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Fiscalité · Mesure 6.06

Mesure 6.06 — Supprimer le CIR des grandes entreprises : que peut-on réellement économiser ?

Le crédit d’impôt recherche est un cas d’école : un montant affiché dans un programme ne suffit pas. Il faut savoir quelles entreprises reçoivent effectivement le crédit, quelle définition de « grande entreprise » est retenue, quels comportements peuvent changer et quel montant net restera après la réforme.

Ce que propose la mesure : supprimer le CIR aux grandes entreprises, pas supprimer la recherche privée

La mesure 6.06 propose de supprimer le crédit d’impôt recherche, ou CIR, pour les grandes entreprises tout en maintenant un dispositif de soutien pour les petites et moyennes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire. Le raisonnement politique est simple : l’État doit-il continuer à subventionner fiscalement la recherche de groupes capables de financer eux-mêmes une part importante de leurs programmes, ou concentrer l’aide publique sur les entreprises pour lesquelles le coût et le risque de la recherche constituent une contrainte financière beaucoup plus forte ? Pour répondre sérieusement, il faut d’abord sortir des slogans. Le CIR est une dépense fiscale calculée à partir de dépenses de recherche éligibles ; sa suppression pour une catégorie d’entreprises crée potentiellement une recette fiscale supplémentaire, mais elle peut aussi modifier les décisions de localisation, d’investissement et d’emploi en recherche.

Le droit en vigueur en 2026 prévoit, à l’article 244 quater B du code général des impôts, un crédit égal à 30 % de la fraction des dépenses de recherche inférieure ou égale à 100 millions d’euros et 5 % au-delà. Ce taux réduit au-dessus de 100 millions limite déjà l’avantage marginal des très gros programmes de R&D. Une réforme ciblée sur les « grandes entreprises » doit donc définir précisément cette catégorie et ne pas la confondre avec la simple notion de groupe connu ou d’entreprise cotée. [1]

PME2,241 milliards d’euros · 30,6 %
ETI2,099 milliards d’euros · 28,7 %
Grandes entreprises2,979 milliards d’euros · 40,7 %

Source : ministère chargé de la Recherche, données 2023. Ce graphique porte sur le CIR au titre de la R&D, pas sur tous les sous-dispositifs réunis.

Définition utile. Pour l’analyse statistique française, une grande entreprise compte au moins 5 000 salariés, ou bien, si elle a moins de 5 000 salariés, elle dépasse à la fois 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 2 milliards d’euros de total de bilan. Cette définition Insee est un point de départ possible, mais une réforme fiscale doit écrire sa propre règle juridique, notamment pour les groupes et filiales. [3]

Le chiffre de 5,5 milliards d’euros : il ne peut pas être repris sans démonstration

Le Plan de Rupture mentionne un rendement de 5,5 milliards d’euros par an. L’audit du site a déjà classé ce montant comme « montant historique non retenu dans le socle tant que la ventilation publique ne permet pas de le reproduire ». Les données publiques disponibles imposent cette prudence. Pour 2023, le ministère chargé de la recherche publie une créance de CIR au titre de la R&D de 7,318 milliards d’euros. Sur cette créance, les grandes entreprises reçoivent 2,979 milliards d’euros, soit 40,7 %. Les entreprises de taille intermédiaire reçoivent 2,099 milliards et les PME 2,241 milliards. En ajoutant l’innovation et les dépenses de collection, la créance totale de CIR est d’environ 7,85 milliards d’euros en 2023. [4]

La comparaison est immédiate : 5,5 milliards d’euros est supérieur de 2,521 milliards à la créance de CIR-R&D attribuée aux grandes entreprises dans les données 2023. Rapporté à 2,979 milliards, l’écart représente environ 84,6 %. Cela ne prouve pas que le rendement futur ne pourrait jamais augmenter, car les années, bases et règles fiscales évoluent. Mais cela prouve qu’on ne peut pas présenter 5,5 milliards comme une conséquence mécanique des dernières données publiques ventilées par catégorie d’entreprise.

Écart = 5,500 − 2,979 = 2,521 milliards d’eurosLe symbole « − » signifie soustraction. Ce calcul compare la cible historique du Plan à la dernière créance publique de CIR-R&D pour les grandes entreprises identifiée ici. Il ne constitue pas une prévision 2026.
Écart relatif = 2,521 ÷ 2,979 × 100 ≈ 84,6 %Le symbole « ÷ » signifie division ; « × 100 » transforme le rapport en pourcentage ; « ≈ » signifie « environ ». Le montant annoncé est donc environ 84,6 % supérieur à la référence 2023 de 2,979 milliards d’euros.

Pourquoi le coût total du CIR n’est pas le rendement de la mesure

Une documentation budgétaire récente peut afficher un coût total du CIR supérieur à 8 milliards d’euros selon l’année et le périmètre retenu. Ce chiffre constitue au mieux une borne : on ne peut économiser davantage que le coût total du dispositif. Mais il ne dit rien, à lui seul, sur la part des grandes entreprises. La ventilation dépend des dépenses réellement déclarées, du taux réduit au-delà de 100 millions, de l’intégration fiscale des groupes, de la catégorie statistique retenue et du calendrier de consommation de la créance.

À titre purement pédagogique, prenons une enveloppe volontairement ronde et hypothétique de 8,0 milliards d’euros. Si la part des grandes entreprises restait identique à celle observée sur le CIR-R&D 2023, soit 40,7 %, on obtiendrait environ 3,256 milliards d’euros. Cette opération n’est pas une prévision : elle sert seulement à illustrer l’ordre de grandeur. Pour un chiffrage public, il faut revenir à une année, une assiette et une définition d’entreprise homogènes, puis obtenir une ventilation actualisée de l’administration fiscale.

8,0 × 40,7 % ≈ 3,256 milliards d’eurosCalcul pédagogique seulement. Il ne doit pas apparaître dans le total des économies tant qu’une ventilation homogène par année, catégorie d’entreprise et composante du CIR n’est pas disponible.

Comment écrire la réforme pour éviter les contournements

La première question est la définition du bénéficiaire exclu. Si l’on se contente de regarder chaque société juridique séparément, un grand groupe pourrait répartir ses activités de recherche entre plusieurs filiales et maintenir une partie de l’avantage. La loi doit donc raisonner au niveau du groupe économique ou fiscal, avec des règles d’agrégation cohérentes. Elle doit aussi préciser le traitement des entreprises qui changent de catégorie en cours d’exercice, des groupes étrangers ayant des filiales françaises et des restructurations.

La deuxième question est l’assiette. Une suppression totale pour les grandes entreprises est la version la plus simple mais aussi la plus brutale. Des variantes sont possibles : taux décroissant, plafonnement absolu, exclusion de certaines dépenses intra-groupe, maintien pour la recherche partenariale avec des laboratoires publics ou pour des technologies stratégiques. Mais chaque exception réduit le rendement et recrée de la complexité. Le pilotage doit donc présenter clairement le choix : soit une suppression lisible, soit un ciblage assumé avec un chiffrage séparé.

La troisième question est la date d’entrée en vigueur. Les programmes de recherche se construisent sur plusieurs années. Une réforme immédiate appliquée à des dépenses déjà engagées accroît l’incertitude fiscale. Une solution plus robuste consiste à voter la règle dans la loi de finances avec une entrée en vigueur au début d’un exercice futur, sans remise en cause rétroactive des créances déjà acquises. L’État peut ainsi modifier l’incitation tout en évitant de changer les règles après la décision d’investissement.

Qui décide, qui paie, qui exécute et qui contrôle ?

Qui décide ? Le Parlement modifie le code général des impôts dans une loi de finances, sur proposition du Gouvernement ou par amendement recevable. Qui paie ? Les grandes entreprises qui ne bénéficient plus du crédit voient leur impôt net augmenter, toutes choses égales par ailleurs. Qui exécute ? La DGFiP applique la règle fiscale et contrôle les déclarations ; le ministère de la Recherche conserve un rôle d’expertise scientifique dans la qualification des activités de R&D. Qui contrôle ? Le Parlement suit le rendement dans les documents budgétaires, la Cour des comptes peut évaluer les effets et le ministère de la Recherche doit suivre l’évolution des dépenses privées de R&D.

Le bon calcul n’est pas « CIR supprimé = économie »

Le rendement budgétaire brut correspond à la créance de CIR qui n’est plus accordée. Mais l’effet net peut différer. Une entreprise peut réduire son bénéfice imposable si elle diminue sa R&D, déplacer une activité, bénéficier d’une autre aide ou modifier sa structure. L’État peut aussi décider de réorienter une partie du rendement vers la recherche publique ou vers les PME. Dans ce cas, le montant réorienté n’est pas simultanément une réduction du déficit. C’est précisément le risque de double compte entre les mesures 6.06 et 6.08.

Rnet = CIRévité + ΔIS + Δcotisations − Aremplacement − CtransitionRnet = rendement net pour les finances publiques ; CIRévité = crédit d’impôt qui n’est plus versé ; ΔIS = variation d’impôt sur les sociétés induite ; Δcotisations = variation des cotisations liée à l’emploi ; Aremplacement = nouvelles aides éventuellement créées ; Ctransition = coût administratif de mise en œuvre. Le symbole « Δ » signifie variation.

Quels risques faut-il regarder avant de voter ?

Le premier risque est la localisation de la recherche. Une grande entreprise internationale peut arbitrer entre plusieurs pays. L’effet du CIR n’est pas le seul déterminant — compétences, écosystèmes, laboratoires, énergie, fiscalité générale et stabilité juridique comptent également — mais le retirer change l’équation. Le deuxième risque est l’emploi scientifique : si certains programmes sont réduits, le rendement fiscal immédiat peut s’accompagner d’un coût social ou d’une perte d’activité. Le troisième risque est le contournement par restructuration juridique. Le quatrième est la substitution par d’autres subventions, qui ferait disparaître une partie de l’économie affichée.

Ces risques n’interdisent pas la réforme. Ils imposent des garde-fous mesurables : suivi annuel des dépenses de R&D des grandes entreprises, emplois de chercheurs, créations et fermetures de centres, comparaison avec PME/ETI, contrôle des groupes, et clause d’évaluation après trois ans. Si la dépense fiscale diminue sans baisse de R&D, la réforme aura produit un rendement réel. Si la R&D chute fortement, il faudra distinguer ce qui relève du CIR de ce qui relève de la conjoncture ou d’autres facteurs.

Comparaison internationale : utile pour les mécanismes, pas pour copier un taux

Les comparaisons internationales sont utiles, mais elles doivent couvrir l’ensemble du système : crédit fiscal, aides directes, assiette, plafonds, fiscalité des entreprises, coût du travail scientifique et écosystème d’innovation. L’OCDE suit désormais ces incitations de façon comparable et montre qu’elles occupent une place croissante dans le soutien public à la R&D. En France, la Direction générale du Trésor rappelle par ailleurs que les évaluations de la réforme de 2008 ont produit des effets hétérogènes selon la taille des entreprises, avec des résultats plus nets pour les entreprises de moins de 250 salariés que pour les plus grandes. Ces constats ne suffisent pas à décider la suppression, mais ils justifient une évaluation spécifique des grandes entreprises avant de figer le rendement et les garde-fous de la mesure. [5] [6] [source]

Évaluation de la mesure. La mesure 6.06 est juridiquement réalisable par la loi de finances et politiquement intelligible. En revanche, le rendement de 5,5 milliards d’euros n’est pas confirmé par la dernière ventilation publique détaillée : les grandes entreprises recevaient 2,979 milliards d’euros de CIR-R&D en 2023. La mesure doit donc être publiée avec la mention « montant historique non retenu dans le socle tant que la ventilation publique ne permet pas de le reproduire », une demande de ventilation DGFiP homogène et une règle stricte de non-double-compte avec toute réorientation vers la recherche publique.
Ouvrir l’annexe technique — données et scénarios à exiger
Annexe technique — données, hypothèses et contrôles de la mesure 6.06.
DonnéeValeur / règleCe qu’elle permetCe qu’elle ne prouve pas
CIR-R&D total 20237,318 milliards d’eurosOrdre de grandeur R&DRendement 2026
Grandes entreprises 20232,979 milliards d’euros ; 40,7 %Ventilation récente publiqueMontant exact futur
Taux légal 202630 % jusqu’à 100 millions d’euros de dépenses, 5 % au-delàComprendre le mécanismePart par catégorie d’entreprise
Cible Plan5,5 milliards d’euros par anObjectif politiqueChiffrage validé
À obtenirDGFiP : groupe, taille, dépenses, créance consomméeReconstruction reproductible

Plans A / B / C — exécution et solution de repli

Plan A — supprimer le CIR des grandes entreprises sur une assiette définie

Modifier le code général des impôts dans une loi de finances afin de définir précisément les entreprises ou groupes exclus du crédit d’impôt recherche, avec règles de consolidation empêchant le fractionnement artificiel. Le rendement brut part du CIR effectivement imputé ou restitué au périmètre visé, pas du coût total du dispositif. Sont ensuite retranchés les effets comportementaux plausibles, les mesures de transition et les éventuels redéploiements vers 6.07 ou 6.08. Si une partie de l’économie finance une autre politique de recherche, elle ne peut plus être comptée comme réduction du déficit. Les contentieux et conventions de groupe sont anticipés avant l’entrée en vigueur.

Plan B — plafonnement dégressif plutôt que suppression

Si l’exclusion totale risque de déplacer brutalement des activités de R&D, instaurer un plafond ou une dégressivité au-delà d’un niveau de dépenses ou de taille de groupe. Le mécanisme est conçu dans la loi de finances et simulé sur les déclarations existantes. Les entreprises conservent une incitation marginale, mais le coût public sur les volumes les plus élevés diminue. Le rendement est recalculé après comportements et ne reprend jamais la cible du Plan A. Une clause de réexamen compare dépenses privées de R&D, localisation et recettes fiscales après deux ou trois exercices.

Plan C — maintien du CIR avec conditionnalité et contrôle

Si le dispositif est maintenu pour les grandes entreprises, renforcer la documentation des dépenses éligibles, les contrôles ciblés et l’évaluation du caractère incrémental de l’aide. Les données agrégées par taille de groupe et secteur sont publiées avec prudence statistique. Aucun gain de suppression n’est inscrit. Les redressements fiscaux ne sont pas assimilés à une économie récurrente du CIR : ils relèvent du contrôle de conformité. Ce scénario fournit une base plus solide pour décider ultérieurement si une partie du crédit est réellement indispensable à la localisation de la recherche.

Analyse opérationnelle : Mesurer la créance des grandes entreprises avant de compter l’économie

Comment isoler la part réellement attribuée aux grandes entreprises et mesurer ce qui se passerait sur leurs dépenses de recherche avant d’annoncer une économie nette ? Le CIR est défini par le Code général des impôts ; la réforme doit préciser la définition de grande entreprise, les groupes, intégrations fiscales et dépenses éligibles.

Tester la réaction de la R&D plutôt que la supposer

Il faut partir des créances par taille d’entreprise, distinguer secteurs et groupes, puis construire des scénarios de réaction : maintien de la R&D, réduction, déplacement ou réorganisation.

Pour 2023, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche chiffre la créance de CIR-R&D à 2,979 milliards d’euros pour les grandes entreprises, 2,099 milliards pour les ETI et 2,241 milliards pour les PME ; les grandes entreprises représentent 40,7 % de cette créance de recherche.

Ces données permettent de mesurer le poids du dispositif par catégorie d’entreprise. Elles ne démontrent pas, à elles seules, qu’une suppression pour une catégorie produirait exactement le même montant d’économie nette : les comportements, l’assiette future et les effets de transition doivent être traités séparément.

Le cas suivant est révélateur : Un programme de recherche lancé sur plusieurs années ne réagit pas comme une dépense discrétionnaire annuelle ; la transition doit tenir compte des engagements déjà pris.

  • Le dossier doit publier créance par taille, dépenses de R&D, évolution des effectifs de recherche et éventuels déplacements d’activité après réforme.
  • Une suppression uniforme peut affecter différemment une entreprise qui réalise réellement de la recherche en France et un groupe dont l’activité est plus mobile internationalement.
  • Une extinction progressive ou un changement de taux peut être comparé à une suppression immédiate afin de limiter les effets de rupture sur les programmes pluriannuels.

Traiter les programmes pluriannuels dans la transition

L’économie budgétaire brute est la créance supprimée ; le net doit tenir compte uniquement des effets budgétaires démontrables, sans transformer une hypothèse de comportement en recette certaine.

Depuis le 1er janvier 2026, l’article 244 quater B du code général des impôts fixe le taux du crédit d’impôt recherche à 30 % pour la fraction des dépenses de recherche inférieure ou égale à 100 millions d’euros et à 5 % pour la fraction supérieure à ce montant.

Le seuil légal porte donc sur le montant de dépenses de recherche, pas sur l’étiquette PME, ETI ou grande entreprise. Une réforme ciblant une catégorie d’entreprise doit être écrite séparément et son effet simulé à partir des données de bénéficiaires.

Test contradictoire — La question n’est pas de présumer que le CIR est efficace ou inefficace pour toutes les grandes entreprises, mais d’identifier les effets marginaux du dispositif.

Définir clairement le périmètre des groupes

Une suppression uniforme peut affecter différemment une entreprise qui réalise réellement de la recherche en France et un groupe dont l’activité est plus mobile internationalement.

Une extinction progressive ou un changement de taux peut être comparé à une suppression immédiate afin de limiter les effets de rupture sur les programmes pluriannuels.

Notes et sources

  1. Code général des impôts, article 244 quater B — taux et assiette du CIR en 2026.
  2. Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche — CIR 2023, distribution PME/ETI/grandes entreprises.
  3. Insee — définition d’une grande entreprise.
  4. Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche — données CIR 2023 par taille d’entreprise.
  5. OCDE — base 2026 sur les incitations fiscales à la R&D et comparaisons internationales.
  6. Direction générale du Trésor — évaluation de la réforme du CIR de 2008 et effets différenciés selon la taille des entreprises.

Repère documentaire — assiette CIR actualisée

Décomposition du CIR 2023 et rappel que seule la part juridiquement supprimable peut devenir une économie
Le CIR total n'est pas l'économie de 6.06. La mesure doit isoler la part effectivement retirée, puis déduire transition, comportements et redéploiements 6.07–6.08.

Le millésime statistique officiel utilisé pour la fermeture est 2023 : la créance totale de CIR atteint 7,85 milliards d’euros, dont 7,318 milliards pour la R&D. Cette mesure reste la référence de profondeur du volume Fiscalité. Son économie éventuelle ne peut être additionnée à la partie qui serait redéployée vers les PME/ETI en 6.07 ou vers la recherche publique en 6.08. Le compte de passage traite donc 6.06, 6.07 et 6.08 comme une chaîne budgétaire unique.

Approfondissement 2026 — définir « grande entreprise » avant de calculer l’économie de CIR

L’article 244 quater B du Code général des impôts prévoit en 2026 un taux de crédit d’impôt de 30 % sur la fraction des dépenses de recherche inférieure ou égale à 100 millions d’euros et de 5 % au-delà, sous réserve des règles détaillées de l’article. Une proposition consistant à « supprimer le CIR des grandes entreprises » ne correspond donc pas directement au seuil de 100 millions d’euros : ce seuil porte sur des dépenses de recherche, pas sur la taille de l’entreprise. La réforme doit d’abord choisir une définition juridique de la population exclue. Source officielle — Légifrance, CGI article 244 quater B, version 2026.

Trois définitions possibles, trois assiettes différentes

La taille peut être définie par effectif et données financières selon une catégorie d’entreprise, par appartenance à un groupe consolidé, ou par montant de dépenses de recherche éligibles. Une entreprise française de taille intermédiaire appartenant à un grand groupe ne sera pas classée de la même manière selon le critère choisi. La loi doit aussi traiter les groupes fiscalement intégrés, les filiales spécialisées et les restructurations qui pourraient déplacer la dépense de R&D vers une entité encore éligible.

Calculer le rendement brut bénéficiaire par bénéficiaire

L’économie statique ne peut pas être égale au coût total national du CIR. Elle est la somme des crédits qui auraient été accordés aux entités effectivement exclues. On peut écrire Ebrute = Σ CIRi pour les bénéficiaires i exclus. Ebrute désigne l’économie brute théorique ; Σ signifie « somme de » ; CIRi désigne le crédit d’impôt de chaque bénéficiaire concerné. Ensuite seulement viennent les effets de transition, de comportement et les éventuels redéploiements prévus par les mesures 6.07 et 6.08.

Mesurer la recherche additionnelle perdue ou conservée

Une partie de la dépense privée aurait été réalisée sans crédit d’impôt ; une autre peut être réellement induite par le dispositif. La suppression doit donc être évaluée sur les dépenses de R&D, les emplois scientifiques, les implantations et les brevets ou résultats de recherche, mais sans attribuer automatiquement toute variation au CIR. Il faut constituer un groupe de comparaison et suivre plusieurs années. Une entreprise qui réduit son CIR sans réduire sa R&D n’a pas le même profil qu’une entreprise qui délocalise une équipe de recherche.

Organiser la transition contractuelle

Les décisions de recherche portent sur plusieurs années. Un changement brutal peut toucher des programmes déjà engagés. Le scénario doit comparer une suppression immédiate, une extinction progressive et un plafonnement dégressif. La solution choisie doit être inscrite avec une date d’entrée en vigueur claire afin d’éviter que les entreprises accélèrent artificiellement certaines dépenses avant le changement. Le rendement budgétaire publié doit donc comporter une ligne par exercice, et non seulement un chiffre annuel « en régime de croisière ».

Mise en œuvre — un registre de transition par groupe économique

L’année précédant la réforme, les entreprises concernées déclareraient la structure du groupe, les entités bénéficiaires du CIR, les principales catégories de dépenses éligibles et les programmes pluriannuels en cours. L’objectif n’est pas de publier des secrets industriels mais de construire une photographie fiscale permettant de détecter les transferts artificiels d’assiette après entrée en vigueur. Les données publiques resteraient agrégées.

La loi doit préciser le traitement des dépenses engagées avant la réforme mais facturées après, des contrats de recherche pluriannuels et des restructurations. Un régime transitoire trop généreux reporte l’économie ; un régime trop brutal crée une rupture sur des décisions déjà prises. Les deux effets doivent être chiffrés par exercice.

Test de redéploiement

Le rapport annuel rapproche l’économie brute de 6.06 des montants utilisés par 6.07 et 6.08. Si 4 Md€ sont économisés, 1 Md€ redéployé vers PME/ETI et 1,5 Md€ vers recherche publique, l’amélioration du solde n’est que 1,5 Md€ avant autres coûts. Le calcul est 4 − 1 − 1,5 = 1,5 ; le signe signifie « soustraire ». Cet exemple est pédagogique et ne constitue pas une estimation de rendement : il montre la règle comptable anti-double-compte.

Sources de contrôle complémentaires

Ces références ne servent pas de décor bibliographique : chacune contrôle une fonction différente de la démonstration — droit applicable, assiette ou données observées, puis effets ou conditions de mise en œuvre.

Données publiques de référence · millésime 2025

Fiscalité : prélèvements obligatoires à 43,6 % du PIB en 2025

Avant de discuter la mesure 6.06, on fixe un ordre de grandeur national provenant d'une source publique. Il ne s'agit ni du coût ni de l'économie annoncée par la mesure : c'est une baseline indépendante à partir de laquelle le lecteur peut contrôler les ordres de grandeur.

Prélèvements obligatoires43,6 % du PIB2025
Référence 202442,7 % du PIB2024

Calcul de contrôle : 43,6 − 42,7 = +0,9 point de PIB en un an.

Ce que ce chiffre ne permet pas de conclure : Ce ratio agrégé ne dit ni quel contribuable acquitte juridiquement chaque prélèvement, ni qui en supporte finalement l’incidence économique. Toute mesure fiscale doit documenter assiette, comportement et transfert de charge.

Application à « Mesure 6.06 — Supprimer le CIR des grandes entreprises : que peut-on réellement économiser ? » : utiliser ce repère pour vérifier le dénominateur, le calendrier et l'ordre de grandeur de la proposition. Toute estimation propre à cette mesure doit ensuite être sourcée séparément et ne doit jamais être remplacée par la statistique nationale ci-dessus.

Règle de mise à jour : conserver le millésime et la date de publication. Lorsqu'une nouvelle édition officielle paraît, mettre à jour la donnée sans réécrire rétroactivement ce qui était connu au millésime précédent.

Atelier citoyen de vérification · mesure 6.06

Passer de la proposition à la preuve : comment auditer cette mesure soi-même

La question n'est pas seulement de savoir si « Mesure 6.06 — Supprimer le CIR des grandes entreprises : que peut-on réellement économiser ? » paraît souhaitable. Il faut pouvoir montrer, chiffres et droit à l'appui, ce qui change réellement entre la situation de départ et la situation après mise en œuvre. Cette grille transforme la page en exercice de contrôle : le lecteur doit être capable de retrouver le dénominateur, le calendrier, le coût net, le véhicule juridique et le critère qui permettrait de conclure que la mesure fonctionne réellement.

1. Établir la situation de départ

Domaine : Fiscalité. Relever avant toute réforme les données portant sur assiette, taux effectif, comportement, incidence économique, coût de collecte et recettes nettes. Pour chaque chiffre, noter l'année, l'unité, le périmètre, la source primaire et la fréquence de mise à jour. Un chiffre sans dénominateur ou sans date ne permet pas de mesurer un progrès.

Le redevable légal n'est pas toujours celui qui supporte économiquement l'impôt : vérifier les réactions des ménages, entreprises, prix, salaires et investissements.

2. Refaire le calcul ou le test principal

Gain net annuel = dépenses évitées − coûts nouveaux récurrents ; transition = coûts non récurrents séparés

Tracer chaque mission avant/après. Vérifier les indemnités, systèmes d'information, déménagements, contentieux, transferts d'agents et coûts reportés sur une autre entité.

Exercice : reprendre le dernier chiffre officiel cité dans cette page, retrouver sa source d'origine et recalculer le résultat avec les mêmes unités. Si le résultat ne peut pas être reproduit, classer l'affirmation « à documenter » plutôt que « acquise ».

3. Séparer promesse, mise en œuvre et résultat

Construire trois lignes distinctes : ce qui est décidé, ce qui est effectivement déployé et ce qui est observé. Pour « Mesure 6.06 — Supprimer le CIR des grandes entreprises : que peut-on réellement économiser ? », une loi votée, un décret publié ou un budget ouvert ne constituent pas encore le résultat final. Ajouter une date cible, un responsable et un indicateur avant/après.

Exiger aussi un scénario d'échec : retard juridique, résistance opérationnelle, coût de transition supérieur aux prévisions, effet de report vers une autre administration ou comportement d'évitement.

4. Prononcer un verdict révisable

  • PASS : mécanisme documenté, données reproductibles, véhicule juridique crédible, financement et responsable identifiés.
  • À RÉVISER : objectif plausible mais hypothèse, calendrier, coût ou indicateur encore insuffisamment démontré.
  • FAIL : double compte, causalité non démontrée, coût déplacé plutôt que supprimé, ou impossibilité juridique/opérationnelle non traitée.

Le verdict doit pouvoir changer avec une nouvelle donnée : une bonne politique publique est auditable, pas seulement défendable.

Question de maîtrise : si un décideur annonçait demain que cette mesure est « réalisée », quelles trois pièces demanderiez-vous pour vérifier qu'il ne confond pas décision, activité et résultat ? Répondre à cette question sans relire la page constitue le niveau attendu.

Plan d'exécution et de contrôle · mesure 6.06

Qui décide, qui applique et comment prouver que « Mesure 6.06 — Supprimer le CIR des grandes entreprises : que peut-on réellement économiser ? » fonctionne réellement ?

Une mesure n'est pas terminée lorsqu'elle est annoncée, votée ou financée. Pour Mesure 6.06 — Supprimer le CIR des grandes entreprises : que peut-on réellement économiser ?, il faut pouvoir suivre une chaîne complète : base juridique → responsable → déploiement → indicateur → contrôle indépendant → réexamen. Le plan ci-dessous constitue une grille d'exécution à adapter au texte juridique final ; il ne remplace pas l'expertise légistique article par article.

1. Acte à préparer

Loi de finances, loi ordinaire ou loi de financement de la Sécurité sociale selon le prélèvement ; textes d'application et doctrine fiscale ensuite.

2. Responsable identifiable

Parlement, ministère chargé des Finances, DGFiP, Douanes ou organismes sociaux selon l'assiette.

3. Preuve de déploiement

Assiette, taux, redevable, calendrier, systèmes déclaratifs et règles de contrôle publiés ; coût de transition isolé.

4. Preuve de résultat

Le contrôle doit privilégier preuve de disparition effective du coût ou de la mission supprimée. Une activité administrative ou un budget consommé n'est qu'un moyen : le résultat doit être observable sur le périmètre annoncé.

Calendrier de preuve : quatre rendez-vous obligatoires

J0 — référenceArchiver la situation avant réforme : texte applicable, coût, effectifs, volume traité, délai et qualité lorsque ces données existent. Sans état initial, aucun avant/après n'est sérieux.
6 mois — déploiementVérifier que les actes nécessaires sont publiés, que les responsables sont nommés, que les outils et crédits existent réellement et que l'ancien dispositif n'est pas maintenu en doublon sans justification.
18 mois — premiers effetsComparer l'indicateur principal avec la baseline, isoler les coûts de transition et publier les écarts entre la trajectoire annoncée et la réalisation.
36 mois — réexamenDécider de maintenir, corriger, amplifier ou arrêter le dispositif. Une mesure qui ne produit pas l'effet documenté doit pouvoir être révisée sans attendre la fin d'un quinquennat.

Test anti-illusion

Assimiler le rendement statique assiette × taux à une recette nette certaine et ignorer comportements, transferts de charge et transition. Pour cette mesure, le dossier de contrôle doit donc publier au minimum la donnée de départ, la date d'effet, le coût de transition, le résultat observé et l'explication de l'écart.

Grille d'audit en 8 questions
  1. Quel texte précis autorise ou impose la réforme ?
  2. Quelle autorité est responsable de chaque étape et à quelle date ?
  3. Quelle valeur de référence est figée avant la mise en œuvre ?
  4. Quel indicateur mesure le résultat plutôt que l'activité ?
  5. Quels coûts nouveaux, coûts de transition ou transferts doivent être déduits du gain brut ?
  6. Quelle donnée permet de détecter un effet indésirable ou un contournement ?
  7. Qui vérifie les chiffres indépendamment du service qui met en œuvre la mesure ?
  8. Quelle clause permet de corriger ou d'arrêter la mesure si les résultats ne sont pas au rendez-vous ?

Contrat de mesure · mesure 6.06

Comment savoir objectivement si cette mesure fonctionne ?

Le résultat doit être défini avant l’entrée en vigueur. Le principe est simple : un même indicateur, une même unité, un même périmètre et une même méthode doivent être conservés entre la baseline et les contrôles ultérieurs. Si la méthode change, la rupture de série doit être publiée.

Indicateur principal

Effet budgétaire net en droits constatés

Unité : € constants/an.

Fréquence

mensuelle / annuelle.

La périodicité ne doit pas être modifiée simplement parce qu’un résultat devient défavorable.

Producteur / preuve

DGFiP / Douanes / organismes sociaux.

Le fichier source, sa date et sa version doivent rester auditables.

Calcul à figer

recette ou dépense évitée − comportements − transition − administration

Le numérateur, le dénominateur et les exclusions doivent être documentés avant J0. Une série recalculée après coup doit conserver l’ancienne version ou expliciter la rupture.

Objectif vérifiable

À figer avant J0 dans le texte d’application ou la décision de pilotage ; il est interdit de modifier la cible après observation des résultats.

Règle de gouvernance : la cible, la tolérance et le calendrier sont enregistrés avant le lancement. Ils ne sont pas réécrits a posteriori pour transformer un échec en réussite.

Indicateur garde-fou

incidence économique, investissement, emploi, contentieux, distribution. Une amélioration du KPI principal ne suffit pas si elle est obtenue au prix d’une dégradation majeure de ce garde-fou.

Règle de verdict PASS / À RÉVISER / FAIL
  • PASS : objectif préenregistré atteint dans le délai prévu et garde-fou respecté.
  • À RÉVISER : progression réelle mais cible non atteinte, coût de transition supérieur à l’hypothèse ou effet indésirable corrigeable.
  • FAIL : absence d’amélioration démontrable, résultat obtenu par déplacement du coût/problème, rupture méthodologique non documentée ou dégradation majeure du garde-fou.