Pourquoi cette réforme existe
ANALYSE La mesure 3.02 ne doit pas être lue comme un slogan de suppression. Son objet est de transformer une intention de réforme en décision vérifiable. Le paysage des opérateurs recouvre des organismes très différents par leur taille, leur marché de compétences et leur régime juridique. Comparer un seul salaire brut sans regarder avantages, variable, logement, véhicule, retraite supplémentaire ou indemnités de départ produit une vision incomplète. Le point de départ doit être une nomenclature homogène de la rémunération complète et la publication des exceptions. Cette distinction est indispensable : la Bible France cherche à savoir ce qui doit changer, pourquoi, avec quel véhicule juridique et avec quel effet net pour le contribuable et l’usager. [1]
Ce que la mesure change réellement
ANALYSE La proposition est la suivante : Créer une règle publique, lisible et contrôlable qui borne la rémunération globale des dirigeants tout en distinguant salaire fixe, variable, avantages et situations réellement dérogatoires. Elle s’inscrit dans le volume consacré aux agences et opérateurs, où l’objectif général n’est pas de nier les missions publiques mais de tester la valeur de chaque couche institutionnelle. Une fonction utile peut être conservée alors que son organisation change profondément ; inversement, une petite structure peut être maintenue si son autonomie protège une expertise ou une impartialité irremplaçable.
Méthode d’exécution et calendrier
EXÉCUTION La réforme serait conduite en trois temps : inventaire des rémunérations complètes, fixation d’un plafond de droit commun par catégorie de responsabilité, puis procédure de dérogation motivée et publiée lorsque la rareté d’une compétence ou une contrainte de marché est démontrée. La tutelle signerait la décision et en assumerait la justification devant le Parlement. Le calendrier doit comporter un état zéro, un scénario cible, une phase de transition et une date de mesure à régime permanent. Aucun gain ne doit être revendiqué pendant une période où ancien et nouveau dispositifs fonctionnent en parallèle sans isoler ce double coût.
Chiffrage : ne jamais confondre enveloppe et économie
CHIFFRAGE Le chiffrage additionne d’abord le coût complet des rémunérations au-dessus du plafond cible, puis retranche les dérogations justifiées et tout coût de remplacement créé par la règle. L’économie prudente n’est donc pas « nombre de dirigeants × écart au plafond » : elle dépend de la distribution réelle, des avantages inclus dans l’assiette et du risque de substitution par des consultants. Les coûts de mise en transparence sont isolés la première année.
Économie nette récurrente = coûts supprimés − coûts recréés − charges transférées − coûts récurrents résiduelsContrôle, données et indicateurs
CONTRÔLE La réforme doit produire un tableau de bord spécifique : Part des dirigeants sous plafond ; nombre et motif des dérogations ; coût complet moyen et médian ; évolution des prestations de direction externalisées ; écarts femmes-hommes ; délai de publication des décisions. Ces indicateurs sont publiés avant et après la transformation. Lorsque l’effet recherché est qualitatif — délai plus court, responsabilité plus claire ou meilleure disponibilité des données — il est mesuré comme tel et non converti artificiellement en euros.
Objections et garde-fous
ANALYSE L’objection centrale est réelle : Un plafond trop rigide peut déplacer la rémunération vers des avantages opaques, décourager certains profils ou encourager le recours à des prestataires plus coûteux. Le dispositif doit donc regarder le coût total, surveiller les contrats de conseil et prévoir une clause de réexamen plutôt qu’un chiffre isolé présenté comme universel. Le garde-fou consiste à documenter le scénario contrefactuel, à maintenir les obligations légales et la continuité de service, puis à organiser une revue indépendante après douze et vingt-quatre mois. Une réforme est corrigée si les coûts se déplacent au lieu de disparaître ou si la qualité se dégrade.
Décision publique et critères de réussite
ANALYSE Le vote ou la décision réglementaire n’est considéré comme appliqué que lorsque l’assiette de rémunération est publique, que chaque dérogation comporte une justification et une date d’expiration, et que le recours aux prestations externes n’augmente pas pour contourner le plafond. Deux exercices plus tard, le rapport compare coût complet des dirigeants, nombre d’exceptions, difficultés de recrutement et qualité de gouvernance.
Dossier spécifique : ce qui doit être démontré
Ce que le plafond doit réellement couvrir
Le mot « rémunération » est trop vague pour devenir une règle de gestion. Le dossier doit publier une assiette commune comprenant part fixe, part variable, avantages en nature, logement, véhicule, retraite supplémentaire, indemnités et tout mécanisme assimilable. Le décret de 2017 montre déjà que la rémunération publique peut comporter une part fonctionnelle, un éventuel complément personnel et une part variable liée à des critères qualitatifs et quantitatifs. [2] Une réforme crédible doit donc plafonner un coût complet défini, pas seulement un salaire affiché.
Construire des catégories plutôt qu’un plafond aveugle
Une petite agence administrative, un établissement scientifique, une entreprise publique concurrentielle et un opérateur technique ne recrutent pas sur les mêmes marchés. Le plafond de droit commun peut être exprimé par niveaux de responsabilité, avec une procédure de dérogation exceptionnelle : compétence rare démontrée, durée limitée, décision motivée, publicité et réexamen. La bonne question n’est pas « combien vaut un dirigeant ? », mais « quelle exception l’État accepte-t-il de financer, pour quelle raison et pendant combien de temps ? »
Fermer les voies de contournement
Une règle portant seulement sur le fixe déplacerait l’incitation vers les primes, les prestations de conseil, les avantages ou le recrutement par une filiale. Le contrôle doit donc suivre aussi les contrats de management, les indemnités de départ et les dépenses de représentation. Un tableau annuel publie médiane, déciles, exceptions, coût complet et évolution du recours aux prestataires. La Cour des comptes fournit le cadre utile pour rattacher ces données à la tutelle réelle des opérateurs. [4]
Décider avec un test de marché vérifiable
Avant d’accorder une dérogation, la tutelle documente le marché pertinent : postes comparables, difficulté de recrutement, candidatures reçues et conséquences opérationnelles d’un plafond plus bas. Six à douze mois après la nomination, elle publie si l’exception a produit l’effet attendu. Cette boucle évite deux caricatures : croire qu’un salaire élevé est toujours justifié par le marché, ou qu’un même plafond peut s’appliquer sans conséquence à toutes les responsabilités publiques.
Définir le périmètre des dirigeants concernés
Le contrôle doit distinguer le dirigeant exécutif, les membres du comité de direction, les dirigeants de filiales et les fonctions dont la rémunération est déjà encadrée par un texte particulier. Une filiale ne doit pas devenir une échappatoire automatique au plafond de la maison mère. Le registre doit donc publier la chaîne de contrôle, le type de contrat, l'employeur juridique et la part de rémunération supportée directement ou indirectement par des fonds publics. Cette cartographie permet aussi d'éviter l'injustice inverse : intégrer dans la même assiette des profils qui n'exercent pas le même niveau de responsabilité ou dont la rémunération est déterminée par une convention collective spécifique.
Auditer les exceptions comme un portefeuille de risques
Chaque dérogation doit avoir un motif, une durée, un décideur et une date de réexamen. Le contrôle annuel ne s'arrête pas au montant : il compare l'objectif annoncé avec le résultat obtenu, recense les dérogations renouvelées et signale les cas où une prime, une mission de conseil ou une filiale a pris le relais d'un élément plafonné. La mesure devient ainsi une politique de gouvernance plutôt qu'un simple chiffre symbolique. Si les exceptions se multiplient dans un même secteur, le problème doit être réexaminé au niveau du marché de recrutement ou du statut de l'opérateur, pas masqué par une succession de décisions individuelles.
Les données à publier pour rendre la mesure contestable
Le fichier de preuve doit permettre de reconstruire la rémunération sans divulguer inutilement des données personnelles : grille de fonction, assiette du plafond, nombre de bénéficiaires, montants agrégés, dérogations, avantages valorisés, prestataires de direction et décisions de tutelle. Une annexe spécifique suit les écarts entre rémunération contractuelle et coût employeur afin qu’une économie apparente ne soit pas annulée par une prestation facturée ailleurs.
Test grandeur nature : cinq profils de dirigeants
Avant généralisation, le système est simulé sur cinq profils fictifs mais réalistes : petit établissement administratif, grand opérateur national, organisme scientifique, entreprise publique exposée au marché et fonction à compétence rare. Pour chacun, le dossier montre rémunération fixe, variable, avantages, plafond, dérogation possible et coût d’un recrutement alternatif. Ce test révèle immédiatement si la règle produit des effets absurdes ou si elle laisse des trous dans l’assiette.
Cette mesure dans le système
La mesure 3.02 s’évalue avec les mesures voisines du volume : une mutualisation, une fusion ou une réintégration ne doit jamais compter deux fois la même économie.
Notes et sources
- Décret n° 2017-870 — rémunération des dirigeants de certaines entreprises publiques — document institutionnel utilisé pour le cadre, les données ou la base juridique de cette mesure.
- Décret n° 2017-870, article 5 — part fonctionnelle, complément personnel et part variable — document institutionnel utilisé pour le cadre, les données ou la base juridique de cette mesure.
- Direction du Budget — chiffres clés du budget de l’État 2026 — document institutionnel utilisé pour le cadre, les données ou la base juridique de cette mesure.
- Cour des comptes — Les relations entre l’État et ses opérateurs — document institutionnel utilisé pour le cadre, les données ou la base juridique de cette mesure.

