État du droit et situation actuelle
Le Code de la commande publique ne comporte pas une règle générale plafonnant la marge de tous les titulaires à 30 %. Il distingue notamment prix unitaires et prix forfaitaires. Pour certains marchés de l’État où la concurrence ne peut pas jouer efficacement ou pour des prestations complexes de longue durée, le droit prévoit déjà des mécanismes de contrôle du coût de revient et l’accès à des données comptables. Ces outils montrent qu’un contrôle renforcé est juridiquement concevable, mais pas qu’un plafond uniforme est déjà la norme.
Le montant de 3 à 5 milliards d’euros figurant dans le Plan historique doit être traité avec prudence. La même ligne apparaît également dans la famille Fiscalité/commande publique ; l’additionner deux fois serait un double compte. Surtout, aucun échantillon national publié ne permet aujourd’hui de dire que 3 à 5 milliards correspondent à des marges évitables au-delà de 30 %. cette version conserve donc la proposition politique mais exclut le montant du total prudent autonome.
Preuve au point d’usage : Code de la commande publique — forme des prix ↗
Le problème exact à résoudre
Une marge élevée peut avoir plusieurs causes : risque pris par l’entreprise, investissement, garantie, faible concurrence, urgence, propriété intellectuelle ou simple pouvoir de marché. Un plafond brut appliqué sans tenir compte du risque peut pousser les entreprises à augmenter artificiellement leurs coûts, réduire les candidatures ou déplacer la rémunération vers d’autres postes. Le dossier doit donc contrôler le coût complet plutôt que seulement un pourcentage déclaré.
L’enjeu prioritaire est les marchés où l’acheteur ne dispose pas d’une vraie concurrence : systèmes critiques, défense, prestations propriétaires, urgences ou contrats complexes. C’est précisément dans certains de ces cas que le droit actuel prévoit déjà un accès renforcé aux coûts de revient. Delta-Sierra propose d’étendre progressivement cette culture de transparence et de benchmark plutôt que d’imposer dès le premier jour une règle uniforme sur une fourniture standard très concurrentielle.
La proposition Delta-Sierra rendue exécutable
Le dispositif comporte trois niveaux. Niveau 1 : comparaison systématique des prix unitaires avec des références de marché lorsque c’est possible. Niveau 2 : pour les marchés concentrés ou complexes, clause de transparence sur coûts, risques et marge prévisionnelle, avec droit d’audit proportionné. Niveau 3 : mécanisme de partage ou de plafonnement de marge dans les catégories où la concurrence est objectivement insuffisante et où l’acheteur supporte l’essentiel du risque.
Le seuil de 30 % devient donc un signal de revue et, pour certains marchés prédéfinis par la loi ou le règlement, un plafond contractuel. Les exceptions doivent être motivées. Les données confidentielles ne sont pas publiées entreprise par entreprise lorsque le secret des affaires s’applique, mais l’administration publie les agrégats : coût, marge, dépassements et économies obtenues.
Démonstration financière : ce qui entre ou non dans les comptes
Le calcul prudent commence par un portefeuille audité, pas par le montant total de la commande publique. Pour chaque marché éligible : prix payé − coût de revient audité − rémunération normale du risque = surmarge potentiellement récupérable. Le symbole « − » signifie soustraction. L’économie nationale est la somme des surmarges effectivement renégociées ou évitées, diminuée des coûts d’audit et des effets sur les prix futurs.
En cette version, ce portefeuille national n’est pas disponible dans le corpus. La valeur budgétaire certifiée de la mesure est donc fixée à zéro euro additionnel. Le chiffre historique 3–5 milliards reste affiché comme hypothèse du Plan, avec statut « non intégré au total prudent ». Cette décision est plus rigoureuse que de demander au lecteur de croire un pourcentage appliqué à un agrégat de marchés hétérogènes.
Preuve au point d’usage : Code de la commande publique — contrôle du coût de revient ↗
Droit, mise en œuvre et solutions de repli
Plan A : étendre les obligations de transparence des coûts aux marchés à concurrence faible et définir des clauses modèles de partage de marge. Plan B : si un plafond légal général est jugé disproportionné, utiliser négociation, benchmarks, clauses de réexamen et droit d’audit par secteur. Plan C : concentrer les moyens sur les marchés les plus significatifs où l’acheteur peut démontrer une absence de concurrence efficace.
Le dispositif doit respecter secret des affaires, droit de la concurrence et directives européennes. Le contrôle de coût ne doit pas devenir une publication générale des comptabilités privées. L’acheteur public a besoin des informations nécessaires à la négociation ; le public a besoin d’agrégats lui permettant de vérifier le résultat.
Preuve au point d’usage : Décret 2024-308 — coûts et marge prévisionnelle en défense/sécurité ↗
Indicateurs, audit et critères de réussite
Le tableau de bord publie nombre de marchés audités, valeur, écart entre prix initial et prix renégocié, coût de l’audit, nombre de candidats et litiges. Une économie qui coïncide avec une chute massive du nombre d’offres peut signaler un dispositif mal calibré. La qualité, les délais et l’innovation doivent donc être suivis avec le prix.
La mesure réussit si elle réduit les rentes sur les marchés peu concurrentiels sans transformer la commande publique en tarification administrative générale. Le contrôle indépendant compare chaque année secteurs et acheteurs afin d’identifier les méthodes les plus efficaces.
Plans A, B et C — l’objectif survit au blocage d’un véhicule
Plan A : renforcer dans les marchés où la structure de coûts est vérifiable les clauses d’audit, de décomposition des prix, de réexamen et de contrôle des prestations, sans imposer un taux de marge uniforme aveugle à tous les secteurs. Plan B : si un plafond général de 30 % se révèle incompatible avec la liberté des prix, la concurrence ou la réalité de certains marchés innovants, cibler les situations de faible concurrence, marchés captifs, avenants et prestations standardisées où des comparaisaisons robustes existent.
Plan C : développer des prix de référence, achats mutualisés et mécanismes de partage des gains, puis publier les écarts significatifs. L’objectif est de réduire la rente et la surfacturation, pas de transformer l’acheteur public en contrôleur permanent de la comptabilité commerciale de toutes les entreprises.
Trois questions qui peuvent invalider la mesure
- Quel portefeuille de marchés justifie un contrôle de coût renforcé ?
- La concurrence reste-t-elle suffisante après la réforme ?
- L’économie est-elle réellement renégociée et non théorique ?
Approfondissement : Le chiffre de 3 à 5 milliards doit être traité comme scénario, pas comme recette acquise
L’assiette pertinente n’est pas le montant total de la commande publique. Même si un volume de marchés est très élevé, seule la part présentant un écart de prix évitable peut produire une économie. Le calcul doit donc sélectionner des familles comparables, établir un prix de référence, mesurer l’écart réellement négociable et retirer les coûts de contrôle ainsi que les éventuels effets sur la concurrence.
Un plafond trop rigide peut réduire le nombre d’offres et augmenter le prix final, ce qui annulerait une partie du gain. La phase pilote doit comparer des marchés similaires avant et après les nouvelles clauses. Le résultat budgétaire retenu est l’économie observée sur les contrats conclus, extrapolée avec prudence seulement lorsque l’échantillon est représentatif. Cette méthode rend la fourchette falsifiable et évite d’appliquer mécaniquement un pourcentage à toute la dépense publique.
Pourquoi un plafond uniforme de marge serait trop simpliste
Une marge de trente pour cent n’a pas la même signification pour un logiciel standard, un pont, un programme d’armement ou un contrat de maintenance d’urgence. Le coût, le risque, l’immobilisation de capital, les garanties et la concurrence diffèrent. Un plafond uniforme appliqué à tous les marchés créerait donc un risque de retrait des fournisseurs, de sous-investissement ou de transfert artificiel des coûts. La page transforme l’idée du Plan en mécanisme de contrôle ciblé des coûts dans les marchés où la concurrence ne suffit pas à discipliner le prix.
Le contrôle doit partir des contrats exposés : marchés complexes, fournisseurs uniques, modifications importantes, achats où le pouvoir adjudicateur ne dispose pas de prix de comparaison. L’acheteur définit alors les catégories de coûts, les éléments auditables et une rémunération normale du risque avant signature. La comparaison se fait avec des marchés analogues et non avec une marge comptable simplifiée. Toute récupération financière doit résulter d’un prix effectivement renégocié ou évité.
La fourchette historique de trois à cinq milliards d’euros demeure une hypothèse du Plan, mais cette version n’ajoute aucun euro autonome au socle prudent tant qu’un portefeuille national de marchés n’a pas été audité avec cette méthode. La mesure 6.12 portant déjà un intitulé proche, la déduplication entre fiscalité et économie est obligatoire avant tout agrégat.
De l’audit pilote au mécanisme national
La première année doit sélectionner un échantillon de marchés où la concurrence est faible et les données de coût accessibles : maintenance spécialisée, informatique complexe, certaines prestations d’ingénierie ou contrats à fournisseur quasi unique. Pour chaque marché, l’acheteur documente prix initial, coûts vérifiés, risques assumés, modifications en cours de contrat et prix final. Ce portefeuille permet de savoir si l’hypothèse de marges excessives est fréquente ou seulement ponctuelle.
Le dispositif doit également suivre les coûts qu’il crée. Un audit financier de plusieurs semaines peut être rationnel sur un marché de plusieurs centaines de millions d’euros mais absurde sur un contrat de faible montant. Un seuil de matérialité évite d’installer une nouvelle bureaucratie de contrôle dont le coût absorbe l’économie recherchée.
Si les premiers audits montrent que les écarts viennent surtout d’un cahier des charges instable, de retards publics ou d’avenants plutôt que de la marge du titulaire, la réforme doit corriger la préparation des achats. La mesure est falsifiable : elle peut conduire à abandonner le plafond de marge au profit d’une meilleure ingénierie contractuelle. C’est précisément pour cette raison que la fourchette historique du Plan n’est pas traitée comme une recette garantie.
Sources primaires et institutionnelles
Pour approfondir
Le livre source rassemble le programme complet et ses hypothèses historiques.
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