
Réforme de l’État — Plan de Rupture
Le dossier fondateur : finances publiques, structures, calendrier et mesures.
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Pourquoi un prix qui augmente ne réduit pas toujours la demande dans les mêmes proportions.
La microéconomie du consommateur part d’une idée sobre : avec un revenu et des prix donnés, un ménage ne peut pas tout acheter. Il arbitre entre des biens qui ne lui procurent ni la même satisfaction ni la même nécessité. La contrainte budgétaire dit ce qui est financièrement possible ; les préférences décrivent ce que la personne choisirait parmi les paniers possibles.
L’élasticité répond à une autre question : de combien la quantité demandée varie-t-elle lorsque le prix varie ? Elle ne mesure pas la variation du prix lui-même. Une demande peu sensible au prix peut provenir d’un bien difficile à remplacer, d’un horizon très court ou d’une dépense représentant une petite part du budget.
La contrainte budgétaire rassemble tous les paniers de biens qu’un revenu permet d’acheter aux prix observés. Si le revenu est noté R, le prix du bien A PA, le prix du bien B PB et les quantités QA et QB, la frontière du budget s’écrit R = PA × QA + PB × QB.
L’utilité est un outil de représentation des préférences, pas un compteur de bonheur mesurable en euros. L’utilité marginale désigne l’intérêt supplémentaire associé à une unité de consommation en plus. Dans de nombreuses situations, cette utilité marginale décroît : le premier verre d’eau lorsqu’on a soif compte davantage que le dixième.
L’élasticité-prix de la demande compare une variation relative de quantité à une variation relative de prix. Une élasticité de −0,4 signifie, dans le cadre et la période étudiés, qu’une hausse de prix de 1 % est associée à une baisse d’environ 0,4 % de la quantité demandée. Le signe négatif traduit le mouvement opposé du prix et de la quantité dans le cas ordinaire.
Lorsque le prix d’un bien augmente à revenu inchangé, la droite budgétaire pivote : la quantité maximale de ce bien que le ménage peut acheter diminue. Le ménage peut alors réduire sa consommation, se reporter vers un substitut, diminuer une autre dépense ou accepter une perte de pouvoir d’achat réel.
L’effet de substitution vient du fait que le bien devenu relativement plus cher perd de son attrait face aux alternatives. L’effet de revenu vient du fait qu’une hausse de prix réduit ce que le même revenu permet d’acheter. Les deux effets peuvent se renforcer ou, dans certains cas particuliers, agir dans des directions différentes.
La sensibilité dépend de l’horizon. À très court terme, un automobiliste qui doit aller travailler dispose de peu d’alternatives au carburant. À plus long terme, il peut changer de véhicule, de logement, d’itinéraire ou de mode de transport. Une élasticité estimée sur quelques semaines ne doit donc pas être transportée mécaniquement sur dix ans.
Enfin, l’élasticité n’est pas une constante universelle d’un produit. Elle dépend du niveau de prix, du revenu, des substituts disponibles, de la population étudiée, du territoire et de la période. Un chiffre sans ces précisions est incomplet.
Supposons qu’un ménage achète 50 unités d’un produit à 4 € l’unité. Le prix passe à 4,40 €, soit +10 %, et la quantité achetée descend à 47 unités, soit −6 % par rapport au niveau initial. L’élasticité arc simplifiée utilisant les variations rapportées au point de départ vaut ici −6 % ÷ 10 % = −0,6.
L’interprétation correcte est : dans cet exemple et autour de cette variation de prix, la quantité réagit moins que proportionnellement au prix. Il serait faux d’en déduire que « le consommateur accepte toujours les hausses » ou que le producteur peut augmenter ses prix sans limite : l’élasticité peut changer lorsque le prix s’éloigne du point observé.
Élasticité-prix simplifiée = variation en % de la quantité ÷ variation en % du prix
Au niveau collège, retenez la contrainte : un budget oblige à choisir. Au niveau lycée, ajoutez la distinction entre biens substituables et complémentaires ainsi que le calcul d’une variation en pourcentage.
Au niveau supérieur, on formalise les préférences par des courbes d’indifférence, on distingue élasticité ponctuelle et élasticité arc, on étudie les effets revenu et substitution, puis on estime les élasticités sur données réelles en contrôlant les autres déterminants de la demande.
Cette montée en niveau évite une erreur classique : passer directement à une équation sophistiquée sans avoir compris le comportement qu’elle est censée représenter.
Une corrélation prix-quantité observée ne suffit pas toujours à identifier une courbe de demande. Le prix peut lui-même varier parce que l’offre ou la demande a bougé. L’économètre cherche alors une source de variation permettant d’isoler l’effet causal du prix.
Les achats mesurés ne sont pas nécessairement la consommation physique : un ménage peut constituer des stocks, différer un achat ou changer de qualité. Une baisse de dépense peut masquer une quantité stable si le consommateur choisit une gamme moins chère.
Pour les biens indispensables, les contraintes matérielles comptent autant que les préférences. Une personne dépendante d’un trajet automobile n’a pas le même ensemble d’options qu’un ménage proche de transports collectifs.
Correction : 5 A + 10 B coûte 5×10 + 10×5 = 100 €. Le second panier coûte 110 € et dépasse la contrainte.
Correction : −2 % ÷ 5 % = −0,4. La demande réagit moins que proportionnellement dans cet exemple.
Correction : Prix : +10 %. Quantité : −15 %. Élasticité : −15 ÷ 10 = −1,5.
Correction : À long terme, davantage d’ajustements deviennent possibles : véhicule, lieu de résidence, transport collectif, télétravail. Le nombre de substituts augmente.
Correction : Non. Un déplacement de la demande peut faire augmenter simultanément prix et quantité. Il faut distinguer mouvement le long d’une courbe et déplacement de la courbe.
Choisissez une dépense réelle de votre quotidien. Listez au moins trois substituts, puis notez lesquels sont disponibles immédiatement et lesquels exigent plusieurs mois. Cette simple chronologie explique souvent pourquoi les réactions de court et de long terme diffèrent.
Refaites ensuite un calcul d’élasticité avec deux conventions : variation rapportée au point initial, puis variation symétrique utilisant les moyennes. Si la variation est grande, vous constaterez que le choix de convention modifie le résultat ; la convention doit donc être annoncée.
À court terme, la quantité peut sembler rigide et l’ajustement passer par l’épargne ou une autre dépense. À moyen terme, les ménages réorganisent leur panier. À long terme, producteurs et infrastructures s’adaptent eux aussi, ce qui change l’ensemble des substituts.
Cette dynamique explique pourquoi une politique de taxe ou de subvention doit préciser son horizon. Une réponse faible la première année ne préjuge pas de la réponse après renouvellement du capital ou changement des habitudes.
Mini-dossier : un service coûte 30 €, puis 33 €. Les abonnés passent de 10 000 à 9 600. Calculez la variation du prix, celle du nombre d’abonnés et l’élasticité simplifiée. Puis proposez deux explications alternatives à la baisse d’abonnés qui ne passent pas par le prix.
Correction : prix +10 % ; abonnés −4 % ; élasticité −0,4. Des changements de qualité, de concurrence, de saison ou de population peuvent aussi expliquer une partie de la variation. Une étude causale doit les traiter.
L’utilité ordinale suffit souvent : on a besoin de savoir quel panier est préféré, pas de prétendre que l’un procure exactement deux fois plus de satisfaction. Cette distinction évite de prendre une construction théorique pour une unité physique.
Les politiques publiques utilisent les élasticités pour anticiper recettes fiscales, consommation d’énergie ou réponse à une tarification. Mais la bonne pratique consiste à tester plusieurs élasticités plausibles et à afficher la sensibilité du résultat.
Le passage à l’économétrie commence lorsque l’on demande non plus « que donne la formule ? », mais « comment savons-nous que le prix a causé cette variation ? ». Ce lien sera approfondi dans le cours ECO-048 consacré à la causalité et aux données.
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