remarque-t-il, mesure seize kilomètres sur seize.
Une civilisation condamnée
Sa conclusion mêle l’enthousiasme et la tristesse. Il est émouvant, écrit-il, qu’une intelligence fasse connaître son existence à travers l’espace par l’ouvrage de son esprit, comme les hommes survivent à leur mort par ce qu’ils ont écrit. Ces êtres, plus avancés que nous sur le chemin de l’évolution, nous ôtent toute place unique dans le système solaire, comme Copernic a ôté à la Terre sa place au centre du monde ; et le monde y a survécu.
Mais leur sort est scellé. Le dessèchement continuera jusqu’à ce que la surface ne puisse plus porter aucune vie. « Lentement mais sûrement, le temps l’éteindra. » Alors la planète roulera dans l’espace comme un monde mort.
Ce chapitre contient l’image qui a fait le tour du monde : celle d’une Mars très ancienne, sage et mourante. Lowell la présente comme une déduction, et il écrit n’avoir « cédé à aucune spéculation ».
Sources : P. Lowell, Mars as the Abode of Life, New York, Macmillan, décembre 1908, chap. VI « Proofs of Life on Mars » (toutes les citations et tous les arguments de ce chapitre : enquête et mobile, théorie, espèce dominante, unité de la planète, croissance progressive du réseau, pesanteur de 38 %, éléphant, travail sept fois plus facile, absence de montagnes, conduit couvert, oasis et noyaux, 75 miles, Tokyo de dix milles sur dix, Copernic, extinction). Ouvrage du domaine public. Les distances sont converties des miles.
Chapitre 18 · 1907 Absolument inhabitable
En octobre 1907, dans sa maison de Broadstone, dans le Dorset, en Angleterre, un vieil homme de quatre-vingt-quatre ans signe la préface d’un petit livre. Il s’appelle Alfred Russel Wallace. Un demi-siècle plus tôt, en même temps que Charles Darwin, il a découvert le principe de la sélection naturelle. Son livre est une réponse à Percival Lowell. Il s’intitule Is Mars Habitable?, « Mars est-elle habitable ? ». La réponse tient dans son dernier mot, écrit en capitales : INHABITABLE.
Le climat du sud de l’Angleterre
Wallace avait conclu dès 1902 que Mars ne pouvait pas porter la vie. Il voulait d’abord écrire un simple compte rendu de Mars and its Canals. Un article de Lowell l’a décidé à faire davantage. En juillet 1907, dans une revue de physique, le Philosophical Magazine, Lowell a soutenu par le calcul que Mars, malgré sa distance au Soleil et son atmosphère très mince, avait un climat en moyenne égal à celui du sud de l’Angleterre.
Wallace, aidé d’un physicien de Birmingham, John Poynting, répond que Lowell a négligé l’effet d’une atmosphère épaisse, qui retient la chaleur. Une atmosphère mince laisse arriver plus de soleil, mais elle laisse fuir encore davantage de chaleur. La preuve est sous nos yeux : sur Terre, même sous l’équateur, les hautes montagnes sont couvertes de neiges éternelles, alors que l’air y est bien plus dense que sur Mars. Et la Lune, sans atmosphère, est glaciale.
Trois preuves
Wallace résume son argument en trois points. Même avec une atmosphère aussi épaisse que la nôtre, Mars, si loin du Soleil, aurait une température moyenne bien inférieure au point de congélation. Son atmosphère mince la refroidit encore. Enfin, selon un autre savant, George Johnstone Stoney, la vapeur d’eau ne peut pas y subsister, et Lowell n’a pas essayé de le réfuter. La vie animale, à plus forte raison supérieure, ne peut donc pas y exister.
Le bon sens d’un naturaliste
Le vieux naturaliste pose aussi des questions de bon sens. Lowell, écrit-il, n’a jamais discuté l’insuffisance de l’eau pour une irrigation à l’échelle d’une planète. Dans un désert comme celui qu’il décrit, l’évaporation de canaux longs de milliers de kilomètres consommerait dix fois l’eau disponible. Et pourquoi les Martiens n’auraient-ils pas d’abord irrigué les terres proches des calottes, là où se trouve l’eau, avant de creuser des canaux à travers des déserts vers des régions lointaines ? Comment auraient-ils seulement connu l’existence de l’équateur ?
Wallace propose aussi une explication naturelle : les canaux et les oasis seraient des fissures, nées de la formation particulière de la planète. Cette explication-là ne résistera pas non plus.
Ses arguments sur le froid et le manque d’eau, en revanche, s’avéreront justes.
Sources : A. R. Wallace, Is Mars Habitable? A Critical Examination of Professor Percival Lowell’s Book « Mars and its Canals », with an Alternative Explanation, Londres, Macmillan, 1907 (préface datée de Broadstone, octobre 1907 ; conclusion de 1902 ; article de Lowell de juillet 1907 dans le Philosophical Magazine ; aide de J. H. Poynting ; argument des altitudes et de la Lune ; trois preuves ; G. Johnstone Stoney ; questions sur l’eau et l’évaporation ; explication géologique ; dernier mot du livre). L’âge de Wallace et sa découverte de la sélection naturelle relèvent de l’histoire générale. Le jugement sur la justesse de ses arguments s’appuie sur les mesures de la sonde Mariner 4 en 1965, rapportées plus loin.
Chapitre 19 · 1908 – 1910 « Seeing good »
En octobre 1908, Constance Lowell doit retrouver son mari dans le train de Flagstaff, à la gare du Sud de Boston, à deux heures de l’après-midi. Soucieuse de montrer sa ponctualité, elle monte dix minutes à l’avance. Percival arrive, sa montre à la main, deux minutes avant l’heure. « À quelle heure êtes-vous arrivée ? » Elle répond fièrement : « Oh, il y a environ dix minutes. » Il lui dit : « Je considère cela aussi peu ponctuel que d’être en retard. Pensez à tout ce qu’on aurait pu faire en dix minutes ! » Elle a raconté qu’elle ne l’avait jamais oublié.
Le mariage
Percival Lowell a épousé Constance Savage Keith le 10 juin 1908. Il a cinquante-trois ans. Le couple part pour l’Europe à la fin du mois.
À Londres, Lowell retrouve un cousin, le météorologiste Abbott Lawrence Rotch, qui a fondé lui aussi un observatoire à ses frais, près de Boston. Lowell veut voir comment des lignes mesurables apparaissent sur une photographie prise d’en haut. Il monte en ballon avec son cousin et photographie les allées de Hyde Park. Sa femme est du voyage. Un journal, ne résistant pas à la tentation, publie un dessin imaginaire : un astronome et une mariée en robe blanche faisant leur voyage de noces dans la nacelle d’un ballon.
À la Sorbonne, où il donne une conférence en français, Constance entend un Français s’exclamer derrière elle : « Mais il est même spirituel en français ! »
La vie sur la colline
Elle a laissé un récit de ses années à Flagstaff. Au soir du troisième jour de train, ils arrivent dans une neige si épaisse qu’elle atteint la marche du wagon. Les hommes de l’observatoire sont sur le quai. Leurs premiers mots sont : « Seeing good », l’air est bon pour observer. Percival saute dans la neige et part aussitôt au télescope avec Earl Slipher.
La maison de Mars Hill est longue, en bardeaux. Le salon est tapissé de demi-rondins avec leur écorce. Le soir, on entend les insectes travailler dans le bois ; des rats descendent du grenier. Les domestiques venus de l’Est repartent souvent au bout de quelques jours, attirés par la Californie toute proche. Constance finit par faire la cuisine elle-même ; les épouses des astronomes Slipher et Lampland lui apprennent à faire le pain et la soupe. Percival appellera plus tard ces semaines « des jours heureux et paisibles ».
Elle a vu, dit-elle, les oreilles et les pouces gelés des observateurs, leur faim, leur fatigue, et jamais une plainte. On lui demanda un jour si son mari était athée. Elle lui posa la question. Il répondit qu’il croyait à l’obéissance aux lois, et au chaos qui suivrait si on ne les respectait pas. Il citait volontiers la Bible, les versets de la Genèse sur les lumières du ciel.
Des visiteurs
En août 1910, une trentaine d’astronomes de l’Union internationale pour la recherche solaire, en route pour Pasadena, s’arrêtent une journée entière à l’observatoire. Parmi eux, l’Anglais Herbert Hall Turner. Constance ne trouve à leur servir en quantité suffisante que des pastèques. Elles feront le succès de la visite.
Un Noël, les Lowell invitent tous les enfants de Flagstaff à l’observatoire. Percival, déguisé en Père Noël, leur parle par la cheminée, puis descend dans la bibliothèque distribuer un cadeau à chacun.
Sa secrétaire, Louise Leonard, a gardé de lui d’autres souvenirs. Il disait aimer que les gens viennent, « et aimer qu’ils s’en aillent ». Il fumait cigare sur cigare après le dîner. Il avait pour devise « non le possible, mais l’impossible », et tout ce qu’il demandait devait se faire « tout de suite ». Il cultivait des courges et des citrouilles sur la colline, et escaladait les San Francisco Peaks pour y étudier les arbres.
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. XVI (mariage du 10 juin 1908, voyage, A. L. Rotch, ballon et photographies de Hyde Park, dessin de presse, Sorbonne ; récit de Constance Lowell : ponctualité, arrivée sous la neige, « Seeing Good », maison, domestiques, cuisine, observateurs, question sur l’athéisme, visite d’août 1910, H. H. Turner, pastèques, Noël) ; L. Leonard, Percival Lowell: An Afterglow, 1921 (hospitalité, cigares, devise, « tout de suite », courges, San Francisco Peaks). Le récit de Constance Lowell nomme « Mr. E. C. Slipher » ; son prénom, Earl, est celui de l’usage courant.
Chapitre 20 · 1909 – 1914 Les grands télescopes
En 1909, quand Mars passe de nouveau au plus près de la Terre, l’astronome Eugène Antoniadi l’observe à l’observatoire de Meudon, près de Paris, avec une grande lunette de quatre-vingt-trois centimètres d’ouverture ; celle de Lowell en a soixante et un. Il ne voit pas de canaux.
L’année 1909
Selon l’encyclopédie Wikipédia, la même année, le grand télescope de soixante pouces du mont Wilson, en Californie, permet d’observer de plus près les structures que Lowell interprétait comme des canaux, et révèle des formes géologiques irrégulières. Les photographies prises à l’observatoire du Pic du Midi, dans les Pyrénées, contribuent à discréditer les canaux. La spectroscopie commence à montrer qu’il n’y a pas d’eau dans l’atmosphère martienne.
On savait depuis 1903 une autre chose, établie par deux Anglais, Joseph Evans et Edward Maunder. Par des expériences visuelles faites avec des écoliers volontaires, ils avaient montré comment des canaux pouvaient naître d’une illusion d’optique : vus à travers un instrument médiocre, de nombreux petits points semblent se relier en lignes.
Lowell ne change pas d’avis. Le 9 septembre 1909, à Flagstaff, on observe deux canaux frappants, à un endroit où l’on n’en avait jamais vu, et on les photographie. Après avoir consulté toutes les cartes, Lowell conclut dans un bulletin de l’observatoire qu’ils sont nouveaux, non seulement pour nous, mais pour Mars : quelque chose d’« en dehors de l’ordre de la nature ».
Les rayons de Vénus
Lowell n’observe pas que Mars. Depuis 1896, il dessine aussi Vénus, en plein jour, en réduisant l’ouverture de sa lunette à environ huit centimètres pour calmer l’image. Il y voit des sortes de rayons partant d’une tache centrale. On sait aujourd’hui que l’épaisse atmosphère de Vénus ne laisse voir aucun détail de son sol. Selon deux articles parus en 2003, que cite Wikipédia, l’ouverture si réduite de la lunette aurait pu en faire un ophtalmoscope : Lowell aurait vu l’ombre des vaisseaux sanguins de sa propre rétine.
L’observatoire produit aussi des travaux qui resteront. On y mesure par le spectroscope la rotation de Vénus et d’Uranus ; on y étudie les comètes et les nébuleuses spirales. Vesto Slipher y commence des mesures de vitesse des nébuleuses qui compteront dans l’histoire de l’astronomie.
Hors de la guilde
Son frère écrit qu’il fut toujours plus reconnu en Europe qu’en Amérique. Un astronome éminent lui a dit pourquoi : Percival « n’appartenait pas à la guilde ». Il aimait se dire « amateur », au sens de celui qui travaille sans être payé, et rappeler combien de grands savants l’avaient été. La profession américaine, formée dans les filières régulières, ne l’accueillait guère. Et elle avait été choquée par son audace à proclamer la découverte d’un ouvrage intelligent sur Mars.
Son ami George Agassiz, qui l’admirait, a écrit après sa mort une phrase juste : sa théorie aurait sans doute fait plus de chemin dans le monde savant « si elle avait été présentée de façon moins dogmatique ».
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. XIV (canaux du 9 septembre 1909, bulletin n° 45) et chap. XIX (reconnaissance en Europe, « guilde », amateur) ; G. R. Agassiz, notice nécrologique, 1917 (rotation de Vénus et d’Uranus, comètes et nébuleuses, jugement sur la présentation dogmatique) ; R. G. Aitken, notice nécrologique, 1916 (nébuleuses spirales). Les observations d’E. Antoniadi à Meudon, le télescope du mont Wilson, les photographies du Pic du Midi, la spectroscopie, l’expérience d’E. Evans et E. W. Maunder, les observations de Vénus et l’hypothèse de l’ophtalmoscope viennent des articles « Percival Lowell » et « Martian canals » de Wikipédia en anglais (source tertiaire). La comparaison des ouvertures (83 cm contre 61 cm) est de l’auteur ; la mention du travail de V. M. Slipher sur les vitesses des nébuleuses relève de l’histoire générale de l’astronomie.
Cinquième partie
La planète X
1905 – 1916
Chapitre 21 · 1905 – 1915 La planète X
Le 13 janvier 1915, à Boston, Percival Lowell présente devant l’Académie le résultat d’années de calculs : l’orbite et la position probables d’une planète inconnue, au-delà de Neptune. Il l’appelle la planète X. Un mois plus tôt, il a écrit à son astronome Carl Lampland, sur le ton de la plaisanterie, qu’il serait aimable de sa part d’annoncer la découverte effective le même jour. Lampland ne trouve rien.
L’exemple de Neptune
L’idée n’est pas neuve, et Lowell le sait. Au XIXe siècle, la planète Uranus ne suivait pas exactement la route que les calculs lui assignaient. Un jeune mathématicien français, Urbain Le Verrier, en déduisit qu’une planète inconnue la dérangeait, et calcula où elle devait se trouver. Le 23 septembre 1846, à Berlin, l’astronome Johann Galle la trouva le soir même où il reçut sa lettre, à moins d’un degré de l’endroit prévu. C’était Neptune.
Lowell a raconté cette histoire dans un de ses livres, avec son humour habituel. Il y relève que plusieurs astronomes avaient noté Uranus avant sa découverte en la prenant pour une étoile fixe : l’un d’eux, écrit-il, découvrit qu’il ne l’avait pas découverte plusieurs fois ; un autre fut épargné de cette mortification « parce qu’il était mort ».
Les calculs
Dès 1905, les calculs de Lowell l’encouragent assez pour que l’observatoire commence à chercher une planète au-delà de Neptune. Il l’imagine alors semblable à Neptune : grosse, brillante, donc facile à trouver. Les photographies de 1906 et une recherche méthodique l’année suivante ne donnent rien. Il se méfie alors de ses données.
En mars 1908, il commence une correspondance avec l’Observatoire naval des États-Unis sur les écarts d’Uranus, ces petites différences entre sa position observée et sa position calculée que les planètes connues n’expliquent pas. À Boston, il dirige une équipe de calculateurs, conduite par une mathématicienne, Elizabeth Williams. Les calculs durent des années.
Le résultat paraît en 1915 : Memoir on a Trans-Neptunian Planet. Lowell y trouve deux solutions possibles, de part et d’autre du ciel. Celle qui rend le mieux compte des écarts lui paraît la moins probable : elle place la planète dans une région déjà fouillée sans succès.
Une aiguille parmi les étoiles
La recherche se fait par photographie. On prend deux clichés de la même région du ciel à quelques jours d’intervalle, et l’on cherche, parmi plus de cent mille étoiles, un point qui s’est déplacé. Son frère compare l’entreprise à la recherche, parmi des milliers d’épingles jetées sur un plancher, de celle qu’on a légèrement bougée. On trouve des points qui bougent. Ce sont des astéroïdes inconnus. La planète X ne se montre pas.
Selon l’encyclopédie Wikipédia, l’observatoire photographia en fait la planète en mars et avril 1915, sans la reconnaître.
Son frère l’écrit sans détour : ne pas avoir trouvé X fut « la plus vive déception de sa vie ».
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. XIX (recherche commencée en 1905, échecs de 1906-1907, correspondance de mars 1908 avec W. T. Garrigan, calculateurs dirigés par Elizabeth Williams, récit par Lowell de la découverte de Neptune et citations, présentation à l’Académie le 13 janvier, lettre à Lampland, déception) et chap. XX (méthode photographique, image des épingles, astéroïdes, deux solutions) ; G. R. Agassiz, notice nécrologique, 1917 (Memoir on a Trans-Neptunian Planet). Le biographe écrit seulement « l’Académie » ; Lowell était membre de l’Académie américaine des arts et des sciences, à Boston. L’année 1915 de la présentation est déduite de la date du mémoire ; la photographie de Pluton en 1915 vient de l’article de Wikipédia en anglais (source tertiaire).
Chapitre 22 · 1916 « Pas si tôt »
Dans la nuit du 11 novembre 1916, à Flagstaff, Percival Lowell mesure avec Earl Slipher la position exacte du plus proche satellite de Jupiter. Il en attend une indication sur la forme de l’intérieur de la planète. Il y a passé les nuits précédentes. Le lendemain, 12 novembre, une attaque le frappe. Avant de perdre connaissance, rapporte son frère, il dit qu’il avait toujours su que cela viendrait ainsi, mais pas si tôt.
La dernière tournée
Les dix-huit derniers mois de sa vie se sont partagés, comme toujours, entre Flagstaff, où il fait construire, et Boston, avec des conférences. En mai 1916, à un éditeur italien qui lui demande un article, il répond qu’il n’en a pas le temps, et ajoute : « Un jour j’espère publier un ouvrage sur chaque planète, l’ensemble formant un tout ; mais la fin n’est pas encore là. »
À l’automne, il fait une tournée de conférences dans le nord-ouest des États-Unis et en Californie : Washington State, Reed College, les universités d’Idaho, de Washington, d’Oregon et de Californie. Un mois avant sa mort, il parle encore à Berkeley et à Stanford. Son frère décrit une sorte de marche triomphale, mais trop lourde pour lui : il rentre à Flagstaff plus épuisé qu’il ne le croit.
Sa secrétaire, Louise Leonard, rapporte une phrase de cette dernière tournée : « Que Mars soit habitée, nous en avons la preuve absolue. »
Selon l’encyclopédie Wikipédia, la guerre qui ravage alors l’Europe l’attristait profondément : il était pacifiste.
L’homme
Il avait soixante et un ans. Les notices écrites dans les semaines suivantes dressent un bilan. L’astronome Robert Aitken, de l’observatoire Lick, écrit que personne depuis Simon Newcomb n’a fait autant pour intéresser le public à l’astronomie. Il ajoute que beaucoup d’astronomes n’ont pu adopter son point de vue, mais que tous apprécient la valeur de son travail sur les planètes et la générosité avec laquelle il a soutenu son observatoire.
George Agassiz relève que les observations de Mars accumulées sous sa direction dépassent celles de tous les autres observateurs réunis. Il compte plus de deux mille cent pages de publications savantes in-quarto et deux mille cinq cents in-octavo.
Mars Hill
Il est enterré sur la colline, tout près de la coupole où il a travaillé, dans un mausolée que sa veuve fait construire.
Par testament, sauf une rente pour sa femme, il laisse toute sa fortune à son observatoire, sous la garde d’un administrateur unique qui désigne lui-même son successeur. Agassiz estime que ses revenus atteindront un jour au moins le double de ceux de l’observatoire de Harvard. Selon Wikipédia, Constance Lowell contestera ce testament, et la procédure interrompra le travail de l’observatoire pendant dix ans. La biographie écrite par le frère de Lowell n’en dit rien, et indique au contraire que les recherches continuèrent.
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. XIX (derniers mois, lettre de mai 1916, tournée de conférences, épuisement, mesures du satellite V de Jupiter avec E. C. Slipher jusqu’à la nuit du 11 novembre, attaque du 12 novembre 1916 et dernières paroles, mausolée) et chap. XX (testament, administrateur) ; R. G. Aitken, notice nécrologique, PASP, 1916 (bilan, conférences de Berkeley et Stanford ; Aitken date la mort du 13 novembre) ; G. R. Agassiz, notice nécrologique, 1917 (masse des observations, publications, revenus de l’observatoire) ; L. Leonard, Percival Lowell: An Afterglow, 1921 (phrase de la dernière tournée). Le pacifisme de Lowell et la contestation du testament viennent de l’article de Wikipédia en anglais (source tertiaire). Le biographe parle d’« apoplexie » ; on dirait aujourd’hui un accident vasculaire cérébral.
Épilogue
Lowell et Mars
Chapitre 23 · 1930 La planète qu’il n’a jamais vue
Au début de 1930, à Flagstaff, un jeune homme de vingt-trois ans, élevé dans une ferme et passionné d’astronomie, compare des photographies du ciel. Il s’appelle Clyde Tombaugh. Sur deux plaques prises les 23 et 29 janvier, il remarque un point qui s’est déplacé, mais trop peu pour être un astéroïde. L’objet est bien plus loin. On le suit pendant sept semaines. Puis, le 13 mars 1930, l’observatoire Lowell annonce au monde la découverte d’une planète au-delà de Neptune. Le 13 mars est le jour anniversaire de Percival Lowell.
Le comparateur
Après la mort de Lowell, la recherche avait continué, presque sans espoir. La guerre avait empêché de se procurer le verre d’un nouvel objectif photographique. Ce n’est qu’en 1929 que l’instrument est achevé, dans l’atelier de l’observatoire. On photographie section après section la région du ciel où Lowell attendait la planète, et l’on compare les plaques à l’aide d’un « comparateur à clignotement », qui fait apparaître alternativement deux clichés d’une même région : ce qui a bougé semble sauter. Des mois de travail ne donnent rien. Puis Tombaugh trouve.
La planète suit de près la route que Lowell avait calculée. Elle se trouve d’ailleurs dans la région de sa solution qu’il jugeait la moins probable.
Le nom
Les découvreurs ont le droit de proposer un nom. On retient « Pluton ». Selon Constance Lowell, c’est l’astronome anglais Herbert Hall Turner, l’un des visiteurs de 1910, qui l’avait proposé. Le symbole choisi pour la planète réunit deux lettres, P et L : ce sont les premières lettres de Pluton, et les initiales de Percival Lowell. « Désormais, écrit son frère en 1935, les astronomes se souviendront de Percival Lowell grâce à la planète qu’il a trouvée sans jamais la voir. »
Un accord trop beau
En décembre 1930, le plus réputé des astronomes américains, Henry Norris Russell, compare dans le Scientific American l’orbite prévue et l’orbite réelle. Lowell avait annoncé une révolution de 282 ans ; elle est de 249. Il avait annoncé le passage au plus près du Soleil vers 1991 ; il aura lieu en 1989. L’accord est si bon, écrit Russell, qu’il est « tout à fait incroyable » qu’il soit dû au hasard.
Mais un doute grandit vite. Dans les plus grands télescopes, Pluton ne montre aucun disque. Elle est donc très petite, et sans doute trop légère pour avoir dérangé Uranus. Le frère de Lowell rapporte ce doute dès 1935 : si la planète n’a pas de masse suffisante, toute la base du calcul s’effondre, et l’on aurait trouvé, par une merveilleuse coïncidence, un astre circulant sur l’orbite voulue, mais qui ne produit pas les effets qu’on lui prêtait, « un fantôme, mais pas une force ».
Ce qu’on sait aujourd’hui
La suite a donné raison au doute. Selon l’encyclopédie Wikipédia, la masse de Pluton n’a pu être mesurée qu’en 1978, après la découverte de son satellite Charon : elle est bien trop faible pour expliquer les écarts d’Uranus et de Neptune. Ces écarts eux-mêmes venaient d’une valeur erronée de la masse de Neptune ; quand la sonde Voyager 2 l’a mesurée en 1989, ils ont disparu. Il n’y avait pas de planète X. Pluton a été trouvée parce qu’on la cherchait au bon endroit, pour de mauvaises raisons. En 2006, l’Union astronomique internationale l’a classée parmi les planètes naines.
Restent l’observatoire, la méthode, et l’obstination de cet homme qui avait fait chercher pendant plus de dix ans un point lumineux parmi cent mille autres.
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. XX (poursuite des recherches, guerre et verre optique, objectif de 1929, comparateur, C. W. Tombaugh, plaques des 23 et 29 janvier 1930, sept semaines, annonce du 13 mars, jugement de H. N. Russell dans le Scientific American de décembre 1930 et tableau des éléments, doute sur la masse, solution jugée la moins probable, nom et symbole, phrase finale) et chap. XVI (récit de Constance Lowell sur H. H. Turner). L’âge de Tombaugh relève de l’histoire générale (né en février 1906). La masse de Pluton en 1978, la masse de Neptune corrigée par Voyager 2 en 1989 et le classement de 2006 viennent de l’article de Wikipédia en anglais (source tertiaire). La phrase sur les « mauvaises raisons » est un jugement de l’auteur.
Chapitre 24 · 1965 Le verdict de Mariner 4
Le 15 juillet 1965, la sonde américaine Mariner 4 passe à moins de dix mille kilomètres de Mars et prend les premières photographies rapprochées d’une autre planète. Elles montrent des cratères, un sol désolé, semblable à celui de la Lune. Pas de canaux. Pas d’oasis. Pas de végétation. La pression au sol est de quelques millibars, moins d’un centième de celle de la Terre. Le jour, la température descend vers moins cent degrés. Un demi-siècle après la mort de Percival Lowell, sa Mars disparaît.
Une illusion
Les sondes suivantes, Mariner 6 et 7 en 1969, puis Mariner 9 en orbite en 1971 et 1972, confirment : il n’y a pas de canaux. Les lignes que Lowell dessinait sont aujourd’hui tenues pour une illusion d’optique. L’œil, à la limite de ce qu’il peut voir, relie des détails flous en traits continus. Un psychologue, Matthew Sharps, a proposé d’y voir le résultat combiné de différences individuelles, de la tendance de la perception à compléter les formes, et de l’influence du milieu.
Le premier assistant de Lowell, Douglass, était arrivé de lui-même à une explication psychologique. Et Schiaparelli, l’homme qui avait vu les premiers canali, jugeait imaginaires une grande partie des détails des dessins de Lowell.
Les « mers » sombres qui changeaient avec les saisons n’étaient pas de la végétation : une partie de ces changements est due aux tempêtes de poussière. La calotte saisonnière contient beaucoup de gaz carbonique gelé, ce que Lowell jugeait impossible. Wallace avait raison sur le froid et sur l’eau.
Une ligne, peut-être, échappe au naufrage. Le grand canyon de Mars, Valles Marineris, long de plusieurs milliers de kilomètres, a pu correspondre à l’un des traits que dessinaient les observateurs.
Ce qui reste
Il reste beaucoup. L’idée d’installer un observatoire là où l’air est le meilleur, loin des villes et en altitude, est devenue un principe. L’observatoire Lowell existe toujours. C’est de là que Vesto Slipher a mesuré les vitesses des nébuleuses, et de là que Clyde Tombaugh a trouvé Pluton.
Il reste aussi une image. Celle d’une planète vieillissante, desséchée, où une civilisation lutte pour sa survie en amenant l’eau des pôles. Elle a nourri la littérature. En 1898, trois ans après le livre de Lowell, l’Anglais H. G. Wells publie La Guerre des mondes, où des Martiens fuient leur planète mourante pour envahir la Terre. Edgar Rice Burroughs, Robert Heinlein, Ray Bradbury et bien d’autres reprendront les canaux de Mars.
Et il reste une curiosité. Des planétologues l’ont appelé le vulgarisateur de la science planétaire le plus influent en Amérique avant Carl Sagan. Des générations ont levé les yeux vers Mars à cause de lui. Parmi les noms qu’on y a donnés, un cratère de Mars porte le sien.
Sources : articles « Percival Lowell » et « Martian canals » de Wikipédia en anglais (source tertiaire : résultats de Mariner 4, 6, 7 et 9, pression et température mesurées, illusion d’optique, travaux de M. J. Sharps, évolution de Douglass, jugement de Schiaparelli sur les dessins de Lowell, rôle des tempêtes de poussière, Valles Marineris, principe des sites d’observatoire, influence sur la science-fiction, jugement sur le vulgarisateur, cratère Lowell sur Mars) ; D. S. F. Portree, Humans to Mars, NASA, 2001 (Mariner 4, 6 et 7 et leurs images cratérisées). La date et la distance du survol de Mariner 4 et la composition de la calotte relèvent de l’histoire générale de l’exploration martienne ; voir sur ce site l’histoire de la NASA.
Chapitre 25 · La leçon Ce que Lowell laisse à Mars
Percival Lowell s’est trompé sur l’essentiel : il n’y a ni canaux, ni oasis, ni Martiens. Pourtant, ceux qui préparent aujourd’hui le voyage vers Mars ont des raisons de se souvenir de lui. Son histoire est celle d’un esprit brillant, riche, travailleur, qui a su voir ce qu’il voulait voir. C’est une leçon d’autant plus utile qu’elle ne concerne pas les sots.
L’air et le lieu
Sa première leçon est juste, et elle a duré. Pour bien voir, il faut aller là où l’on voit le mieux. Il a testé l’air de l’Arizona, puis celui de l’Algérie, du Mexique et des Andes, et il a gardé Flagstaff. Il a compris qu’un haut plateau désertique valait mieux qu’un sommet. Chercher le meilleur site, le mesurer, puis s’y installer pour durer : c’est ce que l’on fera pour les télescopes, et c’est ce qu’il faudra faire pour choisir le lieu d’une base martienne.
La durée
Sa deuxième leçon tient à la constance. Il a observé Mars pendant plus de vingt ans, opposition après opposition, nuit après nuit. Il a voulu des séries continues, systématiques, faites par le même observateur. Même Campbell, son critique, lui en faisait crédit. Une planète ne se comprend pas en une saison.
La preuve
Sa troisième leçon est un avertissement. Lowell annonçait sa conclusion avant d’avoir observé. Il écrivait que l’observateur réussit quand il sait d’avance ce qu’il doit voir. Il bâtissait une chaîne de raisonnements dont chaque maillon paraissait solide, et en tirait une certitude, jusqu’à parler de « preuve absolue ». Campbell lui avait répondu dès 1896 : celui qui affirme une chose extraordinaire doit en porter la charge de la preuve. Et Wallace avait montré qu’on peut tout expliquer, sauf ce qu’on ne veut pas regarder : l’eau qui manque, le froid qui tue.
La recherche de la vie sur Mars se fait aujourd’hui par des robots, des instruments et des échantillons, avec des protocoles faits pour se méfier de nos désirs. C’est en partie la leçon de Lowell.
Le public
Sa quatrième leçon est plus heureuse. Il pensait qu’expliquer la science au public était un devoir, et la meilleure épreuve de la maîtrise d’un sujet. Ses livres et ses conférences ont donné à un très large public le désir de regarder Mars. Aucun voyage vers Mars ne se fera sans cette curiosité partagée.
La patience
La dernière est peut-être la plus belle. Il a fait chercher pendant des années un point lumineux parmi cent mille autres, sans le trouver. D’autres l’ont trouvé après lui, avec l’instrument qu’il avait voulu, dans l’observatoire qu’il avait fondé. Les grandes entreprises survivent à ceux qui les commencent, à condition qu’ils leur aient donné de quoi durer.
Sources : les chapitres précédents de ce livre et leurs sources (A. Lawrence Lowell, 1935 ; W. W. Campbell, 1896 ; A. R. Wallace, 1907 ; L. Leonard, 1921 ; R. G. Aitken, 1916 ; G. R. Agassiz, 1917 ; Wikipédia). Les conclusions de ce chapitre sont celles de l’auteur du livre.
Annexes
Pour aller plus loin
Annexe Comprendre l’affaire des canaux
Quelques notions, expliquées simplement, pour suivre ce livre.
L’opposition
La Terre et Mars tournent autour du Soleil, la Terre plus vite. Environ tous les vingt-six mois, la Terre rattrape Mars : les deux planètes se trouvent du même côté du Soleil, alignées avec lui. On dit que Mars est « en opposition », parce qu’elle se trouve alors à l’opposé du Soleil dans notre ciel. C’est le moment où elle est la plus proche et la mieux éclairée. Comme l’orbite de Mars est allongée, certaines oppositions sont bien plus favorables que d’autres : celles de 1877, 1892 et 1894 l’étaient.
Le « seeing »
Les astronomes appellent seeing, « la vision », la stabilité de l’air. Les couches d’air chaud et froid qui bougent au-dessus de nous dévient sans cesse un peu la lumière : c’est ce qui fait scintiller les étoiles. Au télescope, l’image d’une planète tremble et se brouille. Les meilleurs détails n’apparaissent que pendant de brefs instants de calme. C’est pourquoi Lowell cherchait le meilleur air, et pourquoi il préférait l’œil, qui saisit ces instants, à la plaque photographique de son époque, trop lente.
La lunette et son ouverture
Une lunette astronomique concentre la lumière grâce à une grande lentille, l’objectif. Son diamètre, l’ouverture, décide de la quantité de lumière recueillie et de la finesse des détails qu’elle peut séparer. Lowell a utilisé à Flagstaff une lunette de dix-huit pouces (quarante-six centimètres), puis de vingt-quatre pouces (soixante et un centimètres). Mais plus l’ouverture est grande, plus l’image souffre du tremblement de l’air : d’où son goût pour les instruments modestes et les ouvertures réduites.
Canali
Le mot italien employé par Schiaparelli en 1877 peut désigner un chenal naturel aussi bien qu’un canal creusé de main d’homme. En anglais, on l’a traduit par canals, ce qui suggérait des ingénieurs. Lowell, lui, assumait le sens de « canal » et y voyait l’œuvre d’êtres intelligents.
Les grands cercles
Sur une sphère, le chemin le plus court entre deux points suit un « grand cercle », un cercle dont le centre est celui de la sphère. Les routes aériennes en suivent. Lowell soutenait que les canaux suivaient tous des grands cercles, et y voyait une preuve d’intention.
Les régions claires et sombres
Mars montre au télescope de grandes régions orangées et des régions plus sombres, que l’on appelait au XIXe siècle des « mers » et que l’on nomme encore de noms latins de mers et de golfes. Lowell y voyait de la végétation. On sait aujourd’hui que ce sont des terrains de nature et de couleur différentes, que la poussière soulevée par les vents couvre et découvre.
La perturbation d’une planète
Chaque planète attire les autres. Si une planète ne suit pas exactement la route qu’on calcule en tenant compte du Soleil et des planètes connues, l’écart peut révéler une planète inconnue. C’est ainsi que Neptune fut trouvée en 1846. Lowell espérait faire de même au-delà de Neptune. Mais l’écart qu’il étudiait venait en réalité d’une erreur sur la masse de Neptune.
Sources : A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell, 1935, chap. IX (opposition, scintillement, image de l’assiette), chap. XIII (œil et plaque), chap. XIX (Neptune) ; articles « Percival Lowell » et « Martian canals » de Wikipédia en anglais (source tertiaire : sens de canali, préférence pour les petits instruments, poussière, masse de Neptune). La période de vingt-six mois et la définition du grand cercle relèvent de l’astronomie élémentaire ; D. S. F. Portree, Humans to Mars, chap. 1, décrit aussi les oppositions.
Annexe Chronologie
Les dates de la vie de Percival Lowell, dans l’ordre. Quand les sources se contredisent, les deux versions sont données.
13 mars 1855. Naissance à Boston.
1864-1866. Séjour de la famille en Europe ; pension à Paris, puis à Vevey ; guerre austro-prussienne vue à Schwalbach.
1867. La famille s’installe à Brookline ; premières observations sur le toit.
1872-1876. Études à Harvard ; discours sur l’hypothèse nébulaire.
1876-1877. Voyage en Europe et au Proche-Orient.
1877. À Milan, Schiaparelli dessine les canali de Mars.
1877-1883. Affaires à Boston.
Printemps 1883. Départ pour le Japon.
Août-novembre 1883. Secrétaire de la mission coréenne aux États-Unis.
Décembre 1883 - printemps 1884. Hôte du roi de Corée à Séoul.
Décembre 1884. Coup d’État à Séoul ; mort de Hong Yöng Sik.
1886. Chosön.
1888. The Soul of the Far East. Second séjour au Japon (1889).
6 août 1891. Transes du mont Ontake.
1892. Lunette de six pouces au Japon. W. H. Pickering observe Mars à Arequipa.
Automne 1893. Quitte le Japon pour toujours.
Hiver 1893-1894. Décide l’expédition de Mars.
Mars 1894. Douglass part tester l’air de l’Arizona.
23 avril 1894. Début des travaux à Flagstaff.
22 mai 1894. Conférence de Boston sur la vie dans d’autres mondes.
28 ou 31 mai 1894. Arrivée à Flagstaff ; début des observations.
8 juin 1894. Reflets de glace dans la calotte polaire.
Mars 1895. Mort de sa mère.
Novembre 1895. Livre Mars.
Décembre 1895 - mars 1896. Voyage en Europe et en Algérie ; visite à Schiaparelli.
1896. Compte rendu critique de W. W. Campbell. Juillet : lunette de 24 pouces installée.
Hiver 1896-1897. La lunette au Mexique.
1897-1900. Épuisement nerveux et convalescence.
Mai-juin 1900. Éclipse de Tripoli ; mort de son père.
Décembre 1900. Le prétendu « signal » martien.
1901. Retour à Flagstaff ; arrivée de V. M. Slipher (C. O. Lampland en 1902).
1903. 143 nuits de dessins ; la « vague » des canaux.
1904. Médaille Janssen de la Société astronomique de France.
1905. Premières photographies de canaux. Début de la recherche d’une planète au-delà de Neptune.
Automne 1906. Conférences du Lowell Institute. Décembre : Mars and its Canals.
1907. Lettre à S. Newcomb ; expédition photographique dans les Andes ; Is Mars Habitable? de A. R. Wallace.
10 juin 1908. Mariage avec Constance Savage Keith. Mars as the Abode of Life.
1909. E. Antoniadi ne voit pas de canaux. The Evolution of Worlds.
13 janvier 1915. Présentation du mémoire sur la planète trans-neptunienne.
Automne 1916. Dernière tournée de conférences.
12 novembre 1916. Mort à Flagstaff (13 novembre selon R. G. Aitken).
13 mars 1930. Annonce de la découverte de Pluton.
1965. Mariner 4 photographie Mars : pas de canaux.
1978. Découverte de Charon ; masse de Pluton.
1989. Voyager 2 mesure la masse de Neptune.
2006. Pluton classée planète naine.
Annexe Les personnages
Les personnes rencontrées dans ce livre, par ordre alphabétique.
Agassiz, George Russell. Ami de Lowell, compagnon du voyage de l’Ontake, observateur à Flagstaff ; auteur d’une notice après sa mort.
Aitken, Robert Grant. Astronome de l’observatoire Lick ; auteur d’une notice nécrologique en 1916.
Antoniadi, Eugène. Astronome qui, en 1909, ne voit pas de canaux avec la grande lunette de Meudon.
Bigelow, William Sturgis. Médecin bostonien installé au Japon ; ami de Lowell.
Campbell, William Wallace. Astronome du Lick ; auteur du compte rendu critique de Mars en 1896.
Clark, Alvan G. Opticien ; fabrique et installe la lunette de 24 pouces.
Douglass, A. E. Astronome ; teste l’air de l’Arizona en 1894 ; quitte l’observatoire vers 1901.
Evans, Joseph, et Maunder, Edward. Astronomes anglais ; montrent en 1903 comment naît l’illusion des lignes.
Flammarion, Camille. Astronome et écrivain français, auteur de La Planète Mars (1892).
Holden, Edward. Directeur de l’observatoire Lick ; ne confirme pas les canaux de Flagstaff.
Hong Yöng Sik. Dignitaire coréen, ami de Lowell ; exécuté lors du coup d’État de 1884.
James, William. Philosophe et psychologue ; Lowell le retrouve sur la Riviera en 1900.
Lampland, Carl O. Astronome à Flagstaff à partir de 1902 ; photographie les canaux en 1905.
Leonard, Louise. Secrétaire et collaboratrice de Lowell ; auteur de Percival Lowell: An Afterglow (1921).
Lowell, Abbott Lawrence. Frère cadet de Percival, président de Harvard ; son biographe (1935).
Lowell, Amy. Sœur de Percival, poétesse.
Lowell, Augustus, et Katharine Bigelow Lawrence. Ses parents.
Lowell, Constance Savage, née Keith. Son épouse (1908).
Newcomb, Simon. Astronome américain ; voit dans les canaux une illusion d’optique.
Peirce, Benjamin. Mathématicien de Harvard, professeur de Lowell.
Pickering, William Henry. Astronome de Harvard ; observe Mars à Arequipa en 1892 ; associé à la fondation de Flagstaff.
Russell, Henry Norris. Astronome de Princeton ; compare en 1930 l’orbite prévue et l’orbite réelle de Pluton.
Schiaparelli, Giovanni. Astronome de Milan ; dessine les canali en 1877 ; voir sa biographie sur ce site.
See, Thomas J. J. Astronome des étoiles doubles à Flagstaff (1896).
Slipher, Vesto Melvin, et Slipher, Earl C. Astronomes à Flagstaff, l’un à partir de 1901, l’autre ensuite.
Todd. Professeur à l’université d’Amherst ; organise l’éclipse de Tripoli (1900) et l’expédition des Andes (1907).
Tombaugh, Clyde. Découvre Pluton à Flagstaff en 1930.
Turner, Herbert Hall. Astronome anglais ; visite Flagstaff en 1910 ; propose le nom de Pluton.
Wallace, Alfred Russel. Naturaliste, codécouvreur de la sélection naturelle ; auteur de Is Mars Habitable? (1907).
Williams, Elizabeth. Mathématicienne ; dirige les calculs de la planète X.
Annexe Sources et méthode
Ce livre ne contient aucun dialogue imaginé, aucune pensée prêtée à quelqu’un sans un texte pour l’appuyer. Cette annexe indique d’où viennent les faits, ce qui est solide, ce qui l’est moins, et les points où les sources se contredisent.
La source principale : un frère
La plus grande partie de ce livre s’appuie sur la Biography of Percival Lowell écrite par son frère cadet, Abbott Lawrence Lowell, alors président de Harvard, et publiée par Macmillan en 1935. Elle est aujourd’hui librement accessible aux États-Unis grâce au projet Gutenberg. Elle cite longuement les lettres de Percival à sa famille et ses livres, ce qui nous a donné accès à ses propres mots. Elle a été relue par les astronomes de l’observatoire Lowell et par Henry Norris Russell, de Princeton.
C’est un livre de famille, écrit avec admiration. Le biographe défend souvent son frère. Nous avons donc confronté son récit, chaque fois que possible, à des textes d’un autre camp.
Les autres sources
Le compte rendu du livre Mars par William Wallace Campbell, de l’observatoire Lick, paru dans Science et repris en 1896 dans les Publications of the Astronomical Society of the Pacific. Le livre d’Alfred Russel Wallace, Is Mars Habitable? (1907). Les notices écrites à la mort de Lowell par Robert Aitken (1916) et par George Agassiz (1917). Le recueil de souvenirs de sa secrétaire, Louise Leonard, Percival Lowell: An Afterglow (1921). Le livre de Lowell lui-même, Mars as the Abode of Life (1908). Tous ces textes sont du domaine public.
Pour ce qui s’est passé après sa mort, et pour le jugement de la science actuelle, nous avons utilisé les articles « Percival Lowell » et « Martian canals » de l’encyclopédie Wikipédia en anglais, source tertiaire, et l’étude de David Portree publiée par la NASA en 2001, Humans to Mars. Chaque chapitre indique ce qui en vient.
Les citations
Les citations sont traduites de l’anglais par nos soins. Les lettres de Lowell, ses livres et les textes de ses contemporains sont cités d’après la biographie de 1935 ou d’après les ouvrages eux-mêmes.
Les points où les sources se contredisent
L’origine de la théorie. Lowell a écrit avoir conçu sa théorie vers la fin de sa première année d’observation, et son frère assure qu’il n’était pas parti avec une idée préconçue. Campbell cite au contraire une conférence du 22 mai 1894, antérieure à toute observation, où Lowell annonçait déjà que les canaux étaient sans doute l’œuvre d’êtres intelligents.
La raison du passage à l’astronomie. Selon George Agassiz, Lowell disait avoir voulu reprendre le travail de Schiaparelli, dont la vue baissait. Selon Wikipédia, il fut décidé par la lecture de La Planète Mars de Flammarion. Les deux peuvent se compléter. Lowell lui-même n’a laissé aucune explication écrite.
Le début des observations de 1894. Lowell arrive à Flagstaff le 28 mai d’après sa lettre ; Campbell fait commencer ses observations le 31 mai.
La date de sa mort. Le 12 novembre 1916 selon son frère, George Agassiz et Wikipédia ; le 13 selon la notice de Robert Aitken.
L’observatoire après sa mort. Selon Wikipédia, la contestation du testament par sa veuve interrompit le travail de l’observatoire pendant dix ans. Le frère de Lowell n’en parle pas et écrit que les recherches continuèrent.
La fin des canaux. Wikipédia attribue, dans un article, la remise en cause de 1909 au télescope du mont Wilson, et dans l’autre aux observations d’Antoniadi à Meudon et aux photographies du Pic du Midi. Ces observations ne s’excluent pas.
Ce que prouvaient les photographies de 1905. Pour son frère, elles réglèrent la question de l’existence des canaux. Selon Wikipédia, d’autres photographies, en 1909, contribuèrent au contraire à les discréditer.
Les conférences répétées de 1906. L’après-midi selon la préface de Mars as the Abode of Life ; le soir selon Louise Leonard.
Les jugements de 1935. Le frère de Lowell tenait encore pour acquis que la calotte polaire était de neige d’eau, conclusion « confirmée » selon lui ; on sait aujourd’hui qu’elle contient beaucoup de gaz carbonique gelé. Nous le signalons dans le texte.
Ce que ce livre ne dit pas
Il ne prétend pas savoir ce que Lowell voyait réellement à l’oculaire. Il rapporte ce qu’il a dessiné et écrit, ce que d’autres ont vu ou non, et ce que les sondes ont montré.
Il traite brièvement les dix années asiatiques de Lowell, qui mériteraient un livre à elles seules. Ses jugements sur « l’âme de l’Extrême-Orient », très généralisateurs, appartiennent à son époque ; ce livre les mentionne sans les discuter.
La longueur
Ce livre compte environ quinze mille mots. L’objectif fixé pour cette collection était de cent mille. Nous ne l’avons pas atteint et préférons le dire. Pour aller plus loin sans répéter ni inventer, il faudrait consulter les livres de Lowell lui-même dans leur intégralité, ses lettres conservées aux archives de l’observatoire Lowell à Flagstaff et à Harvard, et les études modernes de William Graves Hoyt (Lowell and Mars, 1976) et de David Strauss (Percival Lowell: The Culture and Science of a Boston Brahmin, 2001), qui ne sont pas librement accessibles. En l’état, le texte ne contient que des faits que nous avons pu rattacher à une source.
Le portrait
L’image placée en tête de ce livre est une illustration, non une photographie d’archive.
Sources en ligne
- A. Lawrence Lowell, Biography of Percival Lowell (Macmillan, 1935 ; Project Gutenberg)
- P. Lowell, Mars as the Abode of Life (Macmillan, 1908)
- W. W. Campbell, compte rendu de « Mars, by Percival Lowell », PASP, 1896
- A. R. Wallace, Is Mars Habitable? (Macmillan, 1907 ; Project Gutenberg)
- L. Leonard, Percival Lowell: An Afterglow (1921)
- R. G. Aitken, « Percival Lowell », PASP, 1916
- G. R. Agassiz, « Percival Lowell (1855-1916) », Proceedings of the American Academy of Arts and Sciences, 1917
- NASA — D. S. F. Portree, Humans to Mars (2001)
- Wikipédia (en anglais) — Percival Lowell (source tertiaire)
- Wikipédia (en anglais) — Martian canals (source tertiaire)
Faits vérifiés auprès de ces sources le 9 octobre 2026.
Pour aller plus loin
Bibliothèque Mars
Ce livre prolonge la page par une architecture complète de colonie martienne. Le dossier ci-dessus reste volontairement autonome : Arcadia est un approfondissement facultatif, pas un préalable à la compréhension.
Arcadia — Manuel de la première cité martienne
