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MODULE 30 · CURSUS MARS AVANCÉ · COMPRENDRE, CALCULER, VÉRIFIER.

Communications martiennes avancées : réseaux, DTN et opérations

Comprendre comment on passe d’une liaison radio à un réseau interplanétaire capable de stocker, prioriser et acheminer des données malgré les délais, les occultations et les interruptions.

Avant de commencer — Prérequis : modules 00 à 28 recommandés selon le sujet. Tout symbole important est défini au premier usage.

Objectifs de maîtrise

  • expliquer les grandeurs, unités, hypothèses et incertitudes
  • refaire les calculs simples sans boîte noire
  • identifier les interfaces, limites et modes dégradés
  • transformer le résultat en décision opérationnelle ou d’architecture

1. Une liaison n’est pas encore un réseau

Un bilan de liaison répond à une question physique : le signal reçu permet-il de transmettre des bits avec une marge suffisante ? Un réseau doit résoudre un problème plus large : quels flux passent, par quels relais, à quel moment, avec quelle priorité et que devient l’information lorsque le chemin complet n’existe pas.

Sur Mars, habitat, rover, combinaison EVA, orbiteur relais, antenne de surface et Terre forment plusieurs segments. Une architecture robuste doit pouvoir continuer localement lorsque la liaison Terre est indisponible.

2. Le délai impose une autre discipline opérationnelle

La propagation radio est limitée par la vitesse de la lumière. Le délai Terre–Mars varie donc fortement avec la géométrie. Même lorsqu’un lien est excellent, la conversation temps réel n’existe pas. Le système doit séparer les décisions qui peuvent attendre du sol de celles qui doivent être prises localement.

Cette contrainte change la conception des procédures. Un message d’urgence doit être compréhensible sans échange de dix questions-réponses. Les équipes doivent transmettre contexte, état, actions déjà réalisées et prochaine décision prévue.

3. DTN : stocker puis transférer lorsque le prochain lien existe

DTN signifie Delay/Disruption Tolerant Networking. L’idée clé est le store-and-forward : un nœud conserve un paquet de données tant que l’étape suivante n’est pas disponible, puis le transfère lorsque le contact devient possible. Le réseau ne suppose donc pas une connexion de bout en bout permanente.

Cette logique convient à des orbiteurs qui passent périodiquement au-dessus d’une base, à une antenne terrestre indisponible pendant quelques heures ou à un relais temporairement masqué. La donnée possède aussi une durée de vie : une télémesure scientifique peut attendre, une alarme critique doit être priorisée.

4. Plan de contacts, files d’attente et capacité

Un réseau interplanétaire se planifie avec des fenêtres de contact. Chaque fenêtre possède une durée, un débit utile et parfois une probabilité d’interruption. Le produit débit × durée donne une capacité théorique, mais il faut retirer les protocoles, retransmissions et marges.

Si plusieurs producteurs envoient plus de données que le réseau ne peut écouler, le problème devient une file d’attente. L’âge du backlog, c’est-à-dire des données en attente, peut devenir un indicateur opérationnel aussi important que le débit instantané.

5. Priorités : sécurité, commande, maintenance, science, confort

Tout trafic n’a pas la même conséquence. Une architecture martienne devrait définir des classes : urgence humaine, commandes critiques, télémesure de santé système, maintenance, science, vidéo non urgente et confort. Lorsqu’une antenne ou un relais est perdu, le réseau doit dégrader le service de façon connue.

Une priorité n’est pas seulement un numéro dans un routeur. Elle doit être reliée à une politique : quelle donnée peut être supprimée, compressée, retardée ou reroutée ? Qui peut changer cette politique pendant une crise ?

6. Redondance et indépendance des chemins

Deux antennes alimentées par le même tableau électrique ne constituent pas deux chemins indépendants. La résilience doit suivre les causes communes : énergie, pointage, logiciel, météo terrestre pour l’optique, relais orbital, fréquence, disponibilité du DSN ou de réseaux partenaires.

Une colonie devrait disposer au minimum d’un réseau local autonome, de plusieurs moyens surface-orbite et de procédures de fonctionnement lorsque la Terre disparaît du réseau pendant des heures ou des jours.

7. Sécurité et intégrité des commandes

Plus le réseau devient autonome, plus l’authenticité des commandes devient critique. Le système doit distinguer une commande valide d’un paquet corrompu, rejoué ou provenant d’un nœud non autorisé. La sécurité ne doit cependant pas rendre impossible le fonctionnement dégradé.

La conception doit donc documenter clés, renouvellement, horloges, journalisation et procédures de récupération après perte d’un nœud de confiance.

8. Exemple calculé : vider une file de données

Un rover accumule 18 Gbit de données. Un passage relais offre 2,0 Mbit/s pendant 45 minutes. La capacité brute du contact est 2,0×10⁶ bit/s × 2 700 s = 5,4×10⁹ bits, soit 5,4 Gbit.

Si l’efficacité utile est de 75 %, la capacité réellement livrable vaut 5,4×0,75 = 4,05 Gbit. Après un seul passage, il reste donc 18 − 4,05 = 13,95 Gbit. Le calcul montre pourquoi une mission doit gérer la production de données, pas seulement posséder une radio rapide.

Exercice progressif

Une base produit 12 Gbit/jour de télémesure et science. Deux contacts de 30 minutes à 1,5 Mbit/s sont disponibles chaque jour avec 80 % d’efficacité. Calculez la capacité utile quotidienne et déterminez si le backlog augmente. Proposez ensuite une politique de priorité.

Mini-projet

Concevoir le réseau d’une base martienne avec trois rovers, un orbiteur relais et deux antennes de surface. Définir classes de trafic, stockage local, plan de contacts, fonctionnement sans Terre pendant 48 h, stratégie de mise à jour logicielle et reprise après perte d’un relais.

Sources primaires et passerelles