1 — La scène concrète
Panneaux, batterie et distribution doivent supporter simultanément les charges critiques. Une grande batterie ne compense pas un convertisseur ou un câble trop faible.
Le point essentiel est de ne jamais isoler ce sujet du reste du vaisseau. Une modification locale déplace souvent masse, puissance, chaleur, données, logiciel, essais ou risque ailleurs dans le système.
2 — Les mots indispensables, expliqués avant de les utiliser
Avant de calculer, on définit chaque mot qui servira ensuite. Le but est que le symbole arrive après l’idée, jamais avant.
- Puissance
- Rythme de transfert d’énergie, en watts.
- Énergie
- Quantité accumulée sur une durée.
- Bus électrique
- Réseau de distribution.
- Convertisseur
- Adapte tension ou courant avec des pertes.
- Batterie
- Stockage électrochimique.
- Délestage
- Couper des charges non prioritaires.
3 — Voir l’architecture avant de calculer
Production
La capacité dépend illumination, orientation, température et vieillissement.
Stockage
État de charge et puissance disponible sont deux notions différentes.
Distribution
Câbles, protections et convertisseurs ont leurs propres limites.
Priorités
Le mode dégradé coupe ce qui n’est pas vital.
4 — Les formules, seulement lorsqu’elles répondent à une question
Une formule n’est utile que si l’on sait quelle question elle résout, ce que signifie chaque symbole et dans quelles unités on doit travailler.
Comment cela se lit : puissance égale tension multipliée par courant
U en volts, I en ampères.
Comment cela se lit : énergie égale puissance multipliée par temps
Avec P constant, les Wh s’obtiennent en multipliant W par heures.
Comment cela se lit : pertes égales courant au carré fois résistance
Doubler le courant multiplie cette perte par quatre.
5 — Ce que les unités et les marges veulent dire
V, A, W, Wh/J et Ω. 1 Wh = 3 600 J.
6 — Trois démonstrations concrètes, calculées pas à pas
Batterie
300 W pendant 3 h.
E=300×3=900 Wh
Réserve pédagogique 20 %=180 Wh
Total=1 080 Wh
Courant bus
1 200 W sur 48 V.
I=1 200/48=25 A
Si R=0,02 Ω : pertes=25²×0,02
=12,5 W
Délestage
Capacité 2 000 W, demande 2 350 W.
Déficit=350 W
Couper 500 W non critiques
Nouvelle demande=1 850 W
7 — Approfondissement : ce que le schéma simplifié cache
Santé batterie
La capacité vieillit et dépend de la température.
Protections
Un court-circuit doit être isolé sans éteindre tout le vaisseau.
Qualité électrique
Ondulation et transitoires peuvent perturber les équipements.
Bilans par mode
Le pic dimensionne souvent plus que la moyenne.
Couplage thermique
Toute perte électrique finit en chaleur à évacuer.
8 — Application à un vaisseau Terre–Mars
Sur un transit Terre-Mars, la longue durée transforme une petite faiblesse en risque cumulé : vieillissement, dérive, consommation, cycles et maintenance deviennent aussi importants que la performance nominale.
Le délai de communication oblige le véhicule et éventuellement l’équipage à diagnostiquer et reconfigurer localement. La conception doit donc rester observable, compréhensible et testable en modes dégradés.
9 — Dossier de référence : ce qu’un vrai projet doit encore prendre en compte
Cette partie va volontairement plus loin que le calcul d’introduction. Elle relie le concept aux interfaces, aux pannes, aux essais, à la durée et à la maintenance afin que le cours puisse servir de chapitre de référence et pas seulement de fiche de révision.
Puissance et énergie : ne pas les confondre
La puissance dit à quelle vitesse l’énergie est consommée ou produite ; l’énergie dit combien a été accumulé ou dépensé sur une durée. Un équipement de 1 000 watts pendant dix secondes n’impose pas la même capacité de batterie qu’un équipement de 200 watts pendant dix heures. Le générateur doit supporter certains pics ; la batterie doit couvrir les périodes sans production ou les pointes ; la distribution doit transporter le courant sans chute de tension excessive. Ces trois problèmes utilisent des unités et des horizons de temps différents.
Construire un vrai bilan par mode
Un bilan électrique sérieux liste chaque charge, son mode d’activité, son rendement, sa durée et sa priorité. Il distingue puissance moyenne, pointe transitoire et énergie quotidienne. Les marges sont appliquées selon les règles du projet. Les charges vitales - ordinateur de bord, chauffage antigel, communications de secours - doivent souvent rester alimentées même lorsqu’on déleste les charges non essentielles. Une table de délestage indique alors dans quel ordre couper les consommateurs lorsque la capacité disponible baisse.
La batterie n’est pas un simple réservoir idéal
La capacité utilisable dépend de la température, du courant, de l’état de charge, de la profondeur de décharge, du vieillissement et du nombre de cycles. Une batterie froide peut fournir moins de puissance ; une batterie trop chaude vieillit plus vite et peut présenter des risques de sécurité. Le système de gestion surveille tensions, courants et températures, équilibre les cellules et impose des limites. Sur une mission longue, la capacité en fin de vie est plus importante que la capacité du premier jour.
Distribution, conversion et protection
Les panneaux ou générateurs ne fournissent pas nécessairement la tension exacte demandée par chaque équipement. Convertisseurs et régulateurs adaptent la puissance, mais leur rendement est inférieur à 100 % : la différence devient chaleur. Fusibles, disjoncteurs électroniques ou limiteurs isolent les courts-circuits. L’architecture doit éviter qu’une panne locale fasse s’effondrer tout le bus électrique. Cela conduit à des branches protégées, parfois à plusieurs bus, et à une réflexion sur les défauts communs.
Qualité électrique et compatibilité
Une alimentation ne se résume pas à « 28 volts » ou « 120 volts ». Il faut aussi considérer ondulation, bruit, transitoires, courant d’appel, tolérance de tension et perturbations électromagnétiques. Un moteur ou un chauffage commuté peut injecter du bruit qui perturbe un capteur sensible. La conception des masses électriques, filtres, câblages et séquences d’allumage fait donc partie du système. Les essais de compatibilité vérifient que chaque équipement fonctionne lorsqu’il est réellement connecté aux autres.
Le couplage direct avec le thermique
Presque toute l’énergie électrique consommée finit finalement sous forme de chaleur à l’intérieur du véhicule, sauf la part exportée sous une autre forme - émission radio, travail mécanique externe, lumière quittant le véhicule, etc. Un ordinateur consommant 200 watts impose donc environ cet ordre de grandeur de chaleur à collecter et rejeter. Améliorer le rendement d’un convertisseur économise de l’énergie et réduit simultanément la charge thermique. C’est un exemple parfait d’optimisation système plutôt que d’optimisation isolée.
Mars : production, stockage et survie
Un vaisseau de transit et une base martienne n’ont pas les mêmes profils. Sur la surface, l’alternance jour-nuit, la poussière et les saisons affectent le solaire ; une source nucléaire obéit à d’autres contraintes. Le stockage doit couvrir les périodes défavorables et les scénarios de panne. Il faut distinguer « énergie suffisante sur une journée moyenne » et « puissance garantie au pire moment ». Pour les fonctions vitales, le second critère est souvent celui qui détermine l’architecture.
10 — Pièges fréquents et mauvaises intuitions
- Confondre W et Wh.
- Supposer qu’une batterie peut fournir toute puissance.
- Oublier pertes et pointes.
11 — Exercices guidés
Question : Quelle question faut-il poser avant de choisir un équipement ?
Question : Pourquoi un résultat nominal ne suffit-il pas ?
12 — À retenir
- Expliquer le sujet avec des mots simples avant les symboles.
- Relier au moins quatre interfaces avec les autres sous-systèmes.
- Refaire les trois exemples numériques sans saut de raisonnement.
- Identifier au moins trois limites ou modes de panne absents du calcul idéal.
13 — Sources NASA pour approfondir
Sources institutionnelles primaires utilisées pour contrôler la structure du cours. Les exemples numériques pédagogiques sont identifiés comme tels.